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mercredi, 19 octobre 2011

Les évaluations dans l'enseignement primaire: Comprendre la problématique

Par
TOURE YOUSSOUF
Inspecteur de l’Enseignement Préscolaire et Primaire
Chef de la Circonscription de Daloa-3
• • • • •

Dans la pratique pédagogique, l’évaluation est un élément fondamental car elle constitue l’instrument d’appréciation des enseignements administrés en classe.
Si le bien fondé des évaluations périodiques programmées par la Direction des Ecoles, Lycées et Collège (DELC) ne souffre d’aucune contestation, les conditions de leur exécution sont malheureusement sujettes à beaucoup de polémiques, bien souvent inutiles.
Pourquoi tant de controverse autour d’une activité pourtant si capitale pour l’instruction et l’éducation des jeunes élèves ?
Pourquoi tant de divergence de vue
- d’un acteur à un autre - autour d’une activité qui devait pourtant faire l’unanimité dans son exécution, eu égard à son caractère éminemment important dans l’approche pédagogique en vigueur, la FPC ?

La présente contribution a pour objectif d’apporter quelques éclairages qui - nous le souhaitons vivement - contribueront à rapprocher les visions et les positions des uns et des autres relativement à cette question si sensible des évaluations dans l’enseignement primaire.


I- POURQUOI DES EVALUATIONS HARMONISEES ?

1- Typologie des évaluations dans le primaire

Dans l’enseignement primaire, l’évaluation est davantage formative, s’effectuant au quotidien et de façon permanente par l’enseignant dans sa classe. La Formation Par Compétences (FPC), nouvelle approche pédagogique qualifiée de "pédagogie de l’évaluation permanente", met encore mieux en évidence, le caractère primordial de cette activité.

Toutefois, en complément de cette évaluation formative effectuée au jour le jour, le Ministère de l’Education Nationale, à travers la DELC élabore chaque année un calendrier d’évaluations périodiques sommatives, à caractère normatif et à grande échelle (tous les élèves de la circonscription sont concernés en même-temps), afin de permettre à l’Inspecteur de mieux suivre le degré d’exécution des programmes dans chaque école. Limitées à quatre pour les classes de CM2 (2 compositions et 2 examens blancs), elles sont au nombre de cinq pour les classes intermédiaires, prenant en compte la composition de passage. Ces évaluations périodiques, pour plus de crédibilité doivent être nécessairement harmonisées sur toute la circonscription.

2- Qu’est-ce qui justifie des évaluations harmonisées ?

Les facteurs qui militent en faveur d’une organisation des évaluations avec des sujets uniformisés sont nombreux. Parmi eux, l’on peut retenir les plus essentielles, entre autres :

• L’harmonisation des sujets permet un suivi plus efficace des progressions par l’Inspecteur et en garantit une évolution harmonieuse dans toutes les écoles, chaque enseignant étant tenu de faire l’effort nécessaire pour atteindre la limitation de semaine de cours retenue pour chaque composition.
Cela s’impose d’autant plus que lorsque la latitude est laissée à chaque école d’organiser l’évaluation de façon interne, chacun compose son sujet en fonction de son niveau d’avancement dans les programmes. A titre d'exemple, dans un même groupe scolaire, les élèves du CE2-A peuvent être évalués jusqu’en semaine 10, pendant que ceux du CE2-B ne le sont seulement qu’en semaine 6, pour la même composition. Tout simplement parce que sans la contrainte d’une uniformisation des sujets, les Directeurs d’école et adjoints ne mettent aucun système en place pour palier les nombreuses absences des enseignants et rattraper les retards qui en découlent.

• Elle facilite également le contrôle de la qualité des épreuves par l’Inspecteur et son équipe pédagogique. En effet, cette formule réduit considérablement la quantité de sujets à produire et à contrôler, qui se limite à quatre épreuves pour chaque niveau de cours, soit un total de 24 sujets et 24 barèmes pour les six cours (du CP1 au CM2). A titre indicatif, ces quatre épreuves sont :

Pour les CP: Français, Mathématique, ECM, Dessin
Pour les CE-CM : Etude de texte, Eveil au Milieu, Dictée, Mathématique

Lorsque chaque école est autonomisée dans l’élaboration des épreuves, cela équivaut à 24 sujets par école, soit pour une circonscription comptant environ 50 écoles, un total de 1200 sujets et autant de barèmes à contrôler. Toute chose qui est techniquement et humainement impossible pour l’IEP et son service Evaluation.

Il est à préciser à toutes fins utiles que ce contrôle de qualité porte sur:
- la justesse des contenus des épreuves et leur conformité avec le programme en vigueur
- la formulation des questions
- le dosage des devoirs (longueur des sujets et degré de difficulté des questions)
- la qualité de la saisie et de la mise en page
- etc.

