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mardi, 27 juin 2017

CEPE 2017: Baisse du taux national de réussite, quelle analyse ?

Par TOURE YOUSSOUF

Inspecteur de l’Enseignement Préscolaire et Primaire,

IEP ADJAME-1, Abidjan, Côte-d’Ivoire

 

Inscription-ligne-Resultats-CEPE-0006.jpgDepuis le samedi 17 juin 2017, les résultats à l'examen du CEPE session 2017 en Côte d'Ivoire sont connus. L'un des enseignements significatifs à retenir, c'est le bémol enregistré au niveau du pourcentage national de réussite. En effet, en constante progression ces dernières années, ce taux a chuté de 83,33 % l'année dernière à 80,98 %, soit une baisse de 2,35 points. Rapporté aux 473.306 postulants de la présente session, cela représente autour de 11.120 candidats qui manquent à l'appel de la réussite cette année, si le taux de réussite avait atteint la valeur de l'année dernière.

Banal incident de parcours ? Reculade pour notre système du primaire ? Les acteurs du terrain sont-ils en cause ? Bref, quelle analyse peut-on faire de cette situation ?

L’un des aspects évoqués, c’est l’augmentation du nombre de candidats qui se chiffrait à 447.419 à la session 2016 contre 473.306 cette année, soit une hausse de 25.887. Certes, plus il y a de candidats, plus il y a d’efforts d’encadrement à fournir. Cependant, ne serait-il pas réducteur d’expliquer la baisse du taux par ce facteur qui, bien entendu, peut tout aussi faire pencher la balance de l’autre côté, c’est-à-dire constituer un facteur de relèvement du taux de réussite ? Cherchons donc d’autres raisons objectives ailleurs…

Dans cette recherche, il est difficile de ne pas penser aux différentes crises traversées par l’école cette année, à savoir "la crise des cours du Mercredi" dès le mois de septembre 2016 et la grève des fonctionnaires durant le mois de janvier 2017 qui ont fortement affecté le fonctionnement des structures scolaires. Sans nier l’impact de ces différentes perturbations, il est cependant à noter qu’au sortir de ces crises, les enseignants, surtout les tenants de CM2, ont chaque fois redoublé d’effort afin de rattraper le temps perdu. En tant qu’acteur du terrain au niveau du primaire, je suis bien placé pour affirmer que le plus malheureux en cas de mauvais résultats au CEPE, c’est bien le "maître de CM2" qui est souvent plus affecté que les candidats malheureux eux-mêmes ou leurs parents. Par ailleurs, avec le réaménagement du calendrier scolaire par Madame le Ministre, les retards accusés ont été compensés dans une certaine mesure. De ce point de vue donc, même si l’impact des différentes crises n’est pas à écarter, il reste à mon sens très marginal. Encore une fois donc, il faut s’orienter ailleurs pour trouver (s’il en existe), les vrais raisons de cette situation, en dehors des difficultés habituelles liées aux infrastructures et à l’environnement.

Dans cette veine, et si l’on scrutait du côté de la… Direction des Examens et Concours (DECO) elle-même ? Et oui, et si certaines mesures prises par la DECO depuis l’année dernière commençaient à porter leurs fruits ?

En effet, depuis la session 2016, le traitement en ligne des notes du contrôle continu laisse moins de marges de manœuvres pour certaines manipulations auxquelles l’on assistait bien malheureusement en fin d’année autour des Moyennes Générales Annuelles (MGA). Mieux, la DECO est allée plus loin cette année en demandant non plus la saisie des moyennes des évaluations, mais des notes obtenues dans chaque discipline, le calcul se faisant alors de façon systématique par l’applicatif, ce qui a eu l’avantage de limiter de façon drastique les moyennes erronées qui n’avaient souvent aucun rapport avec les notes obtenues. Lors des délibérations cette année, certes ils n’ont pas encore totalement disparu, ces candidats incapables d’avoir 25 ou 30 points sur 170 possibles à l’écrit de l’examen, mais qui sont toujours sauvés in extremis par ces "fameux MGA" exorbitants de 18 ou 19 ou même 20/20 obtenus en classes. Des "petits magiciens" que nos coups de pouces irresponsables envoient inconsciemment à l'abattoir de l'exclusion dès la classe de sixième (6e). Toutefois, leur nombre a considérablement baissé, et nul doute que cela est dû à ces mesures prises par la DECO. Pour ma part, l'une des véritables raisons se situe à ce niveau (même si bien-sûr il peut en exister d'autres).

Faut-il donc se plaindre de la situation ? A priori, une baisse de rendement n’est jamais une bonne chose. Mais vue sous l’angle de la résultante d’un début d’assainissement de l’environnement de l’examen du CEPE, ce n’est finalement pas tant mauvais que cela. D'ailleurs, la DECO est à encourager et devra poursuivre dans le sens de la fiabilisation des résultats de l'examen du CEPE, surtout que le concours d'entrée en 6e n'existe plus. Dans cette veine, il serait souhaitable, entre autres :

-qu'au niveau de l'Applicatif de Gestion de la Carrière au Primaire (AGCP), les structures ne gardent pas la main pour la remontée en ligne des notes des compositions et examens blancs jusqu’en fin d’année, comme cela a pu être observé cette année.

