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mercredi, 19 octobre 2011

Les évaluations dans l'enseignement primaire: Comprendre la problématique

Par
TOURE YOUSSOUF
Inspecteur de l’Enseignement Préscolaire et Primaire
Chef de la Circonscription de Daloa-3
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Dans la pratique pédagogique, l’évaluation est un élément fondamental car elle constitue l’instrument d’appréciation des enseignements administrés en classe.
Si le bien fondé des évaluations périodiques programmées par la Direction des Ecoles, Lycées et Collège (DELC) ne souffre d’aucune contestation, les conditions de leur exécution sont malheureusement sujettes à beaucoup de polémiques, bien souvent inutiles.
Pourquoi tant de controverse autour d’une activité pourtant si capitale pour l’instruction et l’éducation des jeunes élèves ?
Pourquoi tant de divergence de vue
- d’un acteur à un autre - autour d’une activité qui devait pourtant faire l’unanimité dans son exécution, eu égard à son caractère éminemment important dans l’approche pédagogique en vigueur, la FPC ?

La présente contribution a pour objectif d’apporter quelques éclairages qui - nous le souhaitons vivement - contribueront à rapprocher les visions et les positions des uns et des autres relativement à cette question si sensible des évaluations dans l’enseignement primaire.


I- POURQUOI DES EVALUATIONS HARMONISEES ?

1- Typologie des évaluations dans le primaire

Dans l’enseignement primaire, l’évaluation est davantage formative, s’effectuant au quotidien et de façon permanente par l’enseignant dans sa classe. La Formation Par Compétences (FPC), nouvelle approche pédagogique qualifiée de "pédagogie de l’évaluation permanente", met encore mieux en évidence, le caractère primordial de cette activité.

Toutefois, en complément de cette évaluation formative effectuée au jour le jour, le Ministère de l’Education Nationale, à travers la DELC élabore chaque année un calendrier d’évaluations périodiques sommatives, à caractère normatif et à grande échelle (tous les élèves de la circonscription sont concernés en même-temps), afin de permettre à l’Inspecteur de mieux suivre le degré d’exécution des programmes dans chaque école. Limitées à quatre pour les classes de CM2 (2 compositions et 2 examens blancs), elles sont au nombre de cinq pour les classes intermédiaires, prenant en compte la composition de passage. Ces évaluations périodiques, pour plus de crédibilité doivent être nécessairement harmonisées sur toute la circonscription.

2- Qu’est-ce qui justifie des évaluations harmonisées ?

Les facteurs qui militent en faveur d’une organisation des évaluations avec des sujets uniformisés sont nombreux. Parmi eux, l’on peut retenir les plus essentielles, entre autres :

• L’harmonisation des sujets permet un suivi plus efficace des progressions par l’Inspecteur et en garantit une évolution harmonieuse dans toutes les écoles, chaque enseignant étant tenu de faire l’effort nécessaire pour atteindre la limitation de semaine de cours retenue pour chaque composition.
Cela s’impose d’autant plus que lorsque la latitude est laissée à chaque école d’organiser l’évaluation de façon interne, chacun compose son sujet en fonction de son niveau d’avancement dans les programmes. A titre d'exemple, dans un même groupe scolaire, les élèves du CE2-A peuvent être évalués jusqu’en semaine 10, pendant que ceux du CE2-B ne le sont seulement qu’en semaine 6, pour la même composition. Tout simplement parce que sans la contrainte d’une uniformisation des sujets, les Directeurs d’école et adjoints ne mettent aucun système en place pour palier les nombreuses absences des enseignants et rattraper les retards qui en découlent.

• Elle facilite également le contrôle de la qualité des épreuves par l’Inspecteur et son équipe pédagogique. En effet, cette formule réduit considérablement la quantité de sujets à produire et à contrôler, qui se limite à quatre épreuves pour chaque niveau de cours, soit un total de 24 sujets et 24 barèmes pour les six cours (du CP1 au CM2). A titre indicatif, ces quatre épreuves sont :

Pour les CP: Français, Mathématique, ECM, Dessin
Pour les CE-CM : Etude de texte, Eveil au Milieu, Dictée, Mathématique

Lorsque chaque école est autonomisée dans l’élaboration des épreuves, cela équivaut à 24 sujets par école, soit pour une circonscription comptant environ 50 écoles, un total de 1200 sujets et autant de barèmes à contrôler. Toute chose qui est techniquement et humainement impossible pour l’IEP et son service Evaluation.

