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lundi, 22 août 2011

L'épineuse question des examens pédagogiques dans l'enseignement préscolaire et primaire

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Malgré le contexte très difficile de l’après crise, tous les acteurs de l’école se sont mobilisés pour sauver l’année scolaire dont le dénouement sera l’exécution des examens à grands tirages qui débuteront à partir du mardi 06 septembre 2011 avec le CEPE/Entrée en 6e.
Dans l’enseignement préscolaire et primaire, les indicateurs palpables de cette mobilisation sont nombreux: réouverture de la quasi-totalité des écoles, réalisation des contrôles continus des élèves, exécution des examens pédagogiques de titularisation et d’intégration (CAP et CEAP) pour de nombreux candidats, etc.

Les examens pédagogiques justement, parlons-en ! Que de supputations, de critiques et de suspicion à n’en pas finir à ce sujet ! Au centre de toutes ces récriminations se trouve bien malheureusement l’Inspecteur. Accusé à tort ou à raison ? Les avis divergent d’un individu à un autre selon sa sensibilité.
Quoi qu’il en soit, les médias en ont souvent fait l’écho de façon très retentissante (cf Le Patriote du 10 janvier 2009 ; Notre Voie du 1er juin 2010), avec au menu, des griefs tournant généralement autour du racket et du manque de conscience professionnelle, doublés d’un état d’avilissement inacceptable pour cette fonction pourtant si noble dans un passé encore très récent. Y croire ou ne pas y croire ? Difficile d’y répondre, car en effet :

• Faut-il croire qu’un examen puisse être expédié en moins d'une heure et demi (prestation et critiques y compris) alors que normalement, il ne devrait pas durer moins de 4 heures pour une titularisation et 7 heures pour une intégration ?

• Est-il crédible d'entendre dire que certains examens sont validés par l’Inspecteur (admission ou échec) alors qu’il n'a suivi aucune des prestations en classe, ne serait-ce qu'au moins une discipline ?

• Faut-il croire qu'un Inspecteur puisse en arriver à harceler les candidats et imposer des montants à payer avant de leur "offrir" l'examen ?

• Est-il possible que l’examen devienne un acte tarifé où l'IEP ne joue qu'un rôle "d'encaisseur de fonds" pour laisser ensuite les Conseillers pédagogiques exécuter "des mascarades d'examens" ?

• Peut-on croire qu'un IEP puisse en arrive à réclamer "son dû" aux candidats, souvent même par message (sms) avant de venir les voir ?

• Est-ce possible qu’un IEP fasse signer une reconnaissance de dette à un candidat qui n’est pas en mesure de "payer son examen" au moment du passage de la commission ?

• Peut-on imaginer que les stagiaires, dès leur arrivée déjà en début d’année scolaire, soient "vendus" -et souvent à prix d’or- à des villages déshérités qui en ont le plus grand besoin ?

Bref, que d’interrogations troublantes !

Pour ma part, mon instinct d'Inspecteur m'invite à rejeter catégoriquement ces "allégations" car j’imagine difficilement qu'un IEP, eu égard à la noblesse du métier qui est le sien, puisse en arriver à vendre son âme au diable à ce point.
Seulement voilà: mon assurance est souvent trahie par la conviction qui se dégage des propos de certains candidats victimes de telles pratiques ou des personnels des CAFOP (Directeur, éducateurs, professeurs) avec lesquelles ils sont en contact permanent, au point que l'on est bien tenté de croire que dans certaines inspections, bon nombre de ces récriminations semblent fondées, malheureusement.

Dans un tel contexte, que faire ?

Il est important que chacun, à quelque niveau qu’il se situe dans la chaîne, fasse son examen de conscience afin d’adopter le comportement juste qui contribuera à améliorer la situation. Ainsi donc :

Au niveau des Inspecteurs de l’Enseignement Préscolaire et Primaire

-Les Chefs de Circonscription: Si d’aventure certains IEP se reconnaissent dans ce qui nous est reproché (car je continue d’avoir du mal à y croire), il est grand temps qu’ils arrêtent de déshonorer à ce point notre corporation. Il est impératif que nous ne perdions pas de vue notre rôle de formateur avant d’être évaluateur. C’est pourquoi, nous devons plutôt initier pour ces novices des séances de formation continue, d’une part pour harmoniser leurs acquis des différents CAFOP d’origine, et d’autre part pour compléter leur formation initiale théorique reçue dans ces centres de formation.