-que le déroulement des deux examens blancs soit balisé et encadré, afin que toutes les circonscriptions d'enseignement préscolaires et primaire l’organisent conformément à l’esprit de l’examen de fin d’année. L’implication des Directeurs Régionaux serait alors sollicitée, le cas échéant.

Bien d’autres chantiers existent et la DECO ne devrait ménager aucun effort, même si cela doit concourir à faire baisser encore le taux de réussite. Tout en s’engageant à consolider les mesures concourant à crédibiliser davantage l’examen, si nous réussissons à faire remonter la courbe du taux de réussite, l'on pourra alors être rassuré à l’idée que ces élèves, appréciés à leur juste valeur ne seront pas des coquilles vides en classe de 6e et éjectés prématurément du circuit scolaire.

Et tous les acteurs devraient s’engager à accompagner la DECO dans cette démarche qualité relativement à l’examen du CEPE/ENTREE EN 6E.

Bon début de vacances scolaires à tous.

 

TOURE YOUSSOUF

Inspecteur de l'Enseignement Préscolaire et Primaire,

IEP Adjamé-1, Abidjan, Côte-d'Ivoire

ieptoure@yahoo.fr

06:38 Écrit par TOURE YOUSSOUF | Commentaires (18) |  Facebook | |  Imprimer | |

vendredi, 22 août 2014

L'ÉPINEUSE QUESTION DES ÉCOLIERS "SANS PAPIERS" : Quelles solutions ?

Par TOURE YOUSSOUF

Inspecteur de l'Enseignement Préscolaire et Primaire

IEP Adjamé-1, Abidjan, Côte-d'Ivoire

 

Cette année en Côte d'Ivoire, le recrutement au CP1 est prévu du mardi 2 au vendredi 12 septembre 2014 dans toutes les écoles préscolaires et primaires. Comme chaque année, les acteurs concernés (Inspecteurs, Directeurs d'école, Adjoints) seront encore confrontés aux récurrentes pressions et difficultés liées à cette opération dont l'une, immuable, est en rapport avec l’inscription des enfants sans extraits d'actes de naissance.

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Combien sont-ils ces "sans papiers" du système, un million ? Deux millions ? Cinq millions ou plus ? Difficile d'avancer une statistique fiable relativement à cette question. La certitude toutefois est que leur existence est une réalité, une situation qui constitue pour notre système éducatif, ce que l'on pourrait qualifier " d'un bien pour un mal ".

" L’Education Pour Tous, un axe prioritaire "

Le "Bien", c'est la possibilité donnée par les autorités éducatives à tous les enfants du pays de se voir offrir une chance d'aller à l'école, conformément aux objectifs de l'Éducation Pour Tous (EPT). Cela est d'autant plus opportun qu'au sortir d'une décennie de crise militaro-politique dont nul n'ignore les effets collatéraux néfastes dans tous les secteurs, beaucoup d'enfants ont pu naître dans un contexte où établir un extrait de naissance était " le dernier des soucis " et sauver sa peau, la priorité. De ce point de vue donc, l'ouverture de l'école à tous, avec ou sans papier se justifie pleinement. D’ailleurs, le Président de la République n’a-t-il pas planté le décor lors de son récent discours le 6 août dernier (veille de la fête de l’Indépendance), en indiquant que des mesures légales seraient prises sous peu pour rendre l’école obligatoire ?

" Entre scolarisation de masse et fiabilité des données "

Malheureusement, le revers de la médaille existe, avec une ampleur de nature à faire oublier par moment, le bien-fondé de cette action salvatrice. Il s’agit entre autres :

• De certains parents d'élèves opportunistes

Le schéma est simple: l'enfant en réalité n’a que 4 ou 5 ans, mais il est présenté comme un "sans papier" de 6 ans. Même quand il est réclamé au parent juste un carnet de naissance pour avoir des données conformes à l'extrait qui sera fourni plus tard, il rétorque qu'il n'en dispose pas, la guerre ayant " le dos large ". Bien entendu, il attend que l'enfant soit au CP2 ou au CE1 pour fournir l'extrait et seulement à ce moment, l'on se rend compte qu'en réalité, il n'avait pas l'âge requis au moment du recrutement. Évidemment, il aura déjà contribué à garder dans la rue, un autre postulant de 6 ans dont il aura occupé la place. Injustement...

• Des statistiques parfois erronées

Quand il est question d'établir des statistiques par tranches d'âge, il est quasiment impossible de les avoir de façon fiable du fait de la proportion relativement élevée des "sans extraits". La raison toute simple est que dans près de 90% des cas, les dates supposées de naissance communiquées à l'inscription s'avèrent fausses à l'arrivée des documents quelques mois ou quelques années plus tard.

