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mardi, 27 juin 2017

CEPE 2017: Baisse du taux national de réussite, quelle analyse ?

Par TOURE YOUSSOUF

Inspecteur de l’Enseignement Préscolaire et Primaire,

IEP ADJAME-1, Abidjan, Côte-d’Ivoire

 

Inscription-ligne-Resultats-CEPE-0006.jpgDepuis le samedi 17 juin 2017, les résultats à l'examen du CEPE session 2017 en Côte d'Ivoire sont connus. L'un des enseignements significatifs à retenir, c'est le bémol enregistré au niveau du pourcentage national de réussite. En effet, en constante progression ces dernières années, ce taux a chuté de 83,33 % l'année dernière à 80,98 %, soit une baisse de 2,35 points. Rapporté aux 473.306 postulants de la présente session, cela représente autour de 11.120 candidats qui manquent à l'appel de la réussite cette année, si le taux de réussite avait atteint la valeur de l'année dernière.

Banal incident de parcours ? Reculade pour notre système du primaire ? Les acteurs du terrain sont-ils en cause ? Bref, quelle analyse peut-on faire de cette situation ?

L’un des aspects évoqués, c’est l’augmentation du nombre de candidats qui se chiffrait à 447.419 à la session 2016 contre 473.306 cette année, soit une hausse de 25.887. Certes, plus il y a de candidats, plus il y a d’efforts d’encadrement à fournir. Cependant, ne serait-il pas réducteur d’expliquer la baisse du taux par ce facteur qui, bien entendu, peut tout aussi faire pencher la balance de l’autre côté, c’est-à-dire constituer un facteur de relèvement du taux de réussite ? Cherchons donc d’autres raisons objectives ailleurs…

Dans cette recherche, il est difficile de ne pas penser aux différentes crises traversées par l’école cette année, à savoir "la crise des cours du Mercredi" dès le mois de septembre 2016 et la grève des fonctionnaires durant le mois de janvier 2017 qui ont fortement affecté le fonctionnement des structures scolaires. Sans nier l’impact de ces différentes perturbations, il est cependant à noter qu’au sortir de ces crises, les enseignants, surtout les tenants de CM2, ont chaque fois redoublé d’effort afin de rattraper le temps perdu. En tant qu’acteur du terrain au niveau du primaire, je suis bien placé pour affirmer que le plus malheureux en cas de mauvais résultats au CEPE, c’est bien le "maître de CM2" qui est souvent plus affecté que les candidats malheureux eux-mêmes ou leurs parents. Par ailleurs, avec le réaménagement du calendrier scolaire par Madame le Ministre, les retards accusés ont été compensés dans une certaine mesure. De ce point de vue donc, même si l’impact des différentes crises n’est pas à écarter, il reste à mon sens très marginal. Encore une fois donc, il faut s’orienter ailleurs pour trouver (s’il en existe), les vrais raisons de cette situation, en dehors des difficultés habituelles liées aux infrastructures et à l’environnement.

Dans cette veine, et si l’on scrutait du côté de la… Direction des Examens et Concours (DECO) elle-même ? Et oui, et si certaines mesures prises par la DECO depuis l’année dernière commençaient à porter leurs fruits ?

En effet, depuis la session 2016, le traitement en ligne des notes du contrôle continu laisse moins de marges de manœuvres pour certaines manipulations auxquelles l’on assistait bien malheureusement en fin d’année autour des Moyennes Générales Annuelles (MGA). Mieux, la DECO est allée plus loin cette année en demandant non plus la saisie des moyennes des évaluations, mais des notes obtenues dans chaque discipline, le calcul se faisant alors de façon systématique par l’applicatif, ce qui a eu l’avantage de limiter de façon drastique les moyennes erronées qui n’avaient souvent aucun rapport avec les notes obtenues. Lors des délibérations cette année, certes ils n’ont pas encore totalement disparu, ces candidats incapables d’avoir 25 ou 30 points sur 170 possibles à l’écrit de l’examen, mais qui sont toujours sauvés in extremis par ces "fameux MGA" exorbitants de 18 ou 19 ou même 20/20 obtenus en classes. Des "petits magiciens" que nos coups de pouces irresponsables envoient inconsciemment à l'abattoir de l'exclusion dès la classe de sixième (6e). Toutefois, leur nombre a considérablement baissé, et nul doute que cela est dû à ces mesures prises par la DECO. Pour ma part, l'une des véritables raisons se situe à ce niveau (même si bien-sûr il peut en exister d'autres).

Faut-il donc se plaindre de la situation ? A priori, une baisse de rendement n’est jamais une bonne chose. Mais vue sous l’angle de la résultante d’un début d’assainissement de l’environnement de l’examen du CEPE, ce n’est finalement pas tant mauvais que cela. D'ailleurs, la DECO est à encourager et devra poursuivre dans le sens de la fiabilisation des résultats de l'examen du CEPE, surtout que le concours d'entrée en 6e n'existe plus. Dans cette veine, il serait souhaitable, entre autres :

-qu'au niveau de l'Applicatif de Gestion de la Carrière au Primaire (AGCP), les structures ne gardent pas la main pour la remontée en ligne des notes des compositions et examens blancs jusqu’en fin d’année, comme cela a pu être observé cette année.

-que le déroulement des deux examens blancs soit balisé et encadré, afin que toutes les circonscriptions d'enseignement préscolaires et primaire l’organisent conformément à l’esprit de l’examen de fin d’année. L’implication des Directeurs Régionaux serait alors sollicitée, le cas échéant.

Bien d’autres chantiers existent et la DECO ne devrait ménager aucun effort, même si cela doit concourir à faire baisser encore le taux de réussite. Tout en s’engageant à consolider les mesures concourant à crédibiliser davantage l’examen, si nous réussissons à faire remonter la courbe du taux de réussite, l'on pourra alors être rassuré à l’idée que ces élèves, appréciés à leur juste valeur ne seront pas des coquilles vides en classe de 6e et éjectés prématurément du circuit scolaire.

Et tous les acteurs devraient s’engager à accompagner la DECO dans cette démarche qualité relativement à l’examen du CEPE/ENTREE EN 6E.

Bon début de vacances scolaires à tous.

 

TOURE YOUSSOUF

Inspecteur de l'Enseignement Préscolaire et Primaire,

IEP Adjamé-1, Abidjan, Côte-d'Ivoire

ieptoure@yahoo.fr

06:38 Écrit par TOURE YOUSSOUF | Commentaires (18) |  Facebook | |  Imprimer | |

dimanche, 18 janvier 2015

LE MOUTON EN PEDAGOGIE

 

Par TOURE YOUSSOUF

Inspecteur de l'Enseignement Préscolaire et Primaire

IEP Adjamé-1, Abidjan, Côte-d'Ivoire

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Il est de notoriété publique que le mouton est un animal domestique docile à souhait et très naïf, au point d’inspirer certaines injures courantes : « bête comme un mouton », entend-t-on dire par moment dans le langage familier.

En pédagogie, il intervient souvent comme élément d’illustration dans les manuels scolaires, ou comme matériel de concrétisation lors d’une séquence d’enseignement/apprentissage en classe. Tant qu’il reste dans l’un de ces rôles, le mouton demeure le bienvenu dans "les affaires de l’école".

Là où sa présence devient problématique, c’est lorsqu’il s’invite dans l’arène des examens pédagogiques, volant la vedette à tous les acteurs de cette activité avec le qualificatif très révélateur de "mouton pédagogique". Que cherche-t-il ce mouton -si ce n’est un cabri dans certaines zones-, dodu et cornu, attaché dans la cour de l’école justement le jour de l’examen de titularisation (ou d’intégration), dans une position telle qu’il soit bien visible par l’Inspecteur dès son entrée dans l’enceinte de l’établissement ? Certainement pas le fruit du hasard ! 

Allant même au-delà de sa simple présence physique, le "mouton pédagogique" semble de plus en plus désigner toutes les pratiques mafieuses autour de ces examens, au su ou à l'insu de l'Inspecteur, Chef de la circonscription et président du jury. Ainsi donc, si vous entendez parler de 60, 80 ou 100.000 francs comme prix du mouton pédagogique, il ne s'agit ni plus ni moins que de la somme d'argent supposée exigée de chaque candidat en contre-partie de son admission à l'examen de titularisation ou d'intégration.

 
-Bonne vieille pratique que l’on cherche à perpétuer ?
-Exigence de l’Inspecteur de l’Enseignement Primaire, président du jury ?
-Pratiques de certains collaborateurs indélicats dans le dos de l’Inspecteur ?
-Initiatives propres des candidats pour s’attirer les faveurs du Président du jury ?
  
Répondre de façon tranchée à ces interrogations induirait indubitablement des erreurs d’appréciation, étant entendu que la situation peut varier d’une inspection à une autre. Si ce n’est pas le Directeur d’école qui prend les devants, c’est le Conseiller d'Inspection ou de Secteur qui s’en charge, quelque fois dans le dos de l’Inspecteur mais bien malheureusement, souvent sur instruction de celui-ci.

Si l’entendement populaire s’accommodait dans un passé bien lointain à l’idée que le "mouton pédagogique" fasse partie de l’environnement des examens comme symbole de l’hospitalité de l’école d’accueil (ou même du village entier), le contexte est bien différent aujourd'hui avec un scénario qui s’apparente beaucoup plus à de la concussion et du racket. C’est pourquoi, il paraît plutôt opportun de faire des propositions afin que cette pratique tant controversée disparaisse assez rapidement avec l’implication de tous.

