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vendredi, 17 septembre 2010

Barre d'admission en 6e, ce système si élitiste !


Depuis le jeudi 9 septembre 2010, les résultats des affectations en classe de 6e sont disponibles dans toutes les Inspections d'Enseignement Primaire et les Etablissements secondaires de Côte-d'Ivoire. Comme chaque année, beaucoup d'élèves ont (encore!) été laissés sur la touche et pour cause: il fallait avoir 110 points pour être admis en 6e sur 170 points possibles, soit une moyenne de 12,94 (environ 13) sur 20. Ainsi donc, alors que la chance devait être donnée à tous les élèves moyens de poursuivre leur scolarité sans embuches jusqu'en classe de 3e au moins, cette barre d'admission apparaît comme un goulot d'étranglement dans le continuum, rendant le système subitement élitiste en classe de CM2. Jusqu'à quand encore ?

En attendant une hypothétique réponse à cette interrogation, les Inspecteurs de l'Enseignement Préscolaire et Primaire (IEP) à travers leur syndicat ont fait connaître leur avis qui milite en faveur de la suppression pure et simple du concours d'entrée en 6e.

Bien-sûr, cette position peut paraître surprenante pour certaines personnes et susciter des interrogations à leur niveau. Mais je tiens à rassurer ces sceptiques car à y voir de près, la seule chose qui motive encore le maintien de cette pratique qui ne se justifie plus, c'est le manque de structures d'accueil au niveau de l’enseignement secondaire. Faut-il pour autant continuer chaque année de sacrifier de jeunes enfants innocents dont le seul tort est de ne pas réussir à se "hisser" parmi l'élite pour aller en 6e ?
Il faut donc songer à créer de nouvelles structures, tout simplement ! Mais où trouver les moyens pour construire autant de lycées et collèges ? A ceux qui se posent ces questions, l'on pourraient répondre également par ... des questions !

-Avions-nous prévu de gérer une guerre et ses effets collatéraux sur près d’une décennie ? Que non ! Pourtant, l’Etat mobilise bien des moyens depuis 2002 pour la gérer, parce que cette crise s’est imposée à nous comme une réalité implacable, donc comme une priorité.

-La récente vague des cinquantenaires en Afrique était-elle prévue et budgétisée des années à l’avance ? Bien-sûr que non ! Mais quand elle s’est imposée à l’Afrique comme une réalité doublée d’un phénomène de mode (devenant ainsi donc "une priorité"), les moyens - des milliards ! - ont bien été mobilisés par les pays concernés.

Les exemples de ce genre sont légion. Pourquoi donc évoque-t-on chaque fois l’alibi du manque de moyens quand il s’agit d’une question aussi importante que celle relative à l’avenir de notre nation, des milliers d’enfants (pourtant valables) jetés chaque année à la rue à partir du CM2, tout simplement parce que n’ayant pas pu obtenir 13 de moyenne pour aller en 6e, faute de places dans le secondaire ?

Ce que je tente de montrer, c’est que la question du manque de structures d’accueil, bien qu’étant une réalité ne constitue pas un blocage insurmontable. Il suffit tout juste d’en faire une priorité, et les moyens suivront. Tout est une question de planification. D’ailleurs, qui nous dit que l’Etat, pour une telle question d’intérêt hautement national et patriotique, ne trouvera pas un écho favorable auprès des bonnes volontés (Conseils Généraux, Mairies, Bailleurs internationaux, ONG, individus charitables, etc. ) ? En la matière, l’exemple du CONASFOR - Comité National de Soutien aux Forces de Réunification - est bien patent. Cette structure informelle, partie pourtant de rien n'a-t-elle pas réussi à mobiliser des fonds colossaux pour soutenir le processus de sortie de crise ?

Enfin, je voudrais demander un peu d'indulgence à tous ceux qui, depuis cette prise de position courageuse des Inspecteurs, émettent certaines réflexions souvent désobligeantes à leur endroit. Je signale à toutes fins utiles que les IEP n’ont émis qu’un avis de technicien bien justifié, qui ne lie pas cependant le décideur, l’Etat de Côte-d’Ivoire.

C'est une position d'autant plus justifiée qu'elle n'est que la suite logique de la politique éducative dans laquelle notre pays a elle-même délibérement choisi de s'inscrire, la Formation Par Compétences (FPC) dont l'objectif principal est de mener le maximum d'apprenants vers la réussite. Au lieu de pourfendre cet avis, il est donc plutôt impératif de chercher à le comprendre et à le soutenir afin que nos progénitures, de nombreux enfants pourtant méritants, ne continuent plus d’être éjectés prématurément du circuit scolaire au CM2, faute de structures d’accueil dans le secondaire.

TOURE Youssouf, IEP

06:13 Écrit par TOURE YOUSSOUF | Commentaires (9) |  Facebook | |  Imprimer | |

Commentaires

C'EST MIEUX AINSI.EN EFFET, DEJA, QUE TOUT LE MONDE SE PLAINT DU NIVEAU TROP BAS DES ELEVES, IL DONC PREFERABLE D'AVOIR UN SYSTEME ELITISTE!
EN PLUS, N'OUBLIONS PAS QU'IL S'AGIT AVANT TOUT D'UN CONCOURS !!!C'EST FORCEMENT LES MEILLEURS DU CYCLE PRIMAIRE QUI DOIVENT ETRE ADMIS EN 6è.
SI C'EST UN EXAMEN, ON POURRAIT COMPRENDRE QU'UNE MOYENNE DE 10 SUR 20 SUFFISE POUR ETRE ADMIS EN 6è.
SOYONS COHERENT AVEC NOUS MEME.