• L'Attestation d'Identité Scolaire, salvatrice, mais...

Au nom de la scolarisation pour tous, de nombreux enfants traversent le cycle primaire et se retrouvent candidats au CEPE sans extraits. Là encore, la solution a été trouvée par la hiérarchie, dans un souci de facilitation : l'Attestation d'Identité Scolaire. Cependant, si son caractère salvateur est indéniable, certains aspects moins reluisants sont à mettre en lumière:

-les parents qui savent son existence ne font plus d'effort, même quand ils ont la possibilité d'établir sans problème un extrait d'acte de naissance pour leurs progénitures. Certains retardent même à dessein l’établissement du document, question de se donner des marges de manœuvre plus tard pour un éventuel changement de nom ou de date de naissance.

-ceux qui ne savent pas se font grugés quelques fois par certains acteurs véreux du système. Ceux-ci, moyennant contrepartie financière, leur promettent d'aider leurs enfants à passer l'examen, même s'ils n'ont pas extraits. Bien-sûr, ils n’ont aucun effort à fournir puisqu’ils ne comptent en réalité que sur l'Attestation proposée par la DELC. De l'arnaque pure et simple !

• Un fichier nominatif des élèves peu fiable

L'élaboration du fichier des élèves, surtout au CM2, devient un véritable casse-tête en raison des noms et dates de naissance " à géométries variables ", au gré des humeurs de certains parents. Là encore, les petites variations dans l'orthographe ne sont qu'un moindre mal par rapport à d’autres cas où le nom change totalement : inscrit sous l'identité TOURE Youssouf, ne soyez pas surpris qu'au final, l'enfant se nomme TOURE Drissa ou dans le pire des cas, TIAGONIN Bi, sans rapport avec le nom initial. Comment est-il possible pour l'Administration scolaire de tenir correctement des registres matricules ou un fichier d'examen fiables dans de telles conditions ?

" Des répercutions néfastes sur l’efficacité du système "

L’efficacité de la gestion des effectifs est très affectée par cette situation dont l’impact est nettement perceptible. L'on retiendra entre autres que :

-Au jury spécial de l’examen du Cepe, seulement 20 % des réclamations portent sur des corrections de notes. L'essentiel des débats, près de 80 % des cas traités ne portent que sur des corrections de noms et de dates de naissance, conséquences logiques de toutes les gymnastiques effectuées avec les extraits d'actes de naissance.

-Les plaintes sont récurrentes au niveau des acteurs des lycées et collèges car les listings transmis par la Commission d'Orientation sur la base des fichiers des IEP sont truffés d'incorrections. En effet, pour certains élèves à l'inscription en 6e, les écarts constatés entre les noms sur les listes reçues et les extraits de naissance fournis par les parents rendent la tâche extrêmement compliquée aux Chefs d’Etablissements secondaires et leurs collaborateurs. Bien évidemment, ils ne manquent pas de ruminer leur colère (légitime mais à tort) contre les acteurs du primaire, ceux-ci étant en réalité otages d'une situation qu'ils ne cautionnent pas nécessairement.

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Peut-on raisonnablement continuer de s'accommoder de cette situation ? Pas sûr que ce soit la volonté des autorités en charge de l'Éducation Nationale, surtout que le Gouvernement a initié il y a deux mois environ (juin-juillet 2014), une vaste campagne gratuite de reconstitution du fichier d'Etat Civil en faveur justement de tous ces innocents enfants sans extraits d'actes de naissance.

" Quelles solutions ? "

Poursuivre l'inscription les "sans papiers" au CP1 ? Bien-sûr que oui, car aucun enfant de Côte d’Ivoire ne doit être privé de son droit fondamental à l'éducation. C’est pourquoi d’ailleurs, le Président de la République envisage d’en faire légalement une obligation dans un futur certainement très proche.
Toutefois, il est à souhaiter que des balises soient posées afin que les parents se sentent contraints de jouer pleinement leur partition. Ainsi donc, le Ministère devrait:

• donner un délai formel de dépôt des documents à l’école à tous les parents qui ne le feraient pas à l’inscription (à titre indicatif, jusqu’à la fin du mois de décembre, soit 4 mois après l’inscription). A défaut de l'extrait proprement dit, ils devraient donner une preuve que le processus est engagé, soit dans un centre d'état civil, soit par voie de justice.

• dans la foulée de l’inscription au CP1, initier au niveau du Gouvernement, une autre campagne d’état-civil similaire à celle effectuée au mois de juin-juillet. La pression aidant, l’on pourrait voir les parents négligents se bousculer (enfin !).

• mettre fin à l'utilisation de l'Attestation d'Identité Scolaire. A défaut de le faire cette année, lui accorder un sursis d'une année supplémentaire, avant l'arrêt définitif dès l'année scolaire prochaine.