· L’Inspecteur : la clé du changement

Dans la perspective du changement souhaité, l’Inspecteur de l'Enseignement Primaire constitue véritablement le personnage clé. En effet, autant il est le plus ciblé par les accusations et critiques, autant il devra prendre les devants pour se mettre totalement au-dessus de tout soupçon. Ainsi donc, si les preuves sont effectivement établies de certaines pratiques indélicates de notre part -et cela semble être effectivement le cas bien malheureusement-, nous devons nous ressaisir immédiatement et les corriger en posant des actes concrets, entre autres :

-Arrêter d’exiger des compensations aux villageois avant de mettre les stagiaires à la disposition de leurs écoles qui en ont pourtant le plus grand besoin ;

-Tenir la réunion de prise de contact avec les stagiaires en présence de leurs Directeurs, du Conseiller d’Inspection, des Conseillers de secteurs et des chargés d’examen de l’IEP ;

-A cette occasion, mettre publiquement en garde les collaborateurs qui s’adonneraient à du racket à l’endroit des candidats d’une part, et les candidats qui tenteraient "d’acheter" leur examen par des pratiques de corruption en proposant des choses qu’on ne leur aurait pas demandé, d’autre part ;

-Présider effectivement les jurys des examens et proclamer les résultats séance tenante en toute objectivité ;

 Si l’Inspecteur adopte une telle attitude de rigueur et de fermeté sans prêter le flanc à autre chose, il serait surprenant qu’un quelconque collaborateur prenne le risque de ramer à contre-courant.

· Les candidats : victimes en général, mais...

En ce qui concerne les candidats, s’ils sont en général victimes de la situation, il est important néanmoins de leur rappeler qu'il faut :

-Se mettre au travail pour bien préparer l’examen et mériter l’admission ;

-Eviter le raccourci de la facilité par des tentatives de corruption, au risque de se voir recalé si cela est découvert par le Président du jury ;

-Arrêter de profiter de la situation car aussi surprenant que cela puisse paraître, certains parmi eux, sous le prétexte qu’on leur exige une somme d’argent, profiteraient pour demander le même montant à trois ou quatre parents différents et si tous s’exécutent, empocheraient eux-mêmes la différence. "Qui est fou" pour ne pas profiter de la situation ? 

· Le Ministère : miser sur l'anticipation

Comme le FORUM DE IEP TOURE le recommandait déjà depuis août 2011 à travers un article intitulé "L'EPINEUSE QUESTION DES EXAMENS PEDAGOGIQUES DANS L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE", il est primordial pour la hiérarchie du Ministère de l'Education Nationale et de l'Enseignement Technique de s’attaquer au problème en amont, en misant sur l'anticipation. Pour ce faire, certaines actions sont à mener, entre autres :

-Au niveau de la DELC : pendant la formation des stagiaires dans les Cafop, il serait souhaitable que la Direction des Ecoles, Lycées et Collèges initie des tournées pour aborder ouvertement la question avec eux afin de les rassurer et les préparer au mieux à affronter les pressions sur le terrain.

-Au niveau de l'Inspection Générale : dès l'affectation des stagiaires dans les Directions Régionales, l’Inspection Générale devrait diligenter des missions dans toutes les DREN pour tenir un langage de fermeté en présence de tous les acteurs, allant du Directeur Régional aux candidats en passant par l’IEP et tous ses collaborateurs impliqués dans la chaîne d’encadrement des stagiaires.

-Au niveau de la DECO : il est impératif de revoir significativement à la hausse, l'indemnité allouée aux examens pédagogiques. Sachant que l'on consacre au moins quatre (4) heures à une titularisation et au moins sept (7) heures à une intégration, la prime de 1000 F (mille franc) par candidat en vigueur actuellement semble totalement dérisoire, surtout que les stagiaires sont très souvent dans des écoles très éloignées du chef-lieu d'Inspection, avec tout ce que cela comporte comme dommages et risques pour l'intégrité physique de l'IEP. En plus, quand celui-ci en a plus d'une cinquantaine à titulariser... 

-Au niveau de la Direction des Affaires Financières (DAF) : il serait souhaitable qu'en accord avec la DECO, la DAF puisse accorder des rallonges au niveau du carburant aux circonscriptions disposant d'un très grand nombre de candidats aux examens pédagogiques.

Nul doute qu'avec la conjugaison de tous ces efforts, l'on assistera à la fin progressive de cette pratique qui jette le discrédit sur toute la corporation des Inspecteurs de l'Enseignement Préscolaire et Primaire. Ainsi donc, chacun à son niveau contribuera à assainir l’environnement des titularisations des stagiaires, garantissant des examens pédagogiques propres et crédibles avec des acteurs au dessus de tout soupçon conformément à la vision de Madame le Ministre de l'Education Nationale et de l'Enseignement Technique. 

 

TOURE YOUSSOUF
Inspecteur de l'Enseignement Préscolaire et Primaire,
IEP Adjamé-1, Abidjan, Côte-d'Ivoire
ieptoure@yahoo.fr

14:28 Écrit par TOURE YOUSSOUF | Commentaires (32) |  Facebook | |  Imprimer | |

vendredi, 22 août 2014

L'ÉPINEUSE QUESTION DES ÉCOLIERS "SANS PAPIERS" : Quelles solutions ?

Par TOURE YOUSSOUF

Inspecteur de l'Enseignement Préscolaire et Primaire

IEP Adjamé-1, Abidjan, Côte-d'Ivoire

 

Cette année en Côte d'Ivoire, le recrutement au CP1 est prévu du mardi 2 au vendredi 12 septembre 2014 dans toutes les écoles préscolaires et primaires. Comme chaque année, les acteurs concernés (Inspecteurs, Directeurs d'école, Adjoints) seront encore confrontés aux récurrentes pressions et difficultés liées à cette opération dont l'une, immuable, est en rapport avec l’inscription des enfants sans extraits d'actes de naissance.

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Combien sont-ils ces "sans papiers" du système, un million ? Deux millions ? Cinq millions ou plus ? Difficile d'avancer une statistique fiable relativement à cette question. La certitude toutefois est que leur existence est une réalité, une situation qui constitue pour notre système éducatif, ce que l'on pourrait qualifier " d'un bien pour un mal ".

" L’Education Pour Tous, un axe prioritaire "

Le "Bien", c'est la possibilité donnée par les autorités éducatives à tous les enfants du pays de se voir offrir une chance d'aller à l'école, conformément aux objectifs de l'Éducation Pour Tous (EPT). Cela est d'autant plus opportun qu'au sortir d'une décennie de crise militaro-politique dont nul n'ignore les effets collatéraux néfastes dans tous les secteurs, beaucoup d'enfants ont pu naître dans un contexte où établir un extrait de naissance était " le dernier des soucis " et sauver sa peau, la priorité. De ce point de vue donc, l'ouverture de l'école à tous, avec ou sans papier se justifie pleinement. D’ailleurs, le Président de la République n’a-t-il pas planté le décor lors de son récent discours le 6 août dernier (veille de la fête de l’Indépendance), en indiquant que des mesures légales seraient prises sous peu pour rendre l’école obligatoire ?

" Entre scolarisation de masse et fiabilité des données "

Malheureusement, le revers de la médaille existe, avec une ampleur de nature à faire oublier par moment, le bien-fondé de cette action salvatrice. Il s’agit entre autres :

• De certains parents d'élèves opportunistes

Le schéma est simple: l'enfant en réalité n’a que 4 ou 5 ans, mais il est présenté comme un "sans papier" de 6 ans. Même quand il est réclamé au parent juste un carnet de naissance pour avoir des données conformes à l'extrait qui sera fourni plus tard, il rétorque qu'il n'en dispose pas, la guerre ayant " le dos large ". Bien entendu, il attend que l'enfant soit au CP2 ou au CE1 pour fournir l'extrait et seulement à ce moment, l'on se rend compte qu'en réalité, il n'avait pas l'âge requis au moment du recrutement. Évidemment, il aura déjà contribué à garder dans la rue, un autre postulant de 6 ans dont il aura occupé la place. Injustement...

• Des statistiques parfois erronées

Quand il est question d'établir des statistiques par tranches d'âge, il est quasiment impossible de les avoir de façon fiable du fait de la proportion relativement élevée des "sans extraits". La raison toute simple est que dans près de 90% des cas, les dates supposées de naissance communiquées à l'inscription s'avèrent fausses à l'arrivée des documents quelques mois ou quelques années plus tard.

• L'Attestation d'Identité Scolaire, salvatrice, mais...

Au nom de la scolarisation pour tous, de nombreux enfants traversent le cycle primaire et se retrouvent candidats au CEPE sans extraits. Là encore, la solution a été trouvée par la hiérarchie, dans un souci de facilitation : l'Attestation d'Identité Scolaire. Cependant, si son caractère salvateur est indéniable, certains aspects moins reluisants sont à mettre en lumière:

-les parents qui savent son existence ne font plus d'effort, même quand ils ont la possibilité d'établir sans problème un extrait d'acte de naissance pour leurs progénitures. Certains retardent même à dessein l’établissement du document, question de se donner des marges de manœuvre plus tard pour un éventuel changement de nom ou de date de naissance.