Écrit par : TOURE Alassane | vendredi, 17 septembre 2010

Je crois que tu n'as pas bien compris. Selon l'argumentation de l'article, c'est le principe même du concours qu'il faut bannir, si j'ai bien compris. Et c(est tout à fait juste).

Écrit par : N'Dri Kouadio | vendredi, 17 septembre 2010

Excellent article, cher TOURE! Merci.

Ce goulot d'étranglement de 13/20 est peut-être aussi rendu nécessaire par toute la fraude et les copies pures et simples des réponses remises aux enfants pas leurs enseignants lors de l'examen, avec la complicité des parents!

Cette situation a même prévalue dans la renonciation à l'affectation au Lycée Scientifique de Yamoussoukro à partir de la classe de CM2. C'est te dire la profondeur du mal!

Tout compte fait, à quelque chose malheur est bon: les écoles privées (dont certaines encadrent largement mieux les enfants que la grande majorité des écoles publiques) devraient en tirer profit. Tout simplement.

Écrit par : Dindé | vendredi, 17 septembre 2010

Merci à tous pour l'intérêt suscité par le sujet. Ce que j'éssaie de défendre, c'est que des enfants méritants ne doivent pas payer pour ce dont ils ne sont pas responsables.
Si les adultes (parents ou enseignants) sont corrompus et orchestrent eux-mêmes la fraude (comme le dit DINDE), est-ce la faute aux enfants ?
La moralisation de notre école, le retour à certaines valeurs cardinales et le relèvement du niveau scolaire ne devra pas passer par le scrifice des enfants innocents. Il faut plutôt songer à:

-Moraliser tous les acteurs véreux.

-Crédibiliser le profil de recrutement des enseignants (être plus regardant sur la crédibilités de ces diplômes de BEPC qui s'obtiennent souvent à 40 ans passés)

-Mettre des moyens conséquents à la disposition des acteurs du terrain (enseignants, encadreurs)

-Procéder effectivement (et de façon régulière) à la formation continue et au perfectionnement professionnel des enseignants et personnels d'encadrement.

-etc.

Et puis cher Maître DINDE (car c'est bien lui mon maître), en parlant du "gombo" des écoles privées, pourquoi ne ferrait-on pas justement d'une pierre ... trois coups ?

-Faire en sorte que l'Etat paie correctement les privés pour qu'ils acceptent plus facilement les affectés de l'Etat.

-Crédibiliser davantage les privés en les contraignant à plus de rigueur et aux respect d'un minimum de mormes pédagogiques. Si cela est fait, ces privés pourraient accueillir le trop plein d'élèves.

-On éviterait ainsi de sacrifier des enfants méritants.

Merci de vous préoccuper de l'avenir de notre école et le débat reste toujours ouvert.

TOURE Youssouf

Écrit par : IEP Touré | dimanche, 19 septembre 2010

Merci, cher ami TOURE pour l'honneur que tu me fais en me reconnaissant comme ton maître (en blogging, s'entend). J'apprécie.

Pour en venir au débat, cher frère, on ne peut pas "moraliser les acteurs véreux" si on veut moraliser notre école. Il faut sévir ferme et très fort. Notre système éducatif est pitoyable. Des décisions courageuses peuvent être prises pour faire changer les choses mais personne ne veut les prendre. On se prévaut pour cela, quelquefois, d'arguties politiques et on renvoie tout à la crise ivoirienne, ce que je considère, personnellement comme une démission. C'est l'aspect qui me désole le plus! C'est dans un tel pays que nous vivons, cher TOURE. Déprimant, n'est-ce pas?

Écrit par : Dindé | dimanche, 19 septembre 2010

Frère Dindé, je sens ta désolation et ton amertume. Mais c'est déjà bon que des personnes encore rattachées à certaines valeurs existent toujours chez nous, comme vous et beaucoup d'autres que je sais dans l'anonymat. Et c'est de bon augure pour notre système éducatif, et pour notre pays de façon générale. Alors, entretenons l'espoir, sait-on jamais !

Écrit par : IEP Touré | lundi, 20 septembre 2010

Merci mon cher Touré d'ouvrir un débat sur la suppression du concours d'entrée en 6ème. Ce débat passionnant m'invite à m'interroger sur le vrai type de citoyen ivoirien que chacun de nous souhaite pour sa nation. Tu as déjà avancé quelques arguments qui militent certes en faveur de chacune des thèses opposées. Mais, tout en souhaitant la suppression de ce concours qui empêche nombre d'enfants issus de milieux défavorisés de poursuivre les études, je demande à ma Côte d'Ivoire ce qui suit:
- d'élaborer une vraie politique éducative axée sur la formation par compétence;
- la gratuité effective de l'école de la maternelle à la classe de 3ème des lycées et collèges;
- la mise à disposition de toutes les ressources nécessaires;
- le retour des internats et la construction de nouveaux campus pour améliorer les taux de maintien, de survie et de réussite scolaire;
- la planification de l'utilisation rationnelle des produits sortis du système à la fin de chacun des grands cycles de formation prévus.
- etc.

Écrit par : Jeannod K. | mercredi, 22 septembre 2010

Merci cher aîné. ça m'honore que l'une des références de notre corporation comme toi s'intéresse à mes opinions. Merci pour ta contribution très enrichissante.

Écrit par : IEP Touré | mercredi, 22 septembre 2010

salut cher ami,
le pb ke tu évok est réel et il ne doit déborder du milieu des pédagogues pour atteindre les parents d'élèves. Ceux-ci doivent en faire une priorité au moment où les politiciens vont commencer à leur faire la cour à l'occasion des élections.Les enfants, c'est le futur. Merci de relancer le débat.
Bonne journée à toi

Écrit par : SOUMAILA KANE | samedi, 25 septembre 2010

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