-Les Directeurs de CAFOP: Les Directeurs de Cafop doivent s’impliquer davantage dans la sensibilisation des stagiaires au cours de leur formation en les invitant à ne pas céder au laxisme, à la paresse, à la légèreté, à la facilité et aux intimidations de quelque nature que ce soit une fois sur le terrain. Il est indispensable de leur signifier déjà à la base que ne réussiront sur le terrain que ceux qui travailleront dans les normes.

-Le Syndicat des IEP: Le bureau exécutif du Syndicat des IEP (le Synaieppci) devrait prendre le devant de la bataille relativement à cette question car elle écorche sérieusement l’honorabilité et la crédibilité de l’ensemble des Inspecteurs de Côte-d’Ivoire. Ce combat est d’autant plus justifié que le code de déontologie dont nous nous sommes librement doté en 2007 a pour objectif de contribuer à la moralisation de notre corporation et de ce fait, condamne très fermement de telles pratiques déshonorantes pour elle. Le cas échéant, le Synaieppci devra collaborer étroitement avec la tutelle (Le Ministère de l’Education Nationale) afin de contribuer à assainir l’environnement des examens pédagogiques et faire en sorte que certaines valeurs nobles recommencent à signifier quelque chose dans nos rangs.

Au niveau des collaborateurs des IEP

Même si l’Inspecteur a "le dos large" et endosse toutes les responsabilités, il est bon de savoir que celui-ci est souvent victime de certains collaborateurs indélicats qui sont les vecteurs de ces pratiques honteuses. Il est donc impératif que certains agents du bureau, les Conseillers Pédagogiques et les Directeurs d'écoles (pas tous, heureusement) arrêtent de racketter les candidats dans le dos de l'Inspecteur, sous le prétexte que c'est à sa demande qu’ils agissent.

Au niveau des candidats

Quant aux candidats eux-mêmes, il est primordial qu’ils se mettent sérieusement au travail et arrêtent de harceler les IEP par des sommes d'argent ou "autres" qui ne leur sont pas toujours exigées.
Un remerciement ou une reconnaissance peut se manifester après l’examen en toute liberté, mais pas avant.

Au niveau de l’autorité de tutelle (Ministère de l’Education Nationale)
Le Ministère de l’Education Nationale devra inévitablement prendre des mesures coercitives adéquates et des sanctions exemplaires dans des cas de flagrance avérée.

Toutefois, afin d’avoir les coudées franches pour le faire, il est impératif que certaines actions soient menées dans le sens d’améliorer les conditions d’exécution de ces examens par les IEP. Il s’agit entre autres :

Au niveau de la DAAF
-Le carburant: il serait salutaire d’allouer des lignes objectives de carburant aux IEP du fait du caractère très itinérant de leur fonction (environ 70% de temps à passer sur le terrain et 30% au bureau). En effet, aussi surprenant que cela puisse paraître, l’amer constat fait pendant les conférences budgétaires en région révèle que les Inspections ont des lignes de carburant nettement inférieures à celles d’autres structures pourtant sédentaires, dont les champs d’action ne se limitent notoirement qu’à des espaces très réduits. Quand de surcroit le peu de carburant alloué n'est pas payé par le trésor pendant des années, cela n'équivaut-il pas à inviter les chefs de structure à "se débrouiller" comme ils le peuvent ?

-L’entretien et la réparation des véhicules: en jetant un coup d'œil sur cette ligne au niveau des budgets des inspections, l'on se rend compte que les dotations qui y sont inscrites suffisent à peine pour faire deux vidanges du véhicule 4x4 à la CFAO ou pour acheter quatre (04) pneus. Il est extrêmement impératif de prêter une bienveillante attention à cet aspect pour permettre aux IEP de courir moins de risques sur les pistes dont l’état de dégradation n’est plus à démontrer.

Au niveau de la DECO
-Le profil de recrutement: vivement que la DECO "sécurise" davantage le concours d’entrée dans les CAFOP afin d’éviter que l’on retrouve dans nos écoles, des stagiaires de 40 ans (et même plus !), avec des BEPC douteux et qui n’ont d’autre alternative que d’harceler les IEP avec de fortes sommes d’argent pour "acheter" leur admission.