Sans avoir la prétention d'avoir exploré tous les contours de cette situation liée aux "sans papiers" du système éducatif ivoirien, la présente contribution a pour simple objectif d’ouvrir la lucarne et d’énoncer quelques ébauches de solution. En comptant bien-entendu sur les contributions des uns et des autres pour enrichir le débat, afin de permettre au Ministère de tutelle d’initier les actions idoines qui s’imposent dans le règlement définitif de cette épineuse question de la scolarisation des enfants sans extraits d’actes de naissance, " un bien " pour finalement … " plusieurs maux ".

 

TOURE YOUSSOUF

Inspecteur de l'Enseignement Préscolaire et Primaire

IEP Adjamé-1, Abidjan, Côte-d'Ivoire

ieptoure@yahoo.fr

06:47 Écrit par TOURE YOUSSOUF | Commentaires (9) |  Facebook | |  Imprimer | |

vendredi, 18 juillet 2014

CEPE, BEPC, BAC : Quand les "pourcentages" nous hantent !

Par TOURE YOUSSOUF Inspecteur de l'Enseignement Préscolaire et Primaire IEP Adjamé-1, Abidjan, Côte d'Ivoire • • •

Ce vendredi 18 juillet 2014 ont été proclamés les résultats du Baccalauréat 2014 en Côte d'Ivoire. Tout comme pour les autres examens à grand tirage (Cepe, Bepc), cela marquait la fin d’interminables jours d’attente où l’anxiété et l’angoisse sont les sentiments dominants chez les candidats et leurs parents, mais aussi et surtout chez les responsables des structures scolaires qui sont également au même niveau de pression, voire même plus que les élèves.

Être soucieux pour ses résultats de fin d'année, quoi de plus normal pour un Chef de service consciencieux, ayant à cœur d'améliorer chaque année les performances de sa structure. Mais bien souvent, "la peur et la hantise" prennent malheureusement le pas sur ce "souci légitime" d'amélioration évoqué ci-dessus.

La raison ? Les incontournables questions après les résultats, auxquelles il faut pouvoir répondre "la tête haute":

-Quel est votre pourcentage ? Quel est votre rang au niveau de la Direction Régionale ?

-Quel est le pourcentage global de votre Direction Régionale ? Quel est son rang au plan national ? etc.

Ainsi donc, le pourcentage et le rang "volent la vedette" à tout le travail abattu, même quand il y a des progrès significatifs. Votre taux de réussite s'est nettement amélioré par rapport à l'année précédente ? Peu importe, vous êtes "le dernier de la classe", c'est ce que l'on retient tout simplement. Convocations, interpellations verbales ou écrites sont autant de facteurs qui rendent ces examens fortement anxiogènes, une période de l’année où l’hypertension fait rage parmi les Proviseurs, Inspecteurs de l’Enseignement Primaire et Directeurs de Cafop (à un degré moindre).

Alors, question : un pourcentage en dessous des attentes consacre-il systématiquement l'échec total de la gestion du Chef de structure ? Chacun peut avoir son opinion sur la question. Ce qui est à craindre dans ce schéma à forte pression, c’est le possible relâchement au niveau de la vigilance et de la rigueur dans la gestion des examens (calcul des MGA, surveillance, etc.). Un "raccourci" que pourraient emprunter certains responsables acculés chaque année, s'ils pensent que cela peut leur permettre d'avoir une longueur d'avance dans la course aux pourcentages, les mettant ainsi à l'abri des réprimandes et des commentaires désobligeants.

Bien évidemment, cela constituerait une grande reculade pour la qualité de notre système qui se satisferait alors de taux de réussite "très honorables", basés malheureusement sur des résultats peu crédibles. Heureusement que tout cela n’est encore qu’au conditionnel. Mais à force de tirer sur la corde !… D'ailleurs, l’actualité brûlante de faux pourcentages et de résultats annulés au Bepc dans plusieurs localités la semaine dernière n'est-il pas un indicateur à prendre au sérieux ? (cliquer sur ce lien pour en savoir plus sur les résultats annulés au Bepc).

C'est pourquoi, il est primordial que la pression se situe plutôt en amont, comme c’est déjà le cas avec les fréquentes visites inopinées de l’Inspection Générale sur le terrain.

Au niveau des Autorités Hiérarchiques, si les différentes missions de contrôle et de suivi durant toute l’année scolaire permettent de s’assurer :

-que chaque structure s’est dotée effectivement d’une matrice d’actions avec un contenu pertinent prenant en compte les différents leviers définis par la tutelle pour la réussite du maximum d'élèves,

-que la mise en œuvre de cette matrice a été effective selon le chronogramme d'exécution établi,

-que l'encadrement pédagogique quotidien et le perfectionnement professionnel des enseignants ont été correctement assurés par le Chef de structure et l'ensemble du personnel d'encadrement,

-que les évaluations périodiques, aussi bien celles programmées par la DELC que celles initiées en interne ont été correctement effectuées selon les formats en vigueur,

-qu’un contrôle strict a été effectué au niveau des agents dans l’exécution des programmes d’enseignement,

en somme, si le responsable de structure a mis en œuvre des stratégies adéquates pour faire appliquer toutes les instructions officielles, les résultats ne seraient alors tributaires que d’autres facteurs d’ordre structurel, environnemental ou liés à la capacité des élèves à restituer ce qui leur a été enseigné. Frustrant dans ces conditions de se voir pointer du doigt malgré tous les efforts consentis !