-ceux qui ne savent pas se font grugés quelques fois par certains acteurs véreux du système. Ceux-ci, moyennant contrepartie financière, leur promettent d'aider leurs enfants à passer l'examen, même s'ils n'ont pas extraits. Bien-sûr, ils n’ont aucun effort à fournir puisqu’ils ne comptent en réalité que sur l'Attestation proposée par la DELC. De l'arnaque pure et simple !

• Un fichier nominatif des élèves peu fiable

L'élaboration du fichier des élèves, surtout au CM2, devient un véritable casse-tête en raison des noms et dates de naissance " à géométries variables ", au gré des humeurs de certains parents. Là encore, les petites variations dans l'orthographe ne sont qu'un moindre mal par rapport à d’autres cas où le nom change totalement : inscrit sous l'identité TOURE Youssouf, ne soyez pas surpris qu'au final, l'enfant se nomme TOURE Drissa ou dans le pire des cas, TIAGONIN Bi, sans rapport avec le nom initial. Comment est-il possible pour l'Administration scolaire de tenir correctement des registres matricules ou un fichier d'examen fiables dans de telles conditions ?

" Des répercutions néfastes sur l’efficacité du système "

L’efficacité de la gestion des effectifs est très affectée par cette situation dont l’impact est nettement perceptible. L'on retiendra entre autres que :

-Au jury spécial de l’examen du Cepe, seulement 20 % des réclamations portent sur des corrections de notes. L'essentiel des débats, près de 80 % des cas traités ne portent que sur des corrections de noms et de dates de naissance, conséquences logiques de toutes les gymnastiques effectuées avec les extraits d'actes de naissance.

-Les plaintes sont récurrentes au niveau des acteurs des lycées et collèges car les listings transmis par la Commission d'Orientation sur la base des fichiers des IEP sont truffés d'incorrections. En effet, pour certains élèves à l'inscription en 6e, les écarts constatés entre les noms sur les listes reçues et les extraits de naissance fournis par les parents rendent la tâche extrêmement compliquée aux Chefs d’Etablissements secondaires et leurs collaborateurs. Bien évidemment, ils ne manquent pas de ruminer leur colère (légitime mais à tort) contre les acteurs du primaire, ceux-ci étant en réalité otages d'une situation qu'ils ne cautionnent pas nécessairement.

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Peut-on raisonnablement continuer de s'accommoder de cette situation ? Pas sûr que ce soit la volonté des autorités en charge de l'Éducation Nationale, surtout que le Gouvernement a initié il y a deux mois environ (juin-juillet 2014), une vaste campagne gratuite de reconstitution du fichier d'Etat Civil en faveur justement de tous ces innocents enfants sans extraits d'actes de naissance.

" Quelles solutions ? "

Poursuivre l'inscription les "sans papiers" au CP1 ? Bien-sûr que oui, car aucun enfant de Côte d’Ivoire ne doit être privé de son droit fondamental à l'éducation. C’est pourquoi d’ailleurs, le Président de la République envisage d’en faire légalement une obligation dans un futur certainement très proche.
Toutefois, il est à souhaiter que des balises soient posées afin que les parents se sentent contraints de jouer pleinement leur partition. Ainsi donc, le Ministère devrait:

• donner un délai formel de dépôt des documents à l’école à tous les parents qui ne le feraient pas à l’inscription (à titre indicatif, jusqu’à la fin du mois de décembre, soit 4 mois après l’inscription). A défaut de l'extrait proprement dit, ils devraient donner une preuve que le processus est engagé, soit dans un centre d'état civil, soit par voie de justice.

• dans la foulée de l’inscription au CP1, initier au niveau du Gouvernement, une autre campagne d’état-civil similaire à celle effectuée au mois de juin-juillet. La pression aidant, l’on pourrait voir les parents négligents se bousculer (enfin !).

• mettre fin à l'utilisation de l'Attestation d'Identité Scolaire. A défaut de le faire cette année, lui accorder un sursis d'une année supplémentaire, avant l'arrêt définitif dès l'année scolaire prochaine.

Sans avoir la prétention d'avoir exploré tous les contours de cette situation liée aux "sans papiers" du système éducatif ivoirien, la présente contribution a pour simple objectif d’ouvrir la lucarne et d’énoncer quelques ébauches de solution. En comptant bien-entendu sur les contributions des uns et des autres pour enrichir le débat, afin de permettre au Ministère de tutelle d’initier les actions idoines qui s’imposent dans le règlement définitif de cette épineuse question de la scolarisation des enfants sans extraits d’actes de naissance, " un bien " pour finalement … " plusieurs maux ".

 

TOURE YOUSSOUF

Inspecteur de l'Enseignement Préscolaire et Primaire

IEP Adjamé-1, Abidjan, Côte-d'Ivoire

ieptoure@yahoo.fr

06:47 Écrit par TOURE YOUSSOUF | Commentaires (9) |  Facebook | |  Imprimer | |

vendredi, 04 juillet 2014

Pour une véritable Administration Scolaire numérique en Côte d'Ivoire

Par TOURE YOUSSOUF
Inspecteur de l'Enseignement Préscolaire et Primaire
IEP Adjamé-1, Abidjan, Côte d'Ivoire
• • •

Ce n’est un secret pour personne, l’école ivoirienne est dans une phase ascendante fulgurante, avec de nombreuses initiatives prises par Madame le Ministre et son équipe pour lui redonner ses lettres de noblesse. L’un des piliers essentiels de cette croisade vers la reconstruction d’une école crédible est sans conteste, l’introduction des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) dans la gestion de l’administration scolaire.

• Vous voulez les résultats d'un concours professionnel ? de l’entrée en 6e ? de l’orientation en seconde ? Ne vous déplacez pas, les résultats sont en Ligne !

• Vous êtes élève dans un lycée ou collège et vous devez faire votre inscription ou réinscription ? En ligne, s’il vous plait !

• Vous êtes chef d’une structure scolaire et vous attendez les notes circulaires, arrêtés et décisions de la hiérarchie ? Rendez-vous en ligne sur le site du Ministère ou de votre Direction Régionale, ou alors dans votre boîte électronique !

Au-delà même de l’Education Nationale, "LA LIGNE" a investit tous les autres secteurs d'activité : Fonction publique, Enseignement supérieur, Gouvernement, etc., tout est "en Ligne" !

Hommage à ceux qui ont eu l’ingénieuse idée d’inventer cette fameuse "Ligne" !
Félicitations également à nos autorités qui ont pris l’initiative d’engager résolument notre système dans cette voie révolutionnaire de la gestion par les TIC.

Dans ce contexte de gestion numérique, l’outil informatique et l’accès à l’Internet s’imposent comme des éléments incontournables pour permettre aux structures -surtout les structures déconcentrées- de "garder la ligne". Dans la pratique, lesdites entités sont-elles outillées pour suivre le rythme imprimé par la tutelle sur la voie de la gestion par l'ordinateur et l'Internet ?

Si des efforts colossaux ont été consentis pour doter les Directions Régionales et Départementales, Lycées, Collèges, Cafop et Inspections d'Enseignement Primaire d’outils informatiques, l’accès à l’Internet pour ces structures reste encore très marginal, bien malheureusement.
Certes, l'on est en droit de s'attendre à long terme à une opération d'envergure dans ce sens. Mais en attendant, peut-on imaginer une Administration Numérique sans facilité d’accès à l’Internet ? Bien-sûr que non !

Notation administrative des agents en Ligne,

Consultations quotidiennes des différents sites rattachés au Ministère de l’Education Nationale et de l'Enseignement Technique (Menet),

Echanges de correspondances avec la hiérarchie ou entre structures déconcentrées, etc.


Autant d’activités d’envergure qui engendrent une "forte consommation de l’Internet" !.

Bien entendu, il est impensable de continuer de s'en remettre aux Cybercafés comme c'est le cas actuellement pour de nombreux services publics, avec tout ce que cela comporte comme risques pour l'efficacité et surtout pour la confidentialité de l'action administrative.
De même, il est inimaginable d'envisager que les exigences de plus en plus grandissantes liées à la gestion par les TIC reposent essentiellement sur des clés Internet personnelles des chefs de service.

C’est pourquoi, il est fortement souhaitable que l’accès à l’Internet soit facilité pour les structures en charge de l’Education Nationale et de l’Enseignement Technique, à l’image du téléphone fixe. Justement, vu que la quasi-totalité des services publics bénéficient de cette couverture téléphonique par Côte d'Ivoire Telecom, ce canal ne pourrait-il pas être exploité pour connecter facilement les différentes services à la toile mondiale ?
Si d'aventure cela s'avérait un peu compliqué dans l'immédiat, il faudrait dans ce cas envisager à court terme l'octroi de lignes budgétaires appropriées pouvant permettre aux chefs de structures de mettre en œuvre une véritable politique de gestion numérique profitable à tous les agents du service (mise en réseau des machines, Wifi, etc.).

S'il est possible à chaque entité du Ministère de disposer des informations en temps réel et de réagir spontanément à toutes les sollicitations de la hiérarchie, nul doute que l’efficacité de l’Administration Scolaire s’améliorera très significativement.

Vivement donc que l’appel ci-dessus soit entendu, afin que les structures du Menet, aussi bien en "Central" qu’en "Déconcentré", puissent contribuer pleinement et efficacement " l'émergence " d’une véritable Administration Scolaire Numérique en Côte d’Ivoire.