-La question des indemnités d’examen: Il est souhaitable que des indemnités correctes et motivantes soient octroyées pour ces examens de CAP et de CEAP dont les conditions d’exécution sont des plus difficiles, des plus contraignantes et des plus risquées.
Imaginez un Inspecteur qui quitte son domicile à 5h du matin pour pouvoir arriver avant 8h dans une école après un parcourt de 40 à 50 km sur une piste très dégradée, passe environ 4h d’examen (pour une titularisation) ou 7 h (pour une intégration), passe souvent la nuit dans le village (dans les cas d’intégration qui ne s’achèvent pas tôt), pour une indemnité de…1.000F par candidat ! Quelle motivation faut-il attendre de cet IEP, alors que les indemnités pour les examens dans d’autres ordres d’enseignement (où les conditions sont pourtant moins contraignantes) sont établies à plus de 2.000 F et cela par heure et non par candidat ?
L’on n'irait pas jusqu'à suggérer des primes de risque pour ces examens bien que cela pourrait se justifier pleinement, mais que des indemnités conséquentes soient au moins allouées.

Au niveau de la DELC
Une tournée de sensibilisation et de mise en garde effectuée par la DELC dans tous les CAFOP en présence de tous les Inspecteurs de la zone concernée serait de nature à refroidir d’éventuelles velléités malsaines d’une part, et permettrait aux stagiaires de mieux préparer le terrain d’autre part.

En somme, depuis le sommet de la hiérarchie éducative jusqu’au candidat dans sa classe en passant par les différents niveaux de hiérarchisation, chaque acteur devra jouer correctement sa partition afin de contribuer à solutionner cette épineuse question des examens pratiques de titularisation et d’intégration.

Sans avoir la prétention d’avoir abordé le sujet de façon exhaustive et dans toute sa complexité, j’espère réussir (très modestement) à ébaucher les axes d’une réflexion qui, après enrichissements par d’autres intelligences, aboutira à assainir totalement l’environnement très controversé des examens pédagogiques du CAP et du CEAP dans l’enseignement primaire.

Si un tel pari était réussi, cela constituerait à n’en pas douter, un important pas franchi pour sauver l’image de l’Inspecteur. Ou du moins ce qui en reste encore !


TOURE YOUSSOUF
Inspecteur de l'Enseignement Préscolaire et Primaire
Chef de la Circonscription de Daloa-3

Tél: 32-78-20-33 / 02-67-02-76
e-mail: ieptoure@yahoo.fr

04:21 Écrit par TOURE YOUSSOUF | Commentaires (6) |  Facebook | |  Imprimer | |

samedi, 13 août 2011

Conseils utiles pour tout dirigeant

Lorsque je parcourais dans l’hebdomadaire "ISLAM-INFOS" cette lettre de l’ancien juge sénégalais KEBA M’BAYE à son fils ABDOUL (PDG de la Banque de l’Habitat du Sénégal (BHS), j’avais la nette impression qu’elle était adressée à l’Inspecteur de l’Enseignement Primaire que je suis.
Celui qui m’a recommandé l’article (El Hadj BABA Kaké, Directeur de CAFOP) a eu également la même impression et ceux à qui je l’ai recommandé à mon tour m’ont tous certifié qu’ils se sont sentis également ciblés.
Peut être en sera-t-il de même pour vous aussi, pourquoi pas ? Prenez donc de temps de le lire, et jusqu’au bout surtout !


Source : ISLAM INFO (n°300 du 3 au 9 août 2011)
Rubrique: La chronique du vendredi (Par ABOU KHALFATH-IM)

Titre de l’article:
LETTRE D’UN PERE (1) CELEBRE A SON FILS HAUT CADRE (2):
Le père et le fils : Amour, Vérité, Dieu et Management


Mon fils,

Mes félicitations ! Que Dieu t’aide à porter ta lourde charge. Qu’il te protège contre le mal et t’inspire à chaque instant afin que toujours tu suives la voie du bien. J’ai confiance.