Il est à préciser à toutes fins utiles que ce contrôle de qualité porte sur:
- la justesse des contenus des épreuves et leur conformité avec le programme en vigueur
- la formulation des questions
- le dosage des devoirs (longueur des sujets et degré de difficulté des questions)
- la qualité de la saisie et de la mise en page
- etc.

II- LA QUESTION DU SUPPORT DE COMPOSITION

Pendant notre cycle primaire (il y’a environ une trentaine d’années), l’on se souvient encore des traditionnels cahiers de compositions où le maître prévoyait les modèles à l’avance pour les petites classes, tandis que les grandes classes y effectuaient leurs devoirs à partir de sujets portés au tableau.
Peut-on raisonnablement se permettre en 2011 de s’inscrire encore dans le même schéma ? Bien-sûr que non, le système d’évaluation ne pouvant rester en marge des avancées technologiques.
C’est pourquoi, plus que jamais, des supports de composition pré-imprimés s’imposent.

1- Pourquoi des supports de composition ?

Les arguments qui militent en faveur de l’utilisation de supports de composition sont si nombreux que l’on ne peut les évoquer de façon exhaustive dans un tel forum, au risque de lasser le lecteur et de relâcher sa concentration. Toutefois, quelques points essentiels sont répertoriés dans l’argumentaire qui suit :

Le calendrier des évaluations périodiques: établi à chaque rentrée scolaire par la DELC, elle prévoit l’exécution de l’évaluation en un seul jour pour chaque niveau de cours. Quand l’on sait que le nombre de sujets à exécuter s’élève jusqu’à quatre (Français, Mathématique, ECM, Dessin pour les CP et Etude de texte, Eveil au Milieu, Dictée, Mathématique pour les CE-CM), il est techniquement impossible d’exécuter la composition en un jour sans des supports pré-imprimés.

Les exigences de la FPC: le système d’évaluation en FPC est très exigeant, les exercices étant basés en grande partie sur des modèles à présenter aux élèves -surtout dans les petites classes-, selon une typologie qui comprend:
- des Questions à Choix Multiples (QCM)
- des Tests de Closure (phrases à trou, schémas à annoter, etc.)
- des exercices d’appariement
- des questions dichotomiques (oui ou non, vrai ou faux)
- des questions à réponses construites
- etc.
Une évaluation en FPC est donc inimaginable sans des supports pré-imprimés où tous les modèles sus-indiqués sont conçus à l’avance.

Les exigences d’efficacité et de crédibilité: pour l’efficacité et la crédibilité des évaluations périodiques, il est important que l’Inspecteur et sa cellule de pédagogie puissent contrôler le processus du début à la fin (élaboration des sujets, supervision de l’exécution dans les classes, etc.). Ce contrôle qui nécessite une grande rigueur est quasiment impossible si les sujets sont portés au tableau ou dans un cahier de compositions. Pourtant, il est indispensable que les notes issues de ces évaluations soient crédibles, dans la mesure où au CM2, ces notes (MGA) comptent à hauteur de 40% dans l’examen final national du CEPE et du concours d’entrée en 6e.

De plus, l’on note un gain significatif de temps dans la planification des épreuves qui peuvent contenir en un seul jour, ce qui n’est pas possible en l’absence de supports pour les élèves.

Les contraintes liées à l’environnement des classes: si l’on devait envisager l’exécution des sujets au tableau, cela serait de nature à pénaliser considérablement les élèves pour plusieurs raisons :

- dans de nombreux établissements, les tableaux muraux sont dans un état de dégradation très avancé. Dans certaines écoles déshéritées, les salles de classe ne disposent même pas de tableau mural, fonctionnant avec des tableaux sur chevalet.

- la taille des tableaux constitue une autre contrainte car ils ne peuvent pas contenir l’entièreté d’un sujet en même temps, surtout dans les grandes classes.

- la visibilité du tableau n’est pas la même pour tous les élèves. Certaines salles sont "naturellement sombres" car très peu ajourées. Dans d’autres cas, la position des bâtiments, leur orientation par rapport à la trajectoire du soleil, la taille des fenêtres ou des claustras sont autant de facteurs qui provoquent des reflets rendant difficile la lisibilité du tableau à partir de certaines positions dans la classe. D’ailleurs, il est très courant de voir des élèves se mettre debout ou se déplacer lors des copies de leçons en classe, ce qui est inacceptable pendant une évaluation.