TOURE YOUSSOUF
Inspecteur de l'Enseignement Préscolaire et Primaire
IEP Adjamé-1, Abidjan, Côte-d'Ivoire
ieptoure@yahoo.fr

07:57 Écrit par TOURE YOUSSOUF | Commentaires (17) |  Facebook | |  Imprimer | |

vendredi, 01 mars 2013

COGES des écoles primaires publiques : RECADRER LE DISCOURS !

Par TOURE YOUSSOUF
Inspecteur de l'Enseignement Préscolaire et Primaire
IEP Adjamé-1, Abidjan, Côte-d'Ivoire
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Mardi 29 janvier 2013, groupe scolaire Roland Cissé de l'Inspection d'Enseignement Préscolaire et Primaire (IEP) d'Adjamé-1 : une équipe du Service National d’Animation et de Promotion des Comités de Gestion des écoles (SNAPS-COGES) est en branle, sur instruction du Cabinet de Madame le Ministre de l’Education Nationale. Le motif ? un appel anonyme faisant état de ce qu’un élève aurait été mis dehors pour raison de cotisation de COGES non payée.
Au terme de la mission, constat surprenant : l’élève en question ne s’est pas présenté à l’école depuis plusieurs jours, le registre d’appel de la classe faisant foi. La mère, appelée pour les besoins de l’enquête et pressentie pour être à l’origine du coup de fil est formelle : non seulement elle ne s’y reconnait pas, mais elle va même plus loin en confirmant que son enfant est "un cas difficile" dont la fréquentation scolaire est des plus irrégulières. En somme, un cas patent d’école buissonnière !
Au bout du compte donc, autant d’acharnement, autant de stress pour la Directrice, ses adjoints et l’Inspecteur pour…rien. Quelques mois plus tôt, la même situation s’était présentée au groupe scolaire Williamsville-Labat, toujours à l’IEP Adjamé-1 à partir encore d’un coup de fil anonyme. Même gymnastique, même stress, pour le même résultat : aucun élève n’avait été chassé pour cotisation impayée.

Voici malheureusement la triste réalité que vit la plupart des acteurs de l’école ivoirienne dans la gestion des COGES sur le terrain, surtout au niveau de l'enseignement primaire : stress, pressions, acharnement de toute part (pour rien souvent), par la faute de certains individus mal intentionnés, dont le nouveau passe-temps est de donner un coup de fil à "une connaissance" au cabinet de Madame la Ministre ou à l’Inspection Générale de l’Education Nationale, pas toujours pour signaler des choses avérées, mais tout juste pour jouer les trouble-fête :
● On a perdu les élections pour la présidence du COGES, on est prêt à passer un coup de fil anonyme au cabinet, juste pour mettre à mal le fonctionnement de l’équipe en place.

● On pense qu'un enseignant ne fait pas correctement son travail ou qu'il est d’un bord politique différent, il faut lui coller "une affaire de cotisation" sur le dos et pour cela, un appel anonyme suffit.

● On n’apprécie pas les méthodes de travail de l’Inspecteur, un coup de fil anonyme peut faire l’affaire.

Qui sont donc les auteurs de tels appels sans fondement ? On ne le saura peut-être jamais. Mais peu importe !

Ce qui est important à mon sens, c'est que la hiérarchie au niveau du Ministère de l’Education Nationale soit plus vigilante et accorde moins de crédit à ces "appels anonymes" dont les auteurs n’ont pas le courage de se présenter au grand jour pour justifier ou apporter les preuves de leurs propos.

Un nécessaire recadrage du discours

Dans la même veine, il est peut-être bon également de "recadrer le discours" relativement aux levées de cotisations, afin que certains "parents difficiles" soient moins hostiles aux COGES. En effet, il est très courant de voir dans certaines de nos écoles à la rentrée, des parents retirer leurs enfants pour aller chercher à les inscrire « là où on ne paye pas COGES », selon leur expression. La raison de tels comportements est simple : dans l’entendement populaire, « COGES n’est pas obligatoire », au point que même pour les 500F de frais d’inscription au CEPE/Entrée en 6e des candidats de CM2, certains parents se mettent dans tous les états parce que « dans l’école gratuite, on ne doit rien payer », disent-ils. Et tout cela fait souvent l’objet d’appels anonymes.

Il serait donc salutaire pour le bon fonctionnement des COGES que la hiérarchie tienne clairement le discours suivant :

● Dans le cadre de la gratuité de l’école, l’Etat assure à chaque enfant de Côte-d’Ivoire son droit à l’éducation en mettant gratuitement à sa disposition, les cahiers, stylos, ardoises, craies, livres, salles de classes, etc. pour permettre la scolarisation de tous.

● Toutefois, afin d’entretenir ce que l’Etat met à la disposition des usagers et créer un cadre propice aux enseignements et aux apprentissages, les parents d’élèves d’une école ou d'un groupe scolaire donné s’organisent au sein du COGES pour développer des stratégies et trouver des sources de financement de différents projets. Et les levées de cotisations exceptionnelles font partie des stratégies qui sont autorisées. Il faut donc que chaque parent s’implique, participe aux prises de décisions au cours des assemblées générales.

● Aucun enfant ne devra être mis dehors pour cotisation non payée. Toutefois, si un montant de cotisation est arrêté de façon consensuelle en assemblée générale, chaque parent devra être soucieux de s’en acquitter (quitte à le faire à son rythme) pour ne pas plomber le fonctionnement du COGES, sans chercher à prétexter de la gratuité de l’école pour opposer un refus catégorique.

Si un tel discours est clairement tenu par la hiérarchie des COGES au niveau national, nul doute que les parents comprendront, seront motivés et ne se braqueront plus contre des décisions consensuelles prises au sein des Comités de Gestion.
A ce prix-là, l’on assistera à moins de déplacements d'élèves à la rentrée pour rechercher une école « où on ne paye pas COGES » et l’on aura également moins d’appels anonymes, donc moins de pressions souvent inutiles sur les acteurs du terrain.


TOURE YOUSSOUF
Inspecteur de l'Enseignement Préscolaire et Primaire
IEP Adjamé-1, Abidjan, Côte-d'Ivoire
ieptoure@yahoo.fr

17:38 Écrit par TOURE YOUSSOUF | Commentaires (4) |  Facebook | |  Imprimer | |

mercredi, 19 septembre 2012

Education Nationale: De la FPC à l’APC, un virage à bien négocier

Par
TOURE YOUSSOUF
Inspecteur de l’Enseignement Préscolaire et Primaire
IEP Adjamé-1, Abidjan, Côte d'Ivoire
• • • • •

Lorsqu’en 2002 le Ministère de l’Education Nationale décidait de passer de la Pédagogie par Objectifs (PPO) à la Formation par Compétences (FPC), les espoirs étaient grands de voir l’école ivoirienne effectuer un bond qualitatif, non seulement pour s’adapter à certaines exigences internationales, mais aussi et surtout pour améliorer les indicateurs de performance de notre système éducatif, notamment le taux de réussite scolaire.

Dix (10) ans plus tard, le bilan reste relativement mitigé car il apparaît très clairement que les objectifs de départ sont loin d’être atteints. Sans nier les avancées significatives constatées dans l'élaboration des curricula, la réalité est que les résultats scolaires ne se sont pas améliorés significativement.
L’appropriation du concept par les acteurs sur le terrain n’a pas été du tout aisée, au point même que certaines activités d’évaluation dites "Situations Problèmes" ont été mises en veilleuse depuis quelques années, parce que mal maîtrisées. Pis, dix (10) ans après l’avènement de la FPC, l’on continue d’évaluer encore en…PPO.

Sans avoir la prétention de faire le procès de la Formation par Compétence dont les avantages sont incontestables, il s’agit surtout à travers la présente contribution d’attirer l’attention de chacun sur un fait qui est indéniable : si la FPC a "pataugé" par moment, c’est parce que l’avancée du concept au fil des années scolaires avait une nette "longueur d’avance" sur la formation des acteurs du terrain. Cela a fortement contribué à augmenter les appréhensions -légitimes- de nombreux enseignants et encadreurs, renforçant ainsi des résistances au changement.
En clair, le récent recadrage de la FPC s'imposait et c’est tout naturellement que son annonce a été bien accueillie dans la communauté éducative. Cette opération a permis de faire évoluer notre système de la Formation par Compétences (FPC) vers l’Approche par Compétences (APC).

Seulement voilà : depuis environ un an que cette nouvelle terminologie est apparue, les acteurs du terrain ne savent toujours pas exactement de quoi il s’agit.
En quoi consiste l'APC ? Qu’est-ce qui change fondamentalement par rapport à la FPC ? Autant de questions auxquelles très peu de Chefs d’établissement, d’Inspecteurs d’Enseignement Primaire ou de Conseillers pédagogiques pourront répondre avec exactitude.
Pourtant, de juillet à septembre 2012 dans les Cafop, 2500 instituteurs ordinaires recrutés dans le cadre du Programme Présidentiel d'Urgence (PPU) ont été formés selon cette nouvelle approche pédagogique. Ils seront mis en responsabilité sur le terrain dès cette rentrée scolaire 2012-2013, pour être encadrés par des Inspecteurs, des Conseillers Pédagogiques et des Directeurs d’école qui eux-même ne savent pas encore en quoi consiste l’Approche par Compétence !