Néanmoins je ne peux m’empêcher de te donner quelques conseils en de telles circonstances. D’ailleurs tu en entendras bien d’autres. Il faut en prendre et en laisser. Au Saloum, on dit que quand un saloum-saloum te dit : « Faa lay waxal ! », méfie-toi « waxal lu la. Bopam lay waxal ». Il faut donc écouter tout le monde, et prendre ta décision seul.
Je n’attendrai pas aujourd’hui pour te faire une leçon de morale. Tu n’en as jamais eu besoin. Je suis donc sûr que tu ne vas pas changer. Mais je vais te livrer quelques remarques. Il ne s’agit guère des fruits d’une réflexion, mais du résultat d’une longue expérience de responsabilités. Je te le sers sans ordre :

• N’aie confiance en personne à commencer par moi. Ne fais jamais rien d’important sans en discuter avec ton épouse. Il ne s’agit évidemment pas de faire ce qu’elle te dit, mais de prendre son avis. Prendre aussi d’autre avis en ayant toujours en tête que ce que tu dis à un étranger sera répété, et parfois déformé.

• Reste simple. Mais ne sois pas vulgaire. Un banquier est comme un magistrat : il ne doit pas être accessible à tout venant. Sois égal pour tous : tes administrés et tes clients. Soit juste avec eux. Garde-toi des sentiments. Ils ne servent à rien dans ton métier. Respecte riches et pauvres, puissants et misérables.

• Ne te mets pas en mal avec ceux qui t’ont fait confiance et en tête de qui se trouvent le Président et le Premier ministre. Fais savoir à ceux qui t’ont combattu que tu connais leur position et comprends leur inquiétude. Rassure-les et essais de les convaincre qu’ils ont eu tort. Ne te coupe ni de tes amis d’hier, ni de mes relations à moi. Mais que personne, je dis bien personne, ne réussisse à te faire dévier de la route que tu t’es tracée et qui doit être pavée des règlements et des lois qui régissent la BHS. S’ils veulent te voir reçois-les, mais n’accepte pas qu’on te fasse perdre ton temps. Il faut néanmoins rester correct, simple et courtois. Refuser quelque chose à quelqu’un n’est ni bon ni mauvais, tout est dans la manière. On peut donner et faire de son donateur son pire ennemi. On peut refuser un service et garder un ami.

• Garde-toi des nouveaux amis. Ils seront les premiers à rigoler si un jour tu te casses la figure. Sois méfiant, et même dans ton service mets en place un système d’information et de consultation. Le premier est occulte et le second officiel. Mais ne donne jamais l’impression que tu n’es pas le chef, donc celui qui décide. Aie confiance en toi-même. Tu es désormais l’égal de qui que ce soit. La modestie n’est pas l’humilité. Celle-ci ne doit se manifester qu’envers Dieu.

• Continue à pratiquer ta religion avec la même constance, la même foi profonde ; crois en Dieu ; et donc pas à un homme. Ils sont comme toi : à commencer par moi ! Dis-toi que nul ne doit t’en imposer. Mais que cela ne t’empêche pas de reconnaître le mérite des autres. Aie toujours à l’esprit qu’un chef cesse d’être un chef le jour où il devient faible. Ne te laisse jamais démonter. Prends tes sanctions avec fermeté et donne tes récompenses avec objectivité.

• Dis-toi toujours que ce que tu n’as pas fait toi-même ou que tu n’as pas contrôlé, n’est pas fait ou est mal fait. Sois le premier à la banque et sors toujours le dernier. Garde tes opinions politiques pour toi. Un moment viendra où tu pourras dire ce qui te plait et où tu voudras. Ecoute beaucoup et parle peu, jamais une décision à la hâte, jamais une opinion après avoir écouté une seule partie. Il faut savoir ce qui se passe autour de toi, et faire semblant parfois de l’ignorer tout en en tenant compte dans tes actions.

• Ne mange pas n’importe où et ne bois pas un liquide dont tu ne connais pas l’origine. La circonspection et la méfiance avant tout. Fais-toi voir le moins possible. Ne commence aucune pratique que tu ne puisses poursuivre si elle est bonne.

• Il me reste encore beaucoup de choses à te dire, j’en choisis une seule et la dernière : reste toi-même et que Dieu t’aide.

Papa

En un mot comme en cent, la gestion des hommes et des institutions, donc du pays peut commencer dans la famille. En choisissant cette lettre, la chronique du vendredi a voulu porter un témoignage vivant au moment où nous assistons à de nombreuses nominations.
A LA SEMAINE PROCHAINE INCH’ALLAH

(1) Kéba M’baye, ancien juge.
(2) Abdoul, PDG de la Banque de l’Habitat du Sénégal

05:07 Écrit par TOURE YOUSSOUF | Commentaires (7) |  Facebook | |  Imprimer | |