A l’endroit Chefs de structures, le discours est simple et au style direct (car j’en fais partie):

« Ayons le triomphe modeste vis-à-vis des autres collègues dont le taux de réussite est inférieur au nôtre. Sans remettre en cause le bien-fondé de la saine émulation, ne perdons pas de vue cependant qu’ils ne bénéficient peut-être pas de certaines conditions favorables dont nous avons la chance de bénéficier, par le simple hasard des mutations :

-Alors que nous n’avons que 40 ou 50 élèves correctement assis dans nos classes, eux doivent peut-être faire des miracles avec 90 ou 100 élèves assis à 3 ou 4 par table-banc ;

-Alors que nous n’avons aucun déficit d’enseignants titulaires, eux doivent peut-être composer avec des bénévoles non qualifiés, à la charge des Coges et même souvent irrégulièrement rémunérés ;

-Alors que nous avons l’avantage d’avoir nos écoles dans un environnement favorable, eux doivent peut-être mener un combat contre d’énormes nuisances environnementales de toutes sortes ;

-Alors que nos élèves n’ont pas de difficultés d’accès à leurs écoles respectives, les leurs doivent accuser chaque jour des retards après avoir parcouru des kilomètres en provenance des villages et campements environnants, et rentrer très tard la nuit après le même parcours ;

-Alors que nos établissements sont facilement accessibles pour l’encadrement quotidien des enseignants, eux doivent peut-être parcourir des zones très vastes pour accéder à leurs écoles très éloignées et effectuer leur travail d’encadrement (dans le primaire);

-Alors que nous avons la chance de disposer d'un véhicule de fonction confortable et climatisé, eux doivent peut-être effectuer des gymnastiques très risquées chaque jour à bord de véhicules de transport en commun ou à moto pour accéder certaines zones difficiles;

-Alors que notre zone d'exercice nous offre des parents d’élèves intellectuels qui prennent toutes les dispositions pour assurer l’encadrement des enfants en dehors de l’école, peut-être que leurs élèves sont "des laissés pour comptes" une fois partis de l’école…

Bref, les exemples existent à profusion et au bout du compte, atteindre 50 ou 60 % dans certaines conditions peut même nécessiter plus d’effort de la part des encadreurs que 80 % dans d’autres conditions nettement plus favorables. Ayons donc le triomphe modeste… »

Au personnel enseignant et d’encadrement N’attendons pas la fin de l’année pour nous soucier des pourcentages. Construisons-les plutôt progressivement tout le long de l’année :

-en étant corrects et rigoureux dans le travail, -en respectant le quantum horaire avec une bonne assiduité et ponctualité,

-en étant ouverts aux innovations pédagogiques, -en évaluant rigoureusement et très fréquemment les élèves,

-en faisant en sorte que leur réussite ne passe pas nécessairement par l’inscription aux cours de renforcement…

En définitive, s'il était possible d'établir des statistiques ressortant la traçabilité de la scolarité des élèves par entités, l'on se surprendrait souvent à constater qu'un 60% au CEPE dont tous les admis en 6e atteignent la classe de 3e est un bien meilleur résultat qu'un 90% dont la moitié est rejetée du système avant la fin du premier cycle secondaire. Un 60% qui ne serait apprécié à sa juste valeur que seulement quatre ans après !

Comme l'a souligné l'Inspecteur Général Coordonnateur (Ibrahima KOUROUMA) dans une interview relative aux récentes fraudes au BEPC, « la Ministre KANDIA Camara veut des bons résultats mais pas à n’importe quel prix ». C'est pourquoi, dans l’intérêt de notre système éducatif, tout en félicitant les plus méritants, il serait souhaitable d’éviter de mettre systématiquement « les autres » dos au mur, surtout quand ils ont accompli tous les efforts nécessaires. Cela ne ferait qu’augmenter les velléités de tricherie, non pas par vocation pour certains, mais juste pour "sauver la tête et la face".

En d’autres termes, si le souci légitime doit animer constamment tous les Responsables de structure d’œuvrer à améliorer ses résultats, "la course aux pourcentages et aux rangs honorables" ne doit pas prendre le dessus sur la motivation de chacun à garder le cap de la rigueur, de l'excellence et de l'assainissement de l'environnement des examens, gages de résultats crédibles avec des acteurs au dessus de tout soupçon, conformément au souhait de Madame La Ministre. Et cela passe par l'encouragement et la mise en confiance des uns et des autres, même quand le pourcentage est jugé "peu honorable".