Peut-être que de la FPC à l’APC, pas grand-chose ne change. Peut-être !
Toutefois, même si le changement ne porte que sur une "petite virgule" dans les programmes ou les méthodologies, il est primordial que les acteurs du terrain en soient suffisamment informés afin d’être mieux armés dans l’implantation des innovations pédagogiques.

Des séminaires de formation continue et de perfectionnement professionnel sont donc à prévoir en urgence, afin que tous les acteurs du terrain (Directeurs de Cafop, Inspecteurs de l'Enseignement Primaire, Chefs d'établissements, Conseillers pédagogiques, Enseignants) soient au même niveau d'information et de formation que les autres maillons de la chaîne (Direction de la pédagogie et Antennes pédagogiques).
A ce prix là, l'on évitera que les mêmes causes produisent les mêmes effets.

BONNE RENTREE SCOLAIRE A TOUS !

ieptoure@yahoo.fr

20:09 Écrit par TOURE YOUSSOUF | Commentaires (31) |  Facebook | |  Imprimer | |

jeudi, 06 septembre 2012

Entrée en 6e: Vers la fin d'un système trop élitiste

Il y a environ deux ans (précisément le vendredi 17 septembre 2010), le FORUM DE IEP TOURE publiait un article intitulé: Barre d'admission en 6e: A quand la fin de ce système si élitiste ?
Si en son temps la question pouvait apparaître comme un vague vœu pieux, depuis l'année 2011, elle a commencé à trouver un début de réponse avec la baisse de la barre d'admission à 100 points.
Cette initiative louable de Madame le Ministre de l'Education Nationale (photo ci-dessous) sur la voie de la suppression progressive du concours d'Entrée en 6e est à saluer et à encourager. C'est pourquoi, à quelques jours de l'annonce de la barre fatidique pour cette année, il paraît opportun de remettre cet article au goût du jour.

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Pour mémoire, chaque année et cela pendant des décennies, c’était toujours le même scénario, le même spectacle de désolation après la publication des résultats de l'affectation en sixième : de nombreux enfants, pourtant méritants, inconsolables car laissés sur la touche et pour cause: il fallait avoir 110 points (et même souvent plus) sur 170 points possibles pour être admis en 6e, soit une moyenne d'environ 13 sur 20. Ainsi donc, alors que la chance devrait être accordée à tout élève d'un niveau moyen de poursuivre sa scolarité sans entrave au moins jusqu'en classe de troisième (3e), cette barre d'admission est toujours apparue comme un goulot d'étranglement dans le continuum, rendant le système subitement élitiste en classe de CM2.

A y voir de près, la seule chose qui motivait encore le maintien de cette pratique qui ne se justifie plus, c'est le manque de structures d'accueil au niveau de l’enseignement secondaire. Fallait-il pour autant continuer chaque année à sacrifier de jeunes enfants innocents dont le seul tort est de ne pas réussir à se "hisser" parmi l'élite pour aller en sixième ?
L’alibi classique pour justifier cette situation a toujours été le même: "il n'y a pas de moyens pour construire de nouvelles écoles ou salles de classe".
Sans balayer du revers de la main cette réalité liée au contexte économique et financier difficile du pays depuis quelques décennies, il faut reconnaitre cependant que plus qu’une question de moyens, il s’agit davantage d’une volonté de vouloir en faire un axe prioritaire .
Oui, faire de la question une priorité, voilà le véritable élément moteur. Jugez-en vous-même :

-Avions-nous prévu de gérer une guerre et ses effets collatéraux sur près d’une décennie ? Que non ! Pourtant, l’Etat a bel et bien mobilisé des moyens depuis 2002 pour la gérer, parce que cette crise s’est imposée à nous comme une réalité implacable, donc comme une priorité.

-La vague des cinquantenaires en Afrique il y a quelques années était-elle prévue et budgétisée à l’avance ? Bien-sûr que non ! Mais quand elle s’est imposée à l’Afrique comme une réalité doublée d’un phénomène de mode et devenant ainsi donc "une priorité des Africains", les moyens -des milliards !- ont bien été mobilisés par les pays concernés.

Les exemples de ce genre sont légion. C’est pourquoi, l’alibi du manque de moyens ne saurait prévaloir quand il s’agit d’une question aussi importante que celle relative à l’avenir de la nation, des milliers d’enfants (pourtant valables) jetés chaque année à la rue à partir du CM2, tout simplement parce que n’ayant pas pu obtenir 13 de moyenne pour aller en 6e, faute de places dans le secondaire.

Les nouvelles autorités de l'Education Nationale l’ont si bien compris qu’en peu de temps, un pas de géant a été franchi dans ce sens, occasionnant la baisse de la barre d’admission à 100 points l’année dernière.

Pour cette année 2012, en plus des sérieux efforts déjà consentis,
-si les nombreuses réhabilitations entamées dans les structures scolaires déjà existantes se poursuivent,
-si les nouveaux collèges annoncés par Madame le ministre sont livrés dans les délais -et nul doute qu'il en sera ainsi-,
-si tous ces efforts au niveau des structures publiques sont judicieusement conjugués avec les capacités d’accueil des établissements privés crédibles,
il ne fait l’ombre d’aucun doute qu’un palier supplémentaire sera encore franchi cette année sur la voie de la disparition de cet obstacle qui brise malheureusement -et bien inutilement- le rêve de nombreux enfants méritants.
Cette suppression du concours d’entrée en 6e n’est d’ailleurs qu’une suite toute logique de la politique éducative dont la Côte d’Ivoire s’est délibérément dotée, la Formation Par Compétences (FPC) dont l'objectif principal est de mener le maximum d'apprenants vers la réussite.

Pourra-t-on arriver cette année à la suppression totale en admettant en sixième, tous les enfants admis au CEPE, soit 85 points ? Ce serait l'idéal, tout simplement.
Mais à défaut, une barre entre 90 et 95 points serait déjà un énorme soulagement, en attendant la suppression totale dans un délai que tous les parents d'élève souhaitent le plus bref possible afin que leurs progénitures, de nombreux enfants pourtant valeureux, ne continuent plus d’être éjectés prématurément du circuit scolaire au CM2 comme pendant les décennies antérieures, faute de structures d’accueil dans le secondaire.

TOURE YOUSSOUF
Inspecteur de l'Enseignement Préscolaire et Primaire
IEP Adjamé-1, Abidjan, Côte d'Ivoire
ieptoure@yahoo.fr

17:05 Écrit par TOURE YOUSSOUF | Commentaires (4) |  Facebook | |  Imprimer | |

mercredi, 19 octobre 2011

Les évaluations dans l'enseignement primaire: Comprendre la problématique

Par
TOURE YOUSSOUF
Inspecteur de l’Enseignement Préscolaire et Primaire
Chef de la Circonscription de Daloa-3
• • • • •

Dans la pratique pédagogique, l’évaluation est un élément fondamental car elle constitue l’instrument d’appréciation des enseignements administrés en classe.
Si le bien fondé des évaluations périodiques programmées par la Direction des Ecoles, Lycées et Collège (DELC) ne souffre d’aucune contestation, les conditions de leur exécution sont malheureusement sujettes à beaucoup de polémiques, bien souvent inutiles.
Pourquoi tant de controverse autour d’une activité pourtant si capitale pour l’instruction et l’éducation des jeunes élèves ?
Pourquoi tant de divergence de vue
- d’un acteur à un autre - autour d’une activité qui devait pourtant faire l’unanimité dans son exécution, eu égard à son caractère éminemment important dans l’approche pédagogique en vigueur, la FPC ?

La présente contribution a pour objectif d’apporter quelques éclairages qui - nous le souhaitons vivement - contribueront à rapprocher les visions et les positions des uns et des autres relativement à cette question si sensible des évaluations dans l’enseignement primaire.


I- POURQUOI DES EVALUATIONS HARMONISEES ?

1- Typologie des évaluations dans le primaire

Dans l’enseignement primaire, l’évaluation est davantage formative, s’effectuant au quotidien et de façon permanente par l’enseignant dans sa classe. La Formation Par Compétences (FPC), nouvelle approche pédagogique qualifiée de "pédagogie de l’évaluation permanente", met encore mieux en évidence, le caractère primordial de cette activité.

Toutefois, en complément de cette évaluation formative effectuée au jour le jour, le Ministère de l’Education Nationale, à travers la DELC élabore chaque année un calendrier d’évaluations périodiques sommatives, à caractère normatif et à grande échelle (tous les élèves de la circonscription sont concernés en même-temps), afin de permettre à l’Inspecteur de mieux suivre le degré d’exécution des programmes dans chaque école. Limitées à quatre pour les classes de CM2 (2 compositions et 2 examens blancs), elles sont au nombre de cinq pour les classes intermédiaires, prenant en compte la composition de passage. Ces évaluations périodiques, pour plus de crédibilité doivent être nécessairement harmonisées sur toute la circonscription.

2- Qu’est-ce qui justifie des évaluations harmonisées ?