La préparation progressive à l’examen du CEPE/Entrée en 6e : il est totalement incongru d’évaluer un élève durant tout son cycle sur un support quelconque (feuille ou cahier) où il répond aux questions en toute liberté sans contrainte de gestion de l’espace, et lui présenter en fin de cycle primaire, le jour de l’examen de surcroit, un support qui confine ses réponses attendues dans un espace très limité qui n’excède pas souvent deux lignes. Il est clair que ce déphasage augmente considérablement les risques d’échec d’un tel élève qui, en manque de repères sur la copie, ne sera pas à l’abri des nombreuses ratures, des réponses inachevées car trop longues pour l’espace prévu et de bien d’autres difficultés.
C’est pourquoi, le support de composition harmonisé s’impose, non seulement pour préparer l’élève dès le début de son cycle au remplissage correct de l’en-tête, mais aussi et surtout pour lui donner la possibilité d’avoir sur la copie de composition, des repères précieux qui lui seront d’un apport très appréciable le jour de l’examen final en fin de cycle primaire.

L’impératif de suivi par les parents: le support de composition facilite considérablement le suivi du travail scolaire par les parents. En effet, ce document, en plus de sa présentation correcte, offre l’avantage de présenter les questions clairement formulées avec les réponses de l’élève. Par contre, pour des sujets portés au tableau, non seulement la feuille de composition est banalisée, mais également elle ne comporte que les réponses de l’élève, difficiles à cerner en l’absence des questions initialement posées.

Au regard de tout ce qui précède, l’élaboration d’un support de composition par discipline et pour chaque élève semble se justifier pleinement. La question est-elle réglée pour autant ?

2- L’épineuse question du financement

Si le principe d’offrir des supports aux élèves bénéficie de nombreux arguments qui militent en sa faveur, le sujet n’est pas épuisé pour autant car la vraie question reste celle du financement d’une telle opération d’envergure. Comment faire ?

La piste budgétaire

L’idéal aurait été que dans les budgets des inspections, la ligne d’achat de fournitures techniques (ligne 6215) soit correctement approvisionnée afin de permettre, en plus des charges habituelles de fonctionnement, l’achat du matériel nécessaire pour les évaluations (papier, encres, masters, autres consommables informatiques, enveloppes et autres matériels de conditionnement, etc.).

Malheureusement, dans l’état actuel des choses, ces lignes budgétaires sont si "petitement" approvisionnées que leurs dotations suffisent à peine pour couvrir l’achat sur toute l’année de registres d’appel, de cahiers journaux, de fiches scolaires et surtout de craie, "matière première" prioritaire de l’enseignant.
De plus, toutes les inspections à ce jour ne sont pas encore pourvues de risographe.

Si cette piste devait constituer la solution, il faudrait donc en urgence :
- doter de risographe, les inspections qui n’en disposent pas encore.
- instruire la DAF du Ministère d’approvisionner correctement les lignes budgétaires concernées, sur la base d’indicateurs techniques liés à l’exécution des évaluations, toute chose que les IEP pourraient mettre à la disposition de la tutelle.

La piste communautaire

En cas de difficulté de financement au niveau de la DAF, la piste communautaire pourrait constituer un palliatif en attendant des lendemains meilleurs.
Sans remettre en cause la gratuité de l’école, il s’agirait de solliciter le soutien des parents pour l’exécution de cette activité importante pour leurs enfants et cela, dans un cadre réglementaire défini par le Ministère. Contrairement à l’idée de croire qu’il s’agirait d’une charge supplémentaire pour eux, ce cadre réglementaire constituerait plutôt une balise qui mettrait les parents à l’abri des cotisations anarchiques et trop souvent exorbitantes effectuées sous le couvert des évaluations.
A ce niveau également, l’approche technique des IEP pourrait orienter la prise de décision relativement aux montants des éventuelles contributions qui pourraient être sollicitées des parents.

NB: il est à noter qu’en dehors de ces deux pistes, le Ministère peut proposer d’autres approches, pourvu qu’elles permettent une évaluation correcte et rigoureuse des élèves dans un souci de crédibilité et d’efficacité.


Nul doute que si la tutelle (Ministère de l’Education Nationale) est suffisamment instruite de tous les contours de la question des évaluations dans l’enseignement primaire, elle prendra les décisions qui s’imposent afin d’en assainir l’environ et partant, de crédibiliser davantage les notes qui en découlent et qui comptent pour l’examen du CEPE/Entrée en 6e.