Bonne fin d’année scolaire à tous.

TOURE YOUSSOUF Inspecteur de l'Enseignement Préscolaire et Primaire IEP Adjamé-1, Abidjan, Côte-d'Ivoire ieptoure@yahoo.fr

04:24 Écrit par TOURE YOUSSOUF | Commentaires (20) |  Facebook | |  Imprimer | |

vendredi, 04 juillet 2014

Pour une véritable Administration Scolaire numérique en Côte d'Ivoire

Par TOURE YOUSSOUF
Inspecteur de l'Enseignement Préscolaire et Primaire
IEP Adjamé-1, Abidjan, Côte d'Ivoire
• • •

Ce n’est un secret pour personne, l’école ivoirienne est dans une phase ascendante fulgurante, avec de nombreuses initiatives prises par Madame le Ministre et son équipe pour lui redonner ses lettres de noblesse. L’un des piliers essentiels de cette croisade vers la reconstruction d’une école crédible est sans conteste, l’introduction des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) dans la gestion de l’administration scolaire.

• Vous voulez les résultats d'un concours professionnel ? de l’entrée en 6e ? de l’orientation en seconde ? Ne vous déplacez pas, les résultats sont en Ligne !

• Vous êtes élève dans un lycée ou collège et vous devez faire votre inscription ou réinscription ? En ligne, s’il vous plait !

• Vous êtes chef d’une structure scolaire et vous attendez les notes circulaires, arrêtés et décisions de la hiérarchie ? Rendez-vous en ligne sur le site du Ministère ou de votre Direction Régionale, ou alors dans votre boîte électronique !

Au-delà même de l’Education Nationale, "LA LIGNE" a investit tous les autres secteurs d'activité : Fonction publique, Enseignement supérieur, Gouvernement, etc., tout est "en Ligne" !

Hommage à ceux qui ont eu l’ingénieuse idée d’inventer cette fameuse "Ligne" !
Félicitations également à nos autorités qui ont pris l’initiative d’engager résolument notre système dans cette voie révolutionnaire de la gestion par les TIC.

Dans ce contexte de gestion numérique, l’outil informatique et l’accès à l’Internet s’imposent comme des éléments incontournables pour permettre aux structures -surtout les structures déconcentrées- de "garder la ligne". Dans la pratique, lesdites entités sont-elles outillées pour suivre le rythme imprimé par la tutelle sur la voie de la gestion par l'ordinateur et l'Internet ?

Si des efforts colossaux ont été consentis pour doter les Directions Régionales et Départementales, Lycées, Collèges, Cafop et Inspections d'Enseignement Primaire d’outils informatiques, l’accès à l’Internet pour ces structures reste encore très marginal, bien malheureusement.
Certes, l'on est en droit de s'attendre à long terme à une opération d'envergure dans ce sens. Mais en attendant, peut-on imaginer une Administration Numérique sans facilité d’accès à l’Internet ? Bien-sûr que non !

Notation administrative des agents en Ligne,

Consultations quotidiennes des différents sites rattachés au Ministère de l’Education Nationale et de l'Enseignement Technique (Menet),

Echanges de correspondances avec la hiérarchie ou entre structures déconcentrées, etc.


Autant d’activités d’envergure qui engendrent une "forte consommation de l’Internet" !.

Bien entendu, il est impensable de continuer de s'en remettre aux Cybercafés comme c'est le cas actuellement pour de nombreux services publics, avec tout ce que cela comporte comme risques pour l'efficacité et surtout pour la confidentialité de l'action administrative.
De même, il est inimaginable d'envisager que les exigences de plus en plus grandissantes liées à la gestion par les TIC reposent essentiellement sur des clés Internet personnelles des chefs de service.

C’est pourquoi, il est fortement souhaitable que l’accès à l’Internet soit facilité pour les structures en charge de l’Education Nationale et de l’Enseignement Technique, à l’image du téléphone fixe. Justement, vu que la quasi-totalité des services publics bénéficient de cette couverture téléphonique par Côte d'Ivoire Telecom, ce canal ne pourrait-il pas être exploité pour connecter facilement les différentes services à la toile mondiale ?
Si d'aventure cela s'avérait un peu compliqué dans l'immédiat, il faudrait dans ce cas envisager à court terme l'octroi de lignes budgétaires appropriées pouvant permettre aux chefs de structures de mettre en œuvre une véritable politique de gestion numérique profitable à tous les agents du service (mise en réseau des machines, Wifi, etc.).

S'il est possible à chaque entité du Ministère de disposer des informations en temps réel et de réagir spontanément à toutes les sollicitations de la hiérarchie, nul doute que l’efficacité de l’Administration Scolaire s’améliorera très significativement.

