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jeudi, 06 septembre 2012

Entrée en 6e: Vers la fin d'un système trop élitiste

Il y a environ deux ans (précisément le vendredi 17 septembre 2010), le FORUM DE IEP TOURE publiait un article intitulé: Barre d'admission en 6e: A quand la fin de ce système si élitiste ?
Si en son temps la question pouvait apparaître comme un vague vœu pieux, depuis l'année 2011, elle a commencé à trouver un début de réponse avec la baisse de la barre d'admission à 100 points.
Cette initiative louable de Madame le Ministre de l'Education Nationale (photo ci-dessous) sur la voie de la suppression progressive du concours d'Entrée en 6e est à saluer et à encourager. C'est pourquoi, à quelques jours de l'annonce de la barre fatidique pour cette année, il paraît opportun de remettre cet article au goût du jour.

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Pour mémoire, chaque année et cela pendant des décennies, c’était toujours le même scénario, le même spectacle de désolation après la publication des résultats de l'affectation en sixième : de nombreux enfants, pourtant méritants, inconsolables car laissés sur la touche et pour cause: il fallait avoir 110 points (et même souvent plus) sur 170 points possibles pour être admis en 6e, soit une moyenne d'environ 13 sur 20. Ainsi donc, alors que la chance devrait être accordée à tout élève d'un niveau moyen de poursuivre sa scolarité sans entrave au moins jusqu'en classe de troisième (3e), cette barre d'admission est toujours apparue comme un goulot d'étranglement dans le continuum, rendant le système subitement élitiste en classe de CM2.

A y voir de près, la seule chose qui motivait encore le maintien de cette pratique qui ne se justifie plus, c'est le manque de structures d'accueil au niveau de l’enseignement secondaire. Fallait-il pour autant continuer chaque année à sacrifier de jeunes enfants innocents dont le seul tort est de ne pas réussir à se "hisser" parmi l'élite pour aller en sixième ?
L’alibi classique pour justifier cette situation a toujours été le même: "il n'y a pas de moyens pour construire de nouvelles écoles ou salles de classe".
Sans balayer du revers de la main cette réalité liée au contexte économique et financier difficile du pays depuis quelques décennies, il faut reconnaitre cependant que plus qu’une question de moyens, il s’agit davantage d’une volonté de vouloir en faire un axe prioritaire .
Oui, faire de la question une priorité, voilà le véritable élément moteur. Jugez-en vous-même :

-Avions-nous prévu de gérer une guerre et ses effets collatéraux sur près d’une décennie ? Que non ! Pourtant, l’Etat a bel et bien mobilisé des moyens depuis 2002 pour la gérer, parce que cette crise s’est imposée à nous comme une réalité implacable, donc comme une priorité.

-La vague des cinquantenaires en Afrique il y a quelques années était-elle prévue et budgétisée à l’avance ? Bien-sûr que non ! Mais quand elle s’est imposée à l’Afrique comme une réalité doublée d’un phénomène de mode et devenant ainsi donc "une priorité des Africains", les moyens -des milliards !- ont bien été mobilisés par les pays concernés.

Les exemples de ce genre sont légion. C’est pourquoi, l’alibi du manque de moyens ne saurait prévaloir quand il s’agit d’une question aussi importante que celle relative à l’avenir de la nation, des milliers d’enfants (pourtant valables) jetés chaque année à la rue à partir du CM2, tout simplement parce que n’ayant pas pu obtenir 13 de moyenne pour aller en 6e, faute de places dans le secondaire.

Les nouvelles autorités de l'Education Nationale l’ont si bien compris qu’en peu de temps, un pas de géant a été franchi dans ce sens, occasionnant la baisse de la barre d’admission à 100 points l’année dernière.

