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vendredi, 01 mars 2013

COGES des écoles primaires publiques : RECADRER LE DISCOURS !

Par TOURE YOUSSOUF
Inspecteur de l'Enseignement Préscolaire et Primaire
IEP Adjamé-1, Abidjan, Côte-d'Ivoire
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Mardi 29 janvier 2013, groupe scolaire Roland Cissé de l'Inspection d'Enseignement Préscolaire et Primaire (IEP) d'Adjamé-1 : une équipe du Service National d’Animation et de Promotion des Comités de Gestion des écoles (SNAPS-COGES) est en branle, sur instruction du Cabinet de Madame le Ministre de l’Education Nationale. Le motif ? un appel anonyme faisant état de ce qu’un élève aurait été mis dehors pour raison de cotisation de COGES non payée.
Au terme de la mission, constat surprenant : l’élève en question ne s’est pas présenté à l’école depuis plusieurs jours, le registre d’appel de la classe faisant foi. La mère, appelée pour les besoins de l’enquête et pressentie pour être à l’origine du coup de fil est formelle : non seulement elle ne s’y reconnait pas, mais elle va même plus loin en confirmant que son enfant est "un cas difficile" dont la fréquentation scolaire est des plus irrégulières. En somme, un cas patent d’école buissonnière !
Au bout du compte donc, autant d’acharnement, autant de stress pour la Directrice, ses adjoints et l’Inspecteur pour…rien. Quelques mois plus tôt, la même situation s’était présentée au groupe scolaire Williamsville-Labat, toujours à l’IEP Adjamé-1 à partir encore d’un coup de fil anonyme. Même gymnastique, même stress, pour le même résultat : aucun élève n’avait été chassé pour cotisation impayée.

Voici malheureusement la triste réalité que vit la plupart des acteurs de l’école ivoirienne dans la gestion des COGES sur le terrain, surtout au niveau de l'enseignement primaire : stress, pressions, acharnement de toute part (pour rien souvent), par la faute de certains individus mal intentionnés, dont le nouveau passe-temps est de donner un coup de fil à "une connaissance" au cabinet de Madame la Ministre ou à l’Inspection Générale de l’Education Nationale, pas toujours pour signaler des choses avérées, mais tout juste pour jouer les trouble-fête :
● On a perdu les élections pour la présidence du COGES, on est prêt à passer un coup de fil anonyme au cabinet, juste pour mettre à mal le fonctionnement de l’équipe en place.

● On pense qu'un enseignant ne fait pas correctement son travail ou qu'il est d’un bord politique différent, il faut lui coller "une affaire de cotisation" sur le dos et pour cela, un appel anonyme suffit.

● On n’apprécie pas les méthodes de travail de l’Inspecteur, un coup de fil anonyme peut faire l’affaire.

Qui sont donc les auteurs de tels appels sans fondement ? On ne le saura peut-être jamais. Mais peu importe !

Ce qui est important à mon sens, c'est que la hiérarchie au niveau du Ministère de l’Education Nationale soit plus vigilante et accorde moins de crédit à ces "appels anonymes" dont les auteurs n’ont pas le courage de se présenter au grand jour pour justifier ou apporter les preuves de leurs propos.

Un nécessaire recadrage du discours

Dans la même veine, il est peut-être bon également de "recadrer le discours" relativement aux levées de cotisations, afin que certains "parents difficiles" soient moins hostiles aux COGES. En effet, il est très courant de voir dans certaines de nos écoles à la rentrée, des parents retirer leurs enfants pour aller chercher à les inscrire « là où on ne paye pas COGES », selon leur expression. La raison de tels comportements est simple : dans l’entendement populaire, « COGES n’est pas obligatoire », au point que même pour les 500F de frais d’inscription au CEPE/Entrée en 6e des candidats de CM2, certains parents se mettent dans tous les états parce que « dans l’école gratuite, on ne doit rien payer », disent-ils. Et tout cela fait souvent l’objet d’appels anonymes.

Il serait donc salutaire pour le bon fonctionnement des COGES que la hiérarchie tienne clairement le discours suivant :

● Dans le cadre de la gratuité de l’école, l’Etat assure à chaque enfant de Côte-d’Ivoire son droit à l’éducation en mettant gratuitement à sa disposition, les cahiers, stylos, ardoises, craies, livres, salles de classes, etc. pour permettre la scolarisation de tous.

● Toutefois, afin d’entretenir ce que l’Etat met à la disposition des usagers et créer un cadre propice aux enseignements et aux apprentissages, les parents d’élèves d’une école ou d'un groupe scolaire donné s’organisent au sein du COGES pour développer des stratégies et trouver des sources de financement de différents projets. Et les levées de cotisations exceptionnelles font partie des stratégies qui sont autorisées. Il faut donc que chaque parent s’implique, participe aux prises de décisions au cours des assemblées générales.

● Aucun enfant ne devra être mis dehors pour cotisation non payée. Toutefois, si un montant de cotisation est arrêté de façon consensuelle en assemblée générale, chaque parent devra être soucieux de s’en acquitter (quitte à le faire à son rythme) pour ne pas plomber le fonctionnement du COGES, sans chercher à prétexter de la gratuité de l’école pour opposer un refus catégorique.

Si un tel discours est clairement tenu par la hiérarchie des COGES au niveau national, nul doute que les parents comprendront, seront motivés et ne se braqueront plus contre des décisions consensuelles prises au sein des Comités de Gestion.
A ce prix-là, l’on assistera à moins de déplacements d'élèves à la rentrée pour rechercher une école « où on ne paye pas COGES » et l’on aura également moins d’appels anonymes, donc moins de pressions souvent inutiles sur les acteurs du terrain.


TOURE YOUSSOUF
Inspecteur de l'Enseignement Préscolaire et Primaire
IEP Adjamé-1, Abidjan, Côte-d'Ivoire
ieptoure@yahoo.fr

17:38 Écrit par TOURE YOUSSOUF | Commentaires (4) |  Facebook | |  Imprimer | |