Vivement donc que l’appel ci-dessus soit entendu, afin que les structures du Menet, aussi bien en "Central" qu’en "Déconcentré", puissent contribuer pleinement et efficacement " l'émergence " d’une véritable Administration Scolaire Numérique en Côte d’Ivoire.

TOURE YOUSSOUF
Inspecteur de l'Enseignement Préscolaire et Primaire
IEP Adjamé-1, Abidjan, Côte-d'Ivoire
ieptoure@yahoo.fr

07:57 Écrit par TOURE YOUSSOUF | Commentaires (17) |  Facebook | |  Imprimer | |

mercredi, 19 septembre 2012

Education Nationale: De la FPC à l’APC, un virage à bien négocier

Par
TOURE YOUSSOUF
Inspecteur de l’Enseignement Préscolaire et Primaire
IEP Adjamé-1, Abidjan, Côte d'Ivoire
• • • • •

Lorsqu’en 2002 le Ministère de l’Education Nationale décidait de passer de la Pédagogie par Objectifs (PPO) à la Formation par Compétences (FPC), les espoirs étaient grands de voir l’école ivoirienne effectuer un bond qualitatif, non seulement pour s’adapter à certaines exigences internationales, mais aussi et surtout pour améliorer les indicateurs de performance de notre système éducatif, notamment le taux de réussite scolaire.

Dix (10) ans plus tard, le bilan reste relativement mitigé car il apparaît très clairement que les objectifs de départ sont loin d’être atteints. Sans nier les avancées significatives constatées dans l'élaboration des curricula, la réalité est que les résultats scolaires ne se sont pas améliorés significativement.
L’appropriation du concept par les acteurs sur le terrain n’a pas été du tout aisée, au point même que certaines activités d’évaluation dites "Situations Problèmes" ont été mises en veilleuse depuis quelques années, parce que mal maîtrisées. Pis, dix (10) ans après l’avènement de la FPC, l’on continue d’évaluer encore en…PPO.

Sans avoir la prétention de faire le procès de la Formation par Compétence dont les avantages sont incontestables, il s’agit surtout à travers la présente contribution d’attirer l’attention de chacun sur un fait qui est indéniable : si la FPC a "pataugé" par moment, c’est parce que l’avancée du concept au fil des années scolaires avait une nette "longueur d’avance" sur la formation des acteurs du terrain. Cela a fortement contribué à augmenter les appréhensions -légitimes- de nombreux enseignants et encadreurs, renforçant ainsi des résistances au changement.
En clair, le récent recadrage de la FPC s'imposait et c’est tout naturellement que son annonce a été bien accueillie dans la communauté éducative. Cette opération a permis de faire évoluer notre système de la Formation par Compétences (FPC) vers l’Approche par Compétences (APC).

Seulement voilà : depuis environ un an que cette nouvelle terminologie est apparue, les acteurs du terrain ne savent toujours pas exactement de quoi il s’agit.
En quoi consiste l'APC ? Qu’est-ce qui change fondamentalement par rapport à la FPC ? Autant de questions auxquelles très peu de Chefs d’établissement, d’Inspecteurs d’Enseignement Primaire ou de Conseillers pédagogiques pourront répondre avec exactitude.
Pourtant, de juillet à septembre 2012 dans les Cafop, 2500 instituteurs ordinaires recrutés dans le cadre du Programme Présidentiel d'Urgence (PPU) ont été formés selon cette nouvelle approche pédagogique. Ils seront mis en responsabilité sur le terrain dès cette rentrée scolaire 2012-2013, pour être encadrés par des Inspecteurs, des Conseillers Pédagogiques et des Directeurs d’école qui eux-même ne savent pas encore en quoi consiste l’Approche par Compétence !

Peut-être que de la FPC à l’APC, pas grand-chose ne change. Peut-être !
Toutefois, même si le changement ne porte que sur une "petite virgule" dans les programmes ou les méthodologies, il est primordial que les acteurs du terrain en soient suffisamment informés afin d’être mieux armés dans l’implantation des innovations pédagogiques.

Des séminaires de formation continue et de perfectionnement professionnel sont donc à prévoir en urgence, afin que tous les acteurs du terrain (Directeurs de Cafop, Inspecteurs de l'Enseignement Primaire, Chefs d'établissements, Conseillers pédagogiques, Enseignants) soient au même niveau d'information et de formation que les autres maillons de la chaîne (Direction de la pédagogie et Antennes pédagogiques).
A ce prix là, l'on évitera que les mêmes causes produisent les mêmes effets.