Cela sera salutaire pour éviter que ces précieuses notes continuent d’être attribuées dans des conditions qui échappent totalement à l’Inspecteur, notes qu’il doit pourtant valider pour le calcul des moyennes de passage en classes supérieures et surtout des MGA constituant au titre des contrôles continus, 40% à l’examen du CEPE et du Concours d’Entrée en 6e.

Et les plus grands gagnants, ce seront à coup sûr les parents d’élèves, trop souvent grugés sous le couvert des évaluations par des Inspecteurs, des Conseillers pédagogiques, des Directeurs d’école ou des enseignants véreux.




TOURE YOUSSOUF
Inspecteur de l'Enseignement Préscolaire et Primaire
Chef de la Circonscription de Daloa-3
06-96-99-96 / 02-67-02-76

06:35 Écrit par TOURE YOUSSOUF | Commentaires (13) |  Facebook | |  Imprimer | |

Commentaires

Excellent! Merci, "monsieur le professeur", TOURE YOUSSOUF!

Fraternellement.

Écrit par : Dindé | mercredi, 19 octobre 2011

Bon travail mon petit esclave. Continues ainsi. Tu auras de la promotion si Dieu le veut.

FOFANA ONUCI Daloa

Écrit par : DRAMANE Fofana | mercredi, 19 octobre 2011

D'accord avec Mr FOFANA.
Je ne suis pas du domaine mais quand je lis vos écrits, je comprends mieux certaines choses dans notre système éducatif. Et à chaque fois, je me dis que votre place n'est plus dans une inspection, mais ailleurs où vous contribuerai sans aucun doute à faire avancer le système.
Bon courage.

Cédric KOUAO

Écrit par : KOUAO | jeudi, 20 octobre 2011

Motion de soutien à cette analyse si judicieuse et instructive. Je suis persuadé que toutes les parties impliquées dans le système éducatif ivoirien savent le bienfondé des évaluations mais malheureusement ne cherchent pas de piste appropriée pour le succès de cette obligation professionnelle.

Écrit par : YEO NAGNIN | vendredi, 21 octobre 2011

C'est certainement la première fois que je réagis sur le blog slt pour des raisons de time table. Primo suis very busy avec qqfois plus de 30 mails/jour et surtout des contributions régulières avec le GRETAF(groupe de recherche sur l'éducation en Afrique) dont je suis membre. Deuxio ma clé de connexion du net MOOV fait toujours des siennes avec souventes fois plusieurs jours ou même des semaines sans réseau. Sauf cas de force majeure, j'évite la fréquentation des cyber. Ces contraintes non exhaustives m'empêchent de faire suite à tes réflexions marquées au coin du bon sens et qui ne manquent pas d'intérêt. Bien au contraire. Aujourd'hui, le réseau me sourit et je ne boude pas mon plaisir. Super plaidoyer de l'IEP pour une cause pro domo. Slt question! comment aboucher la gratuité de l'école avec une quelconque cotisation dans un État où le gouvernement a décrété la gratuité. Peut-on raisonnement exclure hic et nunc un enfant de l'école censée être gratuite même si l'éducation a un coût en cas de non paiement de frais relatif aux évaluations? N'oublions pas que les bailleurs de fonds qui nous envoient l'argent de leurs contribuables ne sont pas des enfants de choeur. Certes, ils nous "ordonnent" la scolarisation à 100% de nos mômes mais restent attentifs aux résultats et aux éventuelles entorses. C'est d'ailleurs pourquoi, certaines O.N.G sont constamment sur le terrain à l'image de" save the children" ou un organisme des Nations-Unies comme l'UNICEF, évitant ainsi les gouvernements. Il est vrai qu'en ce début du XXIème s. on ne peut plus évaluer le travail des écoliers comme le faisait antérieurement avec l'avènement des TIC qui évoluent à un rythme exponentiel et dont certains enfants sont accoutumés dès la cellule familiale. A mon sens , il ne revient pas aux parents d'élèves de sortir le moindre sous pour faire évaluer leurs gosses dans les classes même s'ils reconnaissent l'intérêt bien décrit et décrypté dans ton texte mais plutôt à l'État qui selon l'article 26 de la déclaration universelle des droits de l'homme(dont notre pays est signataire) de mettre en œuvre la gratuité effective de l'école jusqu'à 15ans au moins. Et cela n'est pas impossible comme tu l'as si bien suggéré avec des dotations budgétaires additionnelles par le truchement de la ligne 6215. Le DAF actuel, un ami mien qui a été lui-même instituteur ne trouvera pas d'ombrage, j'en suis persuadé. En tout état de cause, la ministre Kandia l'a dit lors de la récente cérémonie de distribution des kits scolaires, à partir de l'année-scolaire prochaine, on ne parlera plus de l'Entrée en 6ème comme concours. Comme le dit le proverbe occidental: "A bon vin, point d'enseigne".
Bien amicalement.