II- LA QUESTION DU SUPPORT DE COMPOSITION

Pendant notre cycle primaire (il y’a environ une trentaine d’années), l’on se souvient encore des traditionnels cahiers de compositions où le maître prévoyait les modèles à l’avance pour les petites classes, tandis que les grandes classes y effectuaient leurs devoirs à partir de sujets portés au tableau.
Peut-on raisonnablement se permettre en 2011 de s’inscrire encore dans le même schéma ? Bien-sûr que non, le système d’évaluation ne pouvant rester en marge des avancées technologiques.
C’est pourquoi, plus que jamais, des supports de composition pré-imprimés s’imposent.

1- Pourquoi des supports de composition ?

Les arguments qui militent en faveur de l’utilisation de supports de composition sont si nombreux que l’on ne peut les évoquer de façon exhaustive dans un tel forum, au risque de lasser le lecteur et de relâcher sa concentration. Toutefois, quelques points essentiels sont répertoriés dans l’argumentaire qui suit :

Le calendrier des évaluations périodiques: établi à chaque rentrée scolaire par la DELC, elle prévoit l’exécution de l’évaluation en un seul jour pour chaque niveau de cours. Quand l’on sait que le nombre de sujets à exécuter s’élève jusqu’à quatre (Français, Mathématique, ECM, Dessin pour les CP et Etude de texte, Eveil au Milieu, Dictée, Mathématique pour les CE-CM), il est techniquement impossible d’exécuter la composition en un jour sans des supports pré-imprimés.

Les exigences de la FPC: le système d’évaluation en FPC est très exigeant, les exercices étant basés en grande partie sur des modèles à présenter aux élèves -surtout dans les petites classes-, selon une typologie qui comprend:
- des Questions à Choix Multiples (QCM)
- des Tests de Closure (phrases à trou, schémas à annoter, etc.)
- des exercices d’appariement
- des questions dichotomiques (oui ou non, vrai ou faux)
- des questions à réponses construites
- etc.
Une évaluation en FPC est donc inimaginable sans des supports pré-imprimés où tous les modèles sus-indiqués sont conçus à l’avance.

Les exigences d’efficacité et de crédibilité: pour l’efficacité et la crédibilité des évaluations périodiques, il est important que l’Inspecteur et sa cellule de pédagogie puissent contrôler le processus du début à la fin (élaboration des sujets, supervision de l’exécution dans les classes, etc.). Ce contrôle qui nécessite une grande rigueur est quasiment impossible si les sujets sont portés au tableau ou dans un cahier de compositions. Pourtant, il est indispensable que les notes issues de ces évaluations soient crédibles, dans la mesure où au CM2, ces notes (MGA) comptent à hauteur de 40% dans l’examen final national du CEPE et du concours d’entrée en 6e.

De plus, l’on note un gain significatif de temps dans la planification des épreuves qui peuvent contenir en un seul jour, ce qui n’est pas possible en l’absence de supports pour les élèves.

Les contraintes liées à l’environnement des classes: si l’on devait envisager l’exécution des sujets au tableau, cela serait de nature à pénaliser considérablement les élèves pour plusieurs raisons :

- dans de nombreux établissements, les tableaux muraux sont dans un état de dégradation très avancé. Dans certaines écoles déshéritées, les salles de classe ne disposent même pas de tableau mural, fonctionnant avec des tableaux sur chevalet.

- la taille des tableaux constitue une autre contrainte car ils ne peuvent pas contenir l’entièreté d’un sujet en même temps, surtout dans les grandes classes.

- la visibilité du tableau n’est pas la même pour tous les élèves. Certaines salles sont "naturellement sombres" car très peu ajourées. Dans d’autres cas, la position des bâtiments, leur orientation par rapport à la trajectoire du soleil, la taille des fenêtres ou des claustras sont autant de facteurs qui provoquent des reflets rendant difficile la lisibilité du tableau à partir de certaines positions dans la classe. D’ailleurs, il est très courant de voir des élèves se mettre debout ou se déplacer lors des copies de leçons en classe, ce qui est inacceptable pendant une évaluation.

La préparation progressive à l’examen du CEPE/Entrée en 6e : il est totalement incongru d’évaluer un élève durant tout son cycle sur un support quelconque (feuille ou cahier) où il répond aux questions en toute liberté sans contrainte de gestion de l’espace, et lui présenter en fin de cycle primaire, le jour de l’examen de surcroit, un support qui confine ses réponses attendues dans un espace très limité qui n’excède pas souvent deux lignes. Il est clair que ce déphasage augmente considérablement les risques d’échec d’un tel élève qui, en manque de repères sur la copie, ne sera pas à l’abri des nombreuses ratures, des réponses inachevées car trop longues pour l’espace prévu et de bien d’autres difficultés.
C’est pourquoi, le support de composition harmonisé s’impose, non seulement pour préparer l’élève dès le début de son cycle au remplissage correct de l’en-tête, mais aussi et surtout pour lui donner la possibilité d’avoir sur la copie de composition, des repères précieux qui lui seront d’un apport très appréciable le jour de l’examen final en fin de cycle primaire.