Les facteurs qui militent en faveur d’une organisation des évaluations avec des sujets uniformisés sont nombreux. Parmi eux, l’on peut retenir les plus essentielles, entre autres :

• L’harmonisation des sujets permet un suivi plus efficace des progressions par l’Inspecteur et en garantit une évolution harmonieuse dans toutes les écoles, chaque enseignant étant tenu de faire l’effort nécessaire pour atteindre la limitation de semaine de cours retenue pour chaque composition.
Cela s’impose d’autant plus que lorsque la latitude est laissée à chaque école d’organiser l’évaluation de façon interne, chacun compose son sujet en fonction de son niveau d’avancement dans les programmes. A titre d'exemple, dans un même groupe scolaire, les élèves du CE2-A peuvent être évalués jusqu’en semaine 10, pendant que ceux du CE2-B ne le sont seulement qu’en semaine 6, pour la même composition. Tout simplement parce que sans la contrainte d’une uniformisation des sujets, les Directeurs d’école et adjoints ne mettent aucun système en place pour palier les nombreuses absences des enseignants et rattraper les retards qui en découlent.

• Elle facilite également le contrôle de la qualité des épreuves par l’Inspecteur et son équipe pédagogique. En effet, cette formule réduit considérablement la quantité de sujets à produire et à contrôler, qui se limite à quatre épreuves pour chaque niveau de cours, soit un total de 24 sujets et 24 barèmes pour les six cours (du CP1 au CM2). A titre indicatif, ces quatre épreuves sont :

Pour les CP: Français, Mathématique, ECM, Dessin
Pour les CE-CM : Etude de texte, Eveil au Milieu, Dictée, Mathématique

Lorsque chaque école est autonomisée dans l’élaboration des épreuves, cela équivaut à 24 sujets par école, soit pour une circonscription comptant environ 50 écoles, un total de 1200 sujets et autant de barèmes à contrôler. Toute chose qui est techniquement et humainement impossible pour l’IEP et son service Evaluation.

Il est à préciser à toutes fins utiles que ce contrôle de qualité porte sur:
- la justesse des contenus des épreuves et leur conformité avec le programme en vigueur
- la formulation des questions
- le dosage des devoirs (longueur des sujets et degré de difficulté des questions)
- la qualité de la saisie et de la mise en page
- etc.

II- LA QUESTION DU SUPPORT DE COMPOSITION

Pendant notre cycle primaire (il y’a environ une trentaine d’années), l’on se souvient encore des traditionnels cahiers de compositions où le maître prévoyait les modèles à l’avance pour les petites classes, tandis que les grandes classes y effectuaient leurs devoirs à partir de sujets portés au tableau.
Peut-on raisonnablement se permettre en 2011 de s’inscrire encore dans le même schéma ? Bien-sûr que non, le système d’évaluation ne pouvant rester en marge des avancées technologiques.
C’est pourquoi, plus que jamais, des supports de composition pré-imprimés s’imposent.

1- Pourquoi des supports de composition ?

Les arguments qui militent en faveur de l’utilisation de supports de composition sont si nombreux que l’on ne peut les évoquer de façon exhaustive dans un tel forum, au risque de lasser le lecteur et de relâcher sa concentration. Toutefois, quelques points essentiels sont répertoriés dans l’argumentaire qui suit :

Le calendrier des évaluations périodiques: établi à chaque rentrée scolaire par la DELC, elle prévoit l’exécution de l’évaluation en un seul jour pour chaque niveau de cours. Quand l’on sait que le nombre de sujets à exécuter s’élève jusqu’à quatre (Français, Mathématique, ECM, Dessin pour les CP et Etude de texte, Eveil au Milieu, Dictée, Mathématique pour les CE-CM), il est techniquement impossible d’exécuter la composition en un jour sans des supports pré-imprimés.

Les exigences de la FPC: le système d’évaluation en FPC est très exigeant, les exercices étant basés en grande partie sur des modèles à présenter aux élèves -surtout dans les petites classes-, selon une typologie qui comprend:
- des Questions à Choix Multiples (QCM)
- des Tests de Closure (phrases à trou, schémas à annoter, etc.)
- des exercices d’appariement
- des questions dichotomiques (oui ou non, vrai ou faux)
- des questions à réponses construites
- etc.
Une évaluation en FPC est donc inimaginable sans des supports pré-imprimés où tous les modèles sus-indiqués sont conçus à l’avance.

Les exigences d’efficacité et de crédibilité: pour l’efficacité et la crédibilité des évaluations périodiques, il est important que l’Inspecteur et sa cellule de pédagogie puissent contrôler le processus du début à la fin (élaboration des sujets, supervision de l’exécution dans les classes, etc.). Ce contrôle qui nécessite une grande rigueur est quasiment impossible si les sujets sont portés au tableau ou dans un cahier de compositions. Pourtant, il est indispensable que les notes issues de ces évaluations soient crédibles, dans la mesure où au CM2, ces notes (MGA) comptent à hauteur de 40% dans l’examen final national du CEPE et du concours d’entrée en 6e.

De plus, l’on note un gain significatif de temps dans la planification des épreuves qui peuvent contenir en un seul jour, ce qui n’est pas possible en l’absence de supports pour les élèves.

Les contraintes liées à l’environnement des classes: si l’on devait envisager l’exécution des sujets au tableau, cela serait de nature à pénaliser considérablement les élèves pour plusieurs raisons :

- dans de nombreux établissements, les tableaux muraux sont dans un état de dégradation très avancé. Dans certaines écoles déshéritées, les salles de classe ne disposent même pas de tableau mural, fonctionnant avec des tableaux sur chevalet.

- la taille des tableaux constitue une autre contrainte car ils ne peuvent pas contenir l’entièreté d’un sujet en même temps, surtout dans les grandes classes.

- la visibilité du tableau n’est pas la même pour tous les élèves. Certaines salles sont "naturellement sombres" car très peu ajourées. Dans d’autres cas, la position des bâtiments, leur orientation par rapport à la trajectoire du soleil, la taille des fenêtres ou des claustras sont autant de facteurs qui provoquent des reflets rendant difficile la lisibilité du tableau à partir de certaines positions dans la classe. D’ailleurs, il est très courant de voir des élèves se mettre debout ou se déplacer lors des copies de leçons en classe, ce qui est inacceptable pendant une évaluation.

La préparation progressive à l’examen du CEPE/Entrée en 6e : il est totalement incongru d’évaluer un élève durant tout son cycle sur un support quelconque (feuille ou cahier) où il répond aux questions en toute liberté sans contrainte de gestion de l’espace, et lui présenter en fin de cycle primaire, le jour de l’examen de surcroit, un support qui confine ses réponses attendues dans un espace très limité qui n’excède pas souvent deux lignes. Il est clair que ce déphasage augmente considérablement les risques d’échec d’un tel élève qui, en manque de repères sur la copie, ne sera pas à l’abri des nombreuses ratures, des réponses inachevées car trop longues pour l’espace prévu et de bien d’autres difficultés.
C’est pourquoi, le support de composition harmonisé s’impose, non seulement pour préparer l’élève dès le début de son cycle au remplissage correct de l’en-tête, mais aussi et surtout pour lui donner la possibilité d’avoir sur la copie de composition, des repères précieux qui lui seront d’un apport très appréciable le jour de l’examen final en fin de cycle primaire.

L’impératif de suivi par les parents: le support de composition facilite considérablement le suivi du travail scolaire par les parents. En effet, ce document, en plus de sa présentation correcte, offre l’avantage de présenter les questions clairement formulées avec les réponses de l’élève. Par contre, pour des sujets portés au tableau, non seulement la feuille de composition est banalisée, mais également elle ne comporte que les réponses de l’élève, difficiles à cerner en l’absence des questions initialement posées.

Au regard de tout ce qui précède, l’élaboration d’un support de composition par discipline et pour chaque élève semble se justifier pleinement. La question est-elle réglée pour autant ?

2- L’épineuse question du financement

Si le principe d’offrir des supports aux élèves bénéficie de nombreux arguments qui militent en sa faveur, le sujet n’est pas épuisé pour autant car la vraie question reste celle du financement d’une telle opération d’envergure. Comment faire ?

La piste budgétaire

L’idéal aurait été que dans les budgets des inspections, la ligne d’achat de fournitures techniques (ligne 6215) soit correctement approvisionnée afin de permettre, en plus des charges habituelles de fonctionnement, l’achat du matériel nécessaire pour les évaluations (papier, encres, masters, autres consommables informatiques, enveloppes et autres matériels de conditionnement, etc.).

Malheureusement, dans l’état actuel des choses, ces lignes budgétaires sont si "petitement" approvisionnées que leurs dotations suffisent à peine pour couvrir l’achat sur toute l’année de registres d’appel, de cahiers journaux, de fiches scolaires et surtout de craie, "matière première" prioritaire de l’enseignant.
De plus, toutes les inspections à ce jour ne sont pas encore pourvues de risographe.

Si cette piste devait constituer la solution, il faudrait donc en urgence :
- doter de risographe, les inspections qui n’en disposent pas encore.
- instruire la DAF du Ministère d’approvisionner correctement les lignes budgétaires concernées, sur la base d’indicateurs techniques liés à l’exécution des évaluations, toute chose que les IEP pourraient mettre à la disposition de la tutelle.