Écrit par : ZAMBLE Bi Zamblé Germain | samedi, 22 octobre 2011

Merci SG Zamblé pour ton long commentaire qui suscite en moi quelques réactions :

-Primo : Le texte a pour objectif de montrer à notre tutelle éducative et à l’opinion publique, les difficultés des IEP à effectuer des évaluations crédibles sur le terrain en l’absence de supports de composition. Le responsable que tu es au niveau de la corporation des IEP comprend-t-il le bien fondé de cette préoccupation ? Si oui, je pense que tu devrais plutôt l’appuyer et la défendre, plutôt que de commencer par défendre autre chose.

-Secundo : Le texte ne s’attarde pas spécifiquement sur des cotisations venant des parents. Il s’adresse avant tout à notre instance de décision (le Ministère de l’Education Nationale) qui, en étant convaincu du bien fondé de la question évoquée, devra proposer en dernier ressort la conduite à tenir.

-Tertio : La "gratuité zéro" existe-t-elle ? Bien-sûr que non, puisque tu dis toi-même que l’éducation et l’instruction ont un coût. La question est maintenant de savoir si l’Etat peut tout seul supporter entièrement ce coût. Si oui, c’est tant mieux.
Mais en tant qu’acteur du système, ce que je constate sur le terrain, c’est que dans le cadre de la gratuité, les parents payent bel et bien 250 F pour les manuels reçus par leurs enfants. Je crois bien que Unicef ou Save The Childreen sont bien informés de cela sans qu’ils remettent en cause pour autant, leur appui aux actions de l’école.
Dans la même veine, les livrets d’exercices "Mon cahier d’application" qui sont des compléments indispensables des manuels de cours ne sont pas offerts par l’Etat. Les parents sont bien obligés de les acheter sur le marché pour leurs enfants. Cela remet-il en cause la gratuité de l’école ?

En tout état de cause, les théories sur l’école gratuite existent, mais moi je m’emploie ici à décrire la réalité du terrain pour que les difficultés évoquées sur cette question primordiale de l’évaluation des élèves trouvent des solutions en urgence. Peu importe d’où qu’elles viennent, de l’Etat, des parents ou même d’ONG ou d’organismes internationaux.

Salutations respectueuses à toi, SG.

Écrit par : IEP Touré | dimanche, 23 octobre 2011

Bonne réflexion iep.
Bonne continuation.

Écrit par : kouassi | dimanche, 23 octobre 2011

Je voudrais très sincèrement te féliciter pour tes réflexions au sujet des problèmes de l'Ecole Ivoirinne.Je suis tout à fait d'accord avec toi que c'est à nous les acteurs de l'Ecole,qu'il revientd'exposer les problèmes tel qu'ils se présentent à nous,puis de faire les propositions adéquates.
La question de l'évaluation des acquis au niveau des élèves pour moi,est autant importan te que celle de la formation continue des enseignants.J'espère qu'on débattra de cette question le moment venue.Parlant d'évaluation,
que vaut un apprentissage sans évaluations?
En plus des deux propositions que tu fais,je propose que les Comités de Gestion des écoles COGES soient sensibilisés à la question,de sorte à prendre en compte l'évaluatin dans leur projet école.Bon courage! MME SILUE AU CNFPMD