L’impératif de suivi par les parents: le support de composition facilite considérablement le suivi du travail scolaire par les parents. En effet, ce document, en plus de sa présentation correcte, offre l’avantage de présenter les questions clairement formulées avec les réponses de l’élève. Par contre, pour des sujets portés au tableau, non seulement la feuille de composition est banalisée, mais également elle ne comporte que les réponses de l’élève, difficiles à cerner en l’absence des questions initialement posées.

Au regard de tout ce qui précède, l’élaboration d’un support de composition par discipline et pour chaque élève semble se justifier pleinement. La question est-elle réglée pour autant ?

2- L’épineuse question du financement

Si le principe d’offrir des supports aux élèves bénéficie de nombreux arguments qui militent en sa faveur, le sujet n’est pas épuisé pour autant car la vraie question reste celle du financement d’une telle opération d’envergure. Comment faire ?

La piste budgétaire

L’idéal aurait été que dans les budgets des inspections, la ligne d’achat de fournitures techniques (ligne 6215) soit correctement approvisionnée afin de permettre, en plus des charges habituelles de fonctionnement, l’achat du matériel nécessaire pour les évaluations (papier, encres, masters, autres consommables informatiques, enveloppes et autres matériels de conditionnement, etc.).

Malheureusement, dans l’état actuel des choses, ces lignes budgétaires sont si "petitement" approvisionnées que leurs dotations suffisent à peine pour couvrir l’achat sur toute l’année de registres d’appel, de cahiers journaux, de fiches scolaires et surtout de craie, "matière première" prioritaire de l’enseignant.
De plus, toutes les inspections à ce jour ne sont pas encore pourvues de risographe.

Si cette piste devait constituer la solution, il faudrait donc en urgence :
- doter de risographe, les inspections qui n’en disposent pas encore.
- instruire la DAF du Ministère d’approvisionner correctement les lignes budgétaires concernées, sur la base d’indicateurs techniques liés à l’exécution des évaluations, toute chose que les IEP pourraient mettre à la disposition de la tutelle.

La piste communautaire

En cas de difficulté de financement au niveau de la DAF, la piste communautaire pourrait constituer un palliatif en attendant des lendemains meilleurs.
Sans remettre en cause la gratuité de l’école, il s’agirait de solliciter le soutien des parents pour l’exécution de cette activité importante pour leurs enfants et cela, dans un cadre réglementaire défini par le Ministère. Contrairement à l’idée de croire qu’il s’agirait d’une charge supplémentaire pour eux, ce cadre réglementaire constituerait plutôt une balise qui mettrait les parents à l’abri des cotisations anarchiques et trop souvent exorbitantes effectuées sous le couvert des évaluations.
A ce niveau également, l’approche technique des IEP pourrait orienter la prise de décision relativement aux montants des éventuelles contributions qui pourraient être sollicitées des parents.

NB: il est à noter qu’en dehors de ces deux pistes, le Ministère peut proposer d’autres approches, pourvu qu’elles permettent une évaluation correcte et rigoureuse des élèves dans un souci de crédibilité et d’efficacité.


Nul doute que si la tutelle (Ministère de l’Education Nationale) est suffisamment instruite de tous les contours de la question des évaluations dans l’enseignement primaire, elle prendra les décisions qui s’imposent afin d’en assainir l’environ et partant, de crédibiliser davantage les notes qui en découlent et qui comptent pour l’examen du CEPE/Entrée en 6e.

Cela sera salutaire pour éviter que ces précieuses notes continuent d’être attribuées dans des conditions qui échappent totalement à l’Inspecteur, notes qu’il doit pourtant valider pour le calcul des moyennes de passage en classes supérieures et surtout des MGA constituant au titre des contrôles continus, 40% à l’examen du CEPE et du Concours d’Entrée en 6e.

Et les plus grands gagnants, ce seront à coup sûr les parents d’élèves, trop souvent grugés sous le couvert des évaluations par des Inspecteurs, des Conseillers pédagogiques, des Directeurs d’école ou des enseignants véreux.




TOURE YOUSSOUF
Inspecteur de l'Enseignement Préscolaire et Primaire
Chef de la Circonscription de Daloa-3
06-96-99-96 / 02-67-02-76

06:35 Écrit par TOURE Youssouf | Commentaires (13) |  Facebook | |  Imprimer |