La piste communautaire

En cas de difficulté de financement au niveau de la DAF, la piste communautaire pourrait constituer un palliatif en attendant des lendemains meilleurs.
Sans remettre en cause la gratuité de l’école, il s’agirait de solliciter le soutien des parents pour l’exécution de cette activité importante pour leurs enfants et cela, dans un cadre réglementaire défini par le Ministère. Contrairement à l’idée de croire qu’il s’agirait d’une charge supplémentaire pour eux, ce cadre réglementaire constituerait plutôt une balise qui mettrait les parents à l’abri des cotisations anarchiques et trop souvent exorbitantes effectuées sous le couvert des évaluations.
A ce niveau également, l’approche technique des IEP pourrait orienter la prise de décision relativement aux montants des éventuelles contributions qui pourraient être sollicitées des parents.

NB: il est à noter qu’en dehors de ces deux pistes, le Ministère peut proposer d’autres approches, pourvu qu’elles permettent une évaluation correcte et rigoureuse des élèves dans un souci de crédibilité et d’efficacité.


Nul doute que si la tutelle (Ministère de l’Education Nationale) est suffisamment instruite de tous les contours de la question des évaluations dans l’enseignement primaire, elle prendra les décisions qui s’imposent afin d’en assainir l’environ et partant, de crédibiliser davantage les notes qui en découlent et qui comptent pour l’examen du CEPE/Entrée en 6e.

Cela sera salutaire pour éviter que ces précieuses notes continuent d’être attribuées dans des conditions qui échappent totalement à l’Inspecteur, notes qu’il doit pourtant valider pour le calcul des moyennes de passage en classes supérieures et surtout des MGA constituant au titre des contrôles continus, 40% à l’examen du CEPE et du Concours d’Entrée en 6e.

Et les plus grands gagnants, ce seront à coup sûr les parents d’élèves, trop souvent grugés sous le couvert des évaluations par des Inspecteurs, des Conseillers pédagogiques, des Directeurs d’école ou des enseignants véreux.




TOURE YOUSSOUF
Inspecteur de l'Enseignement Préscolaire et Primaire
Chef de la Circonscription de Daloa-3
06-96-99-96 / 02-67-02-76

06:35 Écrit par TOURE YOUSSOUF | Commentaires (13) |  Facebook | |  Imprimer | |

lundi, 22 août 2011

L'épineuse question des examens pédagogiques dans l'enseignement préscolaire et primaire

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Malgré le contexte très difficile de l’après crise, tous les acteurs de l’école se sont mobilisés pour sauver l’année scolaire dont le dénouement sera l’exécution des examens à grands tirages qui débuteront à partir du mardi 06 septembre 2011 avec le CEPE/Entrée en 6e.
Dans l’enseignement préscolaire et primaire, les indicateurs palpables de cette mobilisation sont nombreux: réouverture de la quasi-totalité des écoles, réalisation des contrôles continus des élèves, exécution des examens pédagogiques de titularisation et d’intégration (CAP et CEAP) pour de nombreux candidats, etc.

Les examens pédagogiques justement, parlons-en ! Que de supputations, de critiques et de suspicion à n’en pas finir à ce sujet ! Au centre de toutes ces récriminations se trouve bien malheureusement l’Inspecteur. Accusé à tort ou à raison ? Les avis divergent d’un individu à un autre selon sa sensibilité.
Quoi qu’il en soit, les médias en ont souvent fait l’écho de façon très retentissante (cf Le Patriote du 10 janvier 2009 ; Notre Voie du 1er juin 2010), avec au menu, des griefs tournant généralement autour du racket et du manque de conscience professionnelle, doublés d’un état d’avilissement inacceptable pour cette fonction pourtant si noble dans un passé encore très récent. Y croire ou ne pas y croire ? Difficile d’y répondre, car en effet :

• Faut-il croire qu’un examen puisse être expédié en moins d'une heure et demi (prestation et critiques y compris) alors que normalement, il ne devrait pas durer moins de 4 heures pour une titularisation et 7 heures pour une intégration ?

• Est-il crédible d'entendre dire que certains examens sont validés par l’Inspecteur (admission ou échec) alors qu’il n'a suivi aucune des prestations en classe, ne serait-ce qu'au moins une discipline ?

• Faut-il croire qu'un Inspecteur puisse en arriver à harceler les candidats et imposer des montants à payer avant de leur "offrir" l'examen ?

• Est-il possible que l’examen devienne un acte tarifé où l'IEP ne joue qu'un rôle "d'encaisseur de fonds" pour laisser ensuite les Conseillers pédagogiques exécuter "des mascarades d'examens" ?

• Peut-on croire qu'un IEP puisse en arrive à réclamer "son dû" aux candidats, souvent même par message (sms) avant de venir les voir ?

• Est-ce possible qu’un IEP fasse signer une reconnaissance de dette à un candidat qui n’est pas en mesure de "payer son examen" au moment du passage de la commission ?

• Peut-on imaginer que les stagiaires, dès leur arrivée déjà en début d’année scolaire, soient "vendus" -et souvent à prix d’or- à des villages déshérités qui en ont le plus grand besoin ?

Bref, que d’interrogations troublantes !

Pour ma part, mon instinct d'Inspecteur m'invite à rejeter catégoriquement ces "allégations" car j’imagine difficilement qu'un IEP, eu égard à la noblesse du métier qui est le sien, puisse en arriver à vendre son âme au diable à ce point.
Seulement voilà: mon assurance est souvent trahie par la conviction qui se dégage des propos de certains candidats victimes de telles pratiques ou des personnels des CAFOP (Directeur, éducateurs, professeurs) avec lesquelles ils sont en contact permanent, au point que l'on est bien tenté de croire que dans certaines inspections, bon nombre de ces récriminations semblent fondées, malheureusement.

Dans un tel contexte, que faire ?

Il est important que chacun, à quelque niveau qu’il se situe dans la chaîne, fasse son examen de conscience afin d’adopter le comportement juste qui contribuera à améliorer la situation. Ainsi donc :

Au niveau des Inspecteurs de l’Enseignement Préscolaire et Primaire

-Les Chefs de Circonscription: Si d’aventure certains IEP se reconnaissent dans ce qui nous est reproché (car je continue d’avoir du mal à y croire), il est grand temps qu’ils arrêtent de déshonorer à ce point notre corporation. Il est impératif que nous ne perdions pas de vue notre rôle de formateur avant d’être évaluateur. C’est pourquoi, nous devons plutôt initier pour ces novices des séances de formation continue, d’une part pour harmoniser leurs acquis des différents CAFOP d’origine, et d’autre part pour compléter leur formation initiale théorique reçue dans ces centres de formation.

-Les Directeurs de CAFOP: Les Directeurs de Cafop doivent s’impliquer davantage dans la sensibilisation des stagiaires au cours de leur formation en les invitant à ne pas céder au laxisme, à la paresse, à la légèreté, à la facilité et aux intimidations de quelque nature que ce soit une fois sur le terrain. Il est indispensable de leur signifier déjà à la base que ne réussiront sur le terrain que ceux qui travailleront dans les normes.

-Le Syndicat des IEP: Le bureau exécutif du Syndicat des IEP (le Synaieppci) devrait prendre le devant de la bataille relativement à cette question car elle écorche sérieusement l’honorabilité et la crédibilité de l’ensemble des Inspecteurs de Côte-d’Ivoire. Ce combat est d’autant plus justifié que le code de déontologie dont nous nous sommes librement doté en 2007 a pour objectif de contribuer à la moralisation de notre corporation et de ce fait, condamne très fermement de telles pratiques déshonorantes pour elle. Le cas échéant, le Synaieppci devra collaborer étroitement avec la tutelle (Le Ministère de l’Education Nationale) afin de contribuer à assainir l’environnement des examens pédagogiques et faire en sorte que certaines valeurs nobles recommencent à signifier quelque chose dans nos rangs.

Au niveau des collaborateurs des IEP

Même si l’Inspecteur a "le dos large" et endosse toutes les responsabilités, il est bon de savoir que celui-ci est souvent victime de certains collaborateurs indélicats qui sont les vecteurs de ces pratiques honteuses. Il est donc impératif que certains agents du bureau, les Conseillers Pédagogiques et les Directeurs d'écoles (pas tous, heureusement) arrêtent de racketter les candidats dans le dos de l'Inspecteur, sous le prétexte que c'est à sa demande qu’ils agissent.

Au niveau des candidats

Quant aux candidats eux-mêmes, il est primordial qu’ils se mettent sérieusement au travail et arrêtent de harceler les IEP par des sommes d'argent ou "autres" qui ne leur sont pas toujours exigées.
Un remerciement ou une reconnaissance peut se manifester après l’examen en toute liberté, mais pas avant.

Au niveau de l’autorité de tutelle (Ministère de l’Education Nationale)
Le Ministère de l’Education Nationale devra inévitablement prendre des mesures coercitives adéquates et des sanctions exemplaires dans des cas de flagrance avérée.

Toutefois, afin d’avoir les coudées franches pour le faire, il est impératif que certaines actions soient menées dans le sens d’améliorer les conditions d’exécution de ces examens par les IEP. Il s’agit entre autres :

Au niveau de la DAAF
-Le carburant: il serait salutaire d’allouer des lignes objectives de carburant aux IEP du fait du caractère très itinérant de leur fonction (environ 70% de temps à passer sur le terrain et 30% au bureau). En effet, aussi surprenant que cela puisse paraître, l’amer constat fait pendant les conférences budgétaires en région révèle que les Inspections ont des lignes de carburant nettement inférieures à celles d’autres structures pourtant sédentaires, dont les champs d’action ne se limitent notoirement qu’à des espaces très réduits. Quand de surcroit le peu de carburant alloué n'est pas payé par le trésor pendant des années, cela n'équivaut-il pas à inviter les chefs de structure à "se débrouiller" comme ils le peuvent ?