Pour cette année 2012, en plus des sérieux efforts déjà consentis,
-si les nombreuses réhabilitations entamées dans les structures scolaires déjà existantes se poursuivent,
-si les nouveaux collèges annoncés par Madame le ministre sont livrés dans les délais -et nul doute qu'il en sera ainsi-,
-si tous ces efforts au niveau des structures publiques sont judicieusement conjugués avec les capacités d’accueil des établissements privés crédibles,
il ne fait l’ombre d’aucun doute qu’un palier supplémentaire sera encore franchi cette année sur la voie de la disparition de cet obstacle qui brise malheureusement -et bien inutilement- le rêve de nombreux enfants méritants.
Cette suppression du concours d’entrée en 6e n’est d’ailleurs qu’une suite toute logique de la politique éducative dont la Côte d’Ivoire s’est délibérément dotée, la Formation Par Compétences (FPC) dont l'objectif principal est de mener le maximum d'apprenants vers la réussite.

Pourra-t-on arriver cette année à la suppression totale en admettant en sixième, tous les enfants admis au CEPE, soit 85 points ? Ce serait l'idéal, tout simplement.
Mais à défaut, une barre entre 90 et 95 points serait déjà un énorme soulagement, en attendant la suppression totale dans un délai que tous les parents d'élève souhaitent le plus bref possible afin que leurs progénitures, de nombreux enfants pourtant valeureux, ne continuent plus d’être éjectés prématurément du circuit scolaire au CM2 comme pendant les décennies antérieures, faute de structures d’accueil dans le secondaire.

TOURE YOUSSOUF
Inspecteur de l'Enseignement Préscolaire et Primaire
IEP Adjamé-1, Abidjan, Côte d'Ivoire
ieptoure@yahoo.fr

17:05 Écrit par TOURE Youssouf | Commentaires (4) |  Facebook | |  Imprimer |

Commentaires

Et bien la nouvelle est tombée, il faut 90 points pour être orienté en sixième, pour l'année 2012-2013.
Félicitation à Mme LA MINISTRE de l'Education nationale qui a tenu sa promesse. Par ailleurs, cette décision de la Ministre s'inscrit dans la volonté du chef de l'Etat de supprimer à court terme ce goulot, qui a tant fait de victime.D'ores et déjà, il faudrait que le forum réfléchisse déjà au système d'évaluation qui regorge beaucoup d'insuffisance.
Faut-il supprimer les deux compositions organisées par les écoles? Evaluations qui échappent au contrôle des IEP.
Aussi voudrions-nous signifier que si chacun met du sien en luttant contre la fraude, le goulot disparaitrait, et la tâche sera facilitée au gouvernement
Mamadou OUATTARA à l'IEP SAN-PEDRO

Écrit par : Mamadou OUATTARA | jeudi, 06 septembre 2012

Oui, je viens justement de l'apprendre environ deux (2) heures après ma publication, alors qu'on s'y attendant dans quelques jours, voire une semaine.
Cela "tue" peut-être l'intérêt de l'article, mais c'est une bonne chose que les parents soient situés un peu tôt. Chapeau donc à Madame le Ministre et à tous les acteurs qui y ont contribué, et surtout continuons de mener la réflexion pour en arriver à la suppression totale du concours d'entrée en 6e, c'est-à-dire donc l'admission au collège à partir de 85 points.

Écrit par : IEP TOURE | jeudi, 06 septembre 2012

Oui, Bravo à Mme le Ministre et, avant lui, au Chef de l'Etat qui est en train de traduire, de la façon la plus éloquente qui soit, en actes ses promesses de campagne.
Bravo aussi à l'auteur de l'article qui a fait une analyse pertinente de la situation et anticipé avec clairvoyance le sens de cette décision salutaire. Non, que la prémonition dont est teinté votre texte se soit avéré, n'en "tue" pas du tout l'intérêt comme vous dites. Cela en ajoute au contraire à son actualité.
Félicitations!

Écrit par : KONE Youssouf | vendredi, 07 septembre 2012

le séminaire auquel nous assistons et que vous animez est instructif. je souhaiterai avoir. ces recommandations en PFF

Écrit par : DASSE guy serge | mercredi, 10 septembre 2014

Les commentaires sont fermés.