Écrit par : FATOUMATA COULIBALY epse SILUE | dimanche, 23 octobre 2011

L'effroyable nouvelle de la disparition tragique de notre collègue ADOU Adou ne me permet pas d'être loquace. Néanmoins, les évaluations faisant partie intégrante de l'acte pédagogique, son importance n'est pas à discuter mais son organisation. je tiens donc à réagir.
Primo, était intervenu intuitu personae sans casquette syndicale même si le distinguo n'est tjrs pas évident.Car tu sembles dire(par euphémisme) que le syndicaliste que je suis, devrait corroborer tes assertions et non défendre autre chose. Ne soyons pas monoidéiste car c'est comme ça que commencent les dictatures.
Deuxio, ton plaidoyer est destiné aux autorités pour les sensibiliser sur les difficultés inhérentes à l'organisation des évaluations. Entre-nous, crois-tu qu'ils en savent moins? Le DELC est ton collègue IEP. Les IGEN sont constamment sur le terrain et ont toujours attiré notre attention sur les dysfonctionnements à propos de ces évaluations et un séminaire a même regroupé tous les acteurs.Notre syndicat était representé par KONE PATRICE, IEP ADJAME 1. La conclusion n'a pas été rendue publique même si les syndicats d'instituteurs s'opposaient véhément à l'organisation de ces évaluations dans sa forme actuelle càd avec les cotisations des enfants.
Ma position personnelle est que notre pays a ratifié la déclaration universelle des droits de l'homme et de l'enfant dont l'article 26 rappelle aux gouvernements le droit des enfants à une éducation obligatoire et gratuite. L'iep que je suis doit préserver le droit de l'enfant. C'est pourquoi, nous veillons tous à son intégrité physique en classe pour éviter qu''il soit battu par le maître.Il ne doit donc pas être renvoyé de la classe pour des raisons pécuniaires. Dans ton texte, tu ne dis pas à défaut de l'aide étatique, que fait-on de l'enfant dont les parents n'auraient pas payé les frais des évaluations. L'enfant de parents démunis a droit au savoir. Et cela est intangible.Quand je dis que l'éducation a un coût, c'est par rapport aux fascicules non obligatoires mais conseillés comme les "sentiers de la réussite" parrainés par notre syndicat et le suivi individualisé appelé insidieusement"maître de maison. D'ailleurs j'ai toujours condamné les 250f pour des manuels dits gratuits même destinés dit-on à l'entretien des livres. Or tu sais très bien que ces sommes sont détournées à d'autres fins.Cela a aussi servi via le SNAPSCOGES aux prérogatives de formation des IEP à YAMOUSSOUKRO. C'est ce que les Blancs appellent "mauvaise gouvernance".
Si ton idée de l'organisation des évaluations avec possibilité de financement par les parents prend corps, c'est dire qu'il faut mettre dehors les enfants dont les parents traîneraient les pieds. Ou bien?(pour parler trivialement)
Concernant la crédibilité des évaluations avec des supports dits fiables. Je suis en partie d'accord pcq on ne peut pas faire des évaluations comme il y'a 30 ans. Mais il revient à l'Etat de se donner les moyens de moderniser son mode de fonctionnément. Et l'organisation des évaluations en fait partie. On ne peut pas parler de crédibilité des évaluations même avec des supports numériques et haut de gamme sans prise de conscience des acteurs. Tous ou presque trichent. L'iep veut être parmi les meilleurs de sa direction régionale, le directeur d'école et les enseignants prennent des raccourcis pour aider les gosses.Pour exemplifier mon propos, il te suffit de voir les MGA des élèves. Plus de 95% (je tiens cela de la DECO) ont plus de 12 de moyenne. quelle que soit la probité de l'IEP et la parfaite organisation des évaluations, si l'éthique de la responsabilité et de la conscience professionnelle ne sont pas partagées, nous allons à vau-l'eau.
Idem pour les stagiaires sortis des CAFOP. Les IEP se plaignent de leur niveau d'études et de leurs intolérables carences et pourtant ils sont tjrs admis au CAP. De quelle crédibilité pouvons-nous parler? Il faut une introspection véritable. le modeste leader syndical que je suis est prêt à defendre sa corporation avec abnégation et à tous les prix mais avec lucidité et esprit critique.En tout état, nous en débattrons à la prochaine A.G et le démocrate que je suis se fera fort de s'aligner sur la majorité pour cette question et bien d'autres.
En sus pour parler des évaluations, il faut d'abord évoquer le contenu de nos manuels scolaires qui sont loin d'être parfaits et par endroits truffés de faute. Je suis désolé de t'apprendre que j'ai assisté à une réunion la semaine passée avec SOLMANE Konaté, IEP ADJAME 2 au cabinet du ministre avec pour invité le professeur titulaire de la chaire de l'UNESCO pour le développement curriculaire. Il a trouvé que nous avons confondu en C.I, curricula et programme et que certains ouvrages étaient inadaptés. Il a ajouté que notre système scolaire navigue à vue et que nous ne pratiquons ni la FPC ni la PPO. Alors comment organiser des évaluations crédibles avec de telles faiblesses"congénitales"? A moins que le vocable "crédibilité" ne soit polysémique et à géométrie variable selon nos intérêts.
Bien amicalement.
ZAMBLE Bi Z. Germain, secrétaire général du SYNAIEPPCI.