-L’entretien et la réparation des véhicules: en jetant un coup d'œil sur cette ligne au niveau des budgets des inspections, l'on se rend compte que les dotations qui y sont inscrites suffisent à peine pour faire deux vidanges du véhicule 4x4 à la CFAO ou pour acheter quatre (04) pneus. Il est extrêmement impératif de prêter une bienveillante attention à cet aspect pour permettre aux IEP de courir moins de risques sur les pistes dont l’état de dégradation n’est plus à démontrer.

Au niveau de la DECO
-Le profil de recrutement: vivement que la DECO "sécurise" davantage le concours d’entrée dans les CAFOP afin d’éviter que l’on retrouve dans nos écoles, des stagiaires de 40 ans (et même plus !), avec des BEPC douteux et qui n’ont d’autre alternative que d’harceler les IEP avec de fortes sommes d’argent pour "acheter" leur admission.

-La question des indemnités d’examen: Il est souhaitable que des indemnités correctes et motivantes soient octroyées pour ces examens de CAP et de CEAP dont les conditions d’exécution sont des plus difficiles, des plus contraignantes et des plus risquées.
Imaginez un Inspecteur qui quitte son domicile à 5h du matin pour pouvoir arriver avant 8h dans une école après un parcourt de 40 à 50 km sur une piste très dégradée, passe environ 4h d’examen (pour une titularisation) ou 7 h (pour une intégration), passe souvent la nuit dans le village (dans les cas d’intégration qui ne s’achèvent pas tôt), pour une indemnité de…1.000F par candidat ! Quelle motivation faut-il attendre de cet IEP, alors que les indemnités pour les examens dans d’autres ordres d’enseignement (où les conditions sont pourtant moins contraignantes) sont établies à plus de 2.000 F et cela par heure et non par candidat ?
L’on n'irait pas jusqu'à suggérer des primes de risque pour ces examens bien que cela pourrait se justifier pleinement, mais que des indemnités conséquentes soient au moins allouées.

Au niveau de la DELC
Une tournée de sensibilisation et de mise en garde effectuée par la DELC dans tous les CAFOP en présence de tous les Inspecteurs de la zone concernée serait de nature à refroidir d’éventuelles velléités malsaines d’une part, et permettrait aux stagiaires de mieux préparer le terrain d’autre part.

En somme, depuis le sommet de la hiérarchie éducative jusqu’au candidat dans sa classe en passant par les différents niveaux de hiérarchisation, chaque acteur devra jouer correctement sa partition afin de contribuer à solutionner cette épineuse question des examens pratiques de titularisation et d’intégration.

Sans avoir la prétention d’avoir abordé le sujet de façon exhaustive et dans toute sa complexité, j’espère réussir (très modestement) à ébaucher les axes d’une réflexion qui, après enrichissements par d’autres intelligences, aboutira à assainir totalement l’environnement très controversé des examens pédagogiques du CAP et du CEAP dans l’enseignement primaire.

Si un tel pari était réussi, cela constituerait à n’en pas douter, un important pas franchi pour sauver l’image de l’Inspecteur. Ou du moins ce qui en reste encore !


TOURE YOUSSOUF
Inspecteur de l'Enseignement Préscolaire et Primaire
Chef de la Circonscription de Daloa-3

Tél: 32-78-20-33 / 02-67-02-76
e-mail: ieptoure@yahoo.fr

04:21 Écrit par TOURE YOUSSOUF | Commentaires (6) |  Facebook | |  Imprimer | |

mardi, 07 juin 2011

Plaidoyer pour une autonomisation de l'enseignement préscolaire et primaire

L’actualité brûlante, c’est la publication depuis quelques jours de la nouvelle équipe gouvernementale issue des élections présidentielles du 28 novembre 2011, avec 36 portefeuilles ministériels.

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Si la crise économique persistante a induit des équipes réduites depuis plusieurs années, la dernière mouture avec 36 postes sonne le retour des gouvernements plus étoffés. Cela ne signifie pas pour autant la fin de la récession budgétaire, loin s’en faut. Cette équipe "élargie" -malgré le contexte de crise- ne peut s’expliquer que par la volonté du nouveau pouvoir de définir pour les ministères, des contenus moins pléthoriques et plus précis, afin de mieux rapprocher l’administration des administrés et « toucher les problèmes de plus près », dans un souci d’efficacité.
Dans cette optique, les acteurs de l’enseignement préscolaire et primaire ne peuvent que lorgner sur l’une des choses qui leur tient le plus à cœur : l’autonomisation du secteur de l’éducation de base. Un ministère de l’Enseignement Préscolaire et Primaire ? Ce serait tant mieux. Mais à défaut, une Direction Centrale, pourquoi pas !

2138689-2979342.jpg?v=1289617726 Encore un ministère de plus ! », penseront certains. Certainement. Mais un ministère de trop, pas du tout !
En réalité, il faut appartenir au milieu de l’éducation de base (ou l’approcher) pour mieux appréhender la complexité de son fonctionnement. Sans avoir la prétention de le décrypter exhaustivement, il convient tout de même de donner un petit aperçu de la réalité qui sous-tend le vaste univers du préscolaire et du primaire.

• Le premier élément à retenir, c’est la taille de cette frange du système éducatif ivoirien qui fonctionne avec :
-environ 10.000 écoles (préscolaires et primaires confondues)
-plus de 50.000 enseignants
-186 Circonscriptions d'enseignement préscolaire et primaires
-près de 2.000.000 d’élèves
-des dizaines de milliers d’infrastructures (classes, logements, cantines, bureaux,...)
-etc.
Toutes ces données qui constituent des indicateurs objectifs de la représentativité de l’éducation de base dans notre système éducatif justifient aisément les nombreux et importants financements dont ce secteur fait l’objet de la part des bailleurs de fonds et organismes internationaux.

• Un autre élément important milite également en faveur de cette autonomisation: il s’agit de la complexité de la gestion et du fonctionnement de cet ordre d’enseignement.
En effet, les circonscriptions d’enseignement préscolaire et primaire (dirigées par des Inspecteurs) se déclinent en plusieurs Secteurs Pédagogiques (dirigés par des Conseillers pédagogiques), eux-mêmes se déclinant en écoles (dirigées par des Directeurs). La gestion des activités -pédagogiques, administratives et extrascolaires- est fortement influencée par ce système à hiérarchisation intermédiaires très prononcée, ce qui lui confère un caractère complexe et délicat, doublé d’une nature spécifique.
Quand en plus l’on sait que chaque Direction Régionale comprend généralement plusieurs Inspections d’une part, et que chaque Inspection renferme en moyenne 50 écoles dont les 2/3 se trouvent dans des villages souvent très éloignés et d’accès difficiles d’autre part, l’on imagine aisément que la gestion du préscolaire et du primaire ne peut être efficace si elle s’effectue dans un moule commun aux autres ordres d’enseignement, notamment le secondaire où les rapports hiérarchiques entre la tutelle -Cabinet, Directions centrales, DREN- et les établissements sont nettement moins alambiqués.

• Enfin, la réussite des grands chantiers du système éducatif ivoirien, dont le plus important reste la scolarisation à 100%, passe nécessairement par un enseignement de base solide et efficace, avec entre autres:
-une véritable politique de formation continue et de perfectionnement professionnel du personnel d’encadrement (IEP, Conseillers pédagogiques, Enseignants)
-l'instauration d'un mécanisme devant permettre de mieux crédibiliser les examens pédagogiques (CAP et CEAP)
-la nécessaire vulgarisation des écoles maternelles
-l'octroi d'une cantine à chaque école
-l’instauration d’une vraie politique d’autosuffisance en vivres au niveau des cantines scolaires
-l’assainissement réel de l’environnement scolaire
-une redynamisation adéquate et coordonnée des activités extrascolaires et socioéducatives
-la réussite pour tous les élèves (ou presque) pour coller à la réalité de la Formation par Compétences.
-etc.
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Je voudrais m’en tenir à ces quelques motivations parmi les nombreuses autres qu’on ne saurait évoquer de façon exhaustive dans un tel forum, au risque de lasser les lecteurs par la longueur des éléments justificatifs.

Ce qu’il est important de retenir, c’est que tous ces objectifs, aussi primordiaux les uns que les autres, ne peuvent être atteints si la gestion du secteur de l’enseignement préscolaire et primaire reste confinée dans sa configuration actuelle. C’est pourquoi, cette autonomisation souhaitée n'est en réalité qu'un nécessaire -pour ne pas dire indispensable- palier à franchir.

Evidemment, l’octroi d’un département ministériel (ministère plein ou ministère délégué) serait l’idéal. Mais à défaut et en attendant des lendemains meilleurs, cet ordre d’enseignement pourrait bien se contenter d’une Direction Centrale: la Direction de l’Enseignement Préscolaire et Primaire.

Raisonnablement, ce n’est pas trop demander car seulement à ce prix, l’on pourra espérer un enseignement de base performant et efficace, gage d’un système éducatif de qualité en Côte-d'Ivoire.


TOURE Youssouf
IEP Daloa-3
ieptoure@yahoo.fr

12:50 Écrit par TOURE YOUSSOUF | Commentaires (3) |  Facebook | |  Imprimer | |