Écrit par : ZAMBLE Bi Z. Germain | mardi, 25 octobre 2011

merci à toi camarade ,frère et collègue Touré pour ta brillante contribution sur le débat concernant l'évaluation et son processus d'organisation dans 'enseignement primaire; tu interpelles acteurs et partenaires de l'école sur une actualité du monde de l'éducation.Point de polémiques plutôt des contributions face à un défi majeur:l'organisation des évaluations crédibles dans les circonscriptions scolaires logées quasiment toutes dans la précarité financière:si en aval la DECO organise l'examen final du CEPE/6ème ( les 60%) avec des moyens conséquents avec la mobilisation de la société et l'appui de partenaires pour la logistique, pourquoi en amont la recherche des 40% ( la MGA) s'organise-t-elle à l'échelon des inspections sans mobilisation financière et matérielle ouvrant ainsi la porte à toutes sortes d'arrangements, de combines , de légèretés dans certaines circonscriptions : comment comprendre que des élèves aient 18/20 à la MGA et n'obtiennent à peine 40 voire 60 points sur 170 à l'examen final: le débat est ouvert , il doit être continuel, continu et continué.

Écrit par : déloh andré | mercredi, 26 octobre 2011

Bon exposé qui m’amène à mieux comprendre cette histoire "d’évaluations" dans le primaire et les difficultés d’organisation qui accompagnent.

C’est quand-même curieux les réactions de Monsieur ZAMBLE (un responsable des Inspecteurs à ce que je sache) qui semble être le seul à combattre cette belle démonstration assez convaincante.

Je souhaite vivement qu’une solution soit trouvée et surtout que le personnel en charge des évaluations (les enseignants) soit de qualité car ils représentent la clé de voute du processus.

Écrit par : BINATE Aboudramane | dimanche, 30 octobre 2011

Monsieur Binaté n'a certainement pas saisi la quintessence de ma réaction.Monsieur Zamblé ne combat pas l'approche faite par son collègue qui est même le chargé de la pédagogie au niveau du bureau exécutif national du syndicat.Dans l'entame de mes propos, j'ai jugé au coin du bon sens les écrits de Touré. Cependant, j'ai cru bon indiquer que la question a déjà fait l'objet d'un séminaire regroupant tous les syndicats d'enseignants, les parents d'élèves et les autorités de premier rang du ministère.Notre syndicat représenté par notre collègue Koné Patrice a été mis en minorité par le MIDD et le SYNEPPCI, les syndics les plus représentatifs des enseignants du primaire et tous les autres partenaires présents dont l'inspection générale du ministère. Par décence pour mes collègues, je ne voudrais pas exposer ici les griefs des instituteurs contre leurs chefs dans l'organisation de ses fameuses évaluations dont l'importance n'échappe à personne.Tout chef a droit des égards de la part de ses collaborateurs. Je ne peux donc supporter qu'en public, la corporation que je représente soit prise à partie avec preuves à l'appui par des syndicats de collaborateurs. Aussi pour répondre à l'apophtegme de Touré:"Echanger franchement pour s'enrichir mutuellement" et dans l'attente imminente de réunions syndicales,ai-je demandé dans mes propos à tous les acteurs du système de l'organisation des évaluations, pour sa crédibilité, de faire une introspection( du latin introspicere,regarder sans complaisance à l'intérieur de soi-même).Le dire, n'est pas porter entorse aux allégations de mon éminent collègue mais enrichir le débat.

Écrit par : ZAMBLE Bi Zamblé Germain | dimanche, 30 octobre 2011

Bonne contribution cher cadet. Au niveau de la forme, le contexte l'intérêt pédagogique ont été suffisamment décrits et argumentes.Quant au fond les propositions faites présentent chacune des faiblesses subtilement soulignées.Cependant,et pour ce qui me concerne,le débat sur la question demeurera tant qu'on aura pas évacue toutes les spéculations mercantiles liées à l'organisation des évaluations dans le cycle primaire et surtout assainir l'environnement du débat.

Écrit par : savane morifere | dimanche, 13 novembre 2011

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