BONNE RENTREE SCOLAIRE A TOUS !

ieptoure@yahoo.fr

20:09 Écrit par TOURE YOUSSOUF | Commentaires (31) |  Facebook | |  Imprimer | |

jeudi, 06 septembre 2012

Entrée en 6e: Vers la fin d'un système trop élitiste

Il y a environ deux ans (précisément le vendredi 17 septembre 2010), le FORUM DE IEP TOURE publiait un article intitulé: Barre d'admission en 6e: A quand la fin de ce système si élitiste ?
Si en son temps la question pouvait apparaître comme un vague vœu pieux, depuis l'année 2011, elle a commencé à trouver un début de réponse avec la baisse de la barre d'admission à 100 points.
Cette initiative louable de Madame le Ministre de l'Education Nationale (photo ci-dessous) sur la voie de la suppression progressive du concours d'Entrée en 6e est à saluer et à encourager. C'est pourquoi, à quelques jours de l'annonce de la barre fatidique pour cette année, il paraît opportun de remettre cet article au goût du jour.

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Pour mémoire, chaque année et cela pendant des décennies, c’était toujours le même scénario, le même spectacle de désolation après la publication des résultats de l'affectation en sixième : de nombreux enfants, pourtant méritants, inconsolables car laissés sur la touche et pour cause: il fallait avoir 110 points (et même souvent plus) sur 170 points possibles pour être admis en 6e, soit une moyenne d'environ 13 sur 20. Ainsi donc, alors que la chance devrait être accordée à tout élève d'un niveau moyen de poursuivre sa scolarité sans entrave au moins jusqu'en classe de troisième (3e), cette barre d'admission est toujours apparue comme un goulot d'étranglement dans le continuum, rendant le système subitement élitiste en classe de CM2.

A y voir de près, la seule chose qui motivait encore le maintien de cette pratique qui ne se justifie plus, c'est le manque de structures d'accueil au niveau de l’enseignement secondaire. Fallait-il pour autant continuer chaque année à sacrifier de jeunes enfants innocents dont le seul tort est de ne pas réussir à se "hisser" parmi l'élite pour aller en sixième ?
L’alibi classique pour justifier cette situation a toujours été le même: "il n'y a pas de moyens pour construire de nouvelles écoles ou salles de classe".
Sans balayer du revers de la main cette réalité liée au contexte économique et financier difficile du pays depuis quelques décennies, il faut reconnaitre cependant que plus qu’une question de moyens, il s’agit davantage d’une volonté de vouloir en faire un axe prioritaire .
Oui, faire de la question une priorité, voilà le véritable élément moteur. Jugez-en vous-même :

-Avions-nous prévu de gérer une guerre et ses effets collatéraux sur près d’une décennie ? Que non ! Pourtant, l’Etat a bel et bien mobilisé des moyens depuis 2002 pour la gérer, parce que cette crise s’est imposée à nous comme une réalité implacable, donc comme une priorité.

-La vague des cinquantenaires en Afrique il y a quelques années était-elle prévue et budgétisée à l’avance ? Bien-sûr que non ! Mais quand elle s’est imposée à l’Afrique comme une réalité doublée d’un phénomène de mode et devenant ainsi donc "une priorité des Africains", les moyens -des milliards !- ont bien été mobilisés par les pays concernés.

Les exemples de ce genre sont légion. C’est pourquoi, l’alibi du manque de moyens ne saurait prévaloir quand il s’agit d’une question aussi importante que celle relative à l’avenir de la nation, des milliers d’enfants (pourtant valables) jetés chaque année à la rue à partir du CM2, tout simplement parce que n’ayant pas pu obtenir 13 de moyenne pour aller en 6e, faute de places dans le secondaire.

Les nouvelles autorités de l'Education Nationale l’ont si bien compris qu’en peu de temps, un pas de géant a été franchi dans ce sens, occasionnant la baisse de la barre d’admission à 100 points l’année dernière.

Pour cette année 2012, en plus des sérieux efforts déjà consentis,
-si les nombreuses réhabilitations entamées dans les structures scolaires déjà existantes se poursuivent,
-si les nouveaux collèges annoncés par Madame le ministre sont livrés dans les délais -et nul doute qu'il en sera ainsi-,
-si tous ces efforts au niveau des structures publiques sont judicieusement conjugués avec les capacités d’accueil des établissements privés crédibles,
il ne fait l’ombre d’aucun doute qu’un palier supplémentaire sera encore franchi cette année sur la voie de la disparition de cet obstacle qui brise malheureusement -et bien inutilement- le rêve de nombreux enfants méritants.
Cette suppression du concours d’entrée en 6e n’est d’ailleurs qu’une suite toute logique de la politique éducative dont la Côte d’Ivoire s’est délibérément dotée, la Formation Par Compétences (FPC) dont l'objectif principal est de mener le maximum d'apprenants vers la réussite.

Pourra-t-on arriver cette année à la suppression totale en admettant en sixième, tous les enfants admis au CEPE, soit 85 points ? Ce serait l'idéal, tout simplement.
Mais à défaut, une barre entre 90 et 95 points serait déjà un énorme soulagement, en attendant la suppression totale dans un délai que tous les parents d'élève souhaitent le plus bref possible afin que leurs progénitures, de nombreux enfants pourtant valeureux, ne continuent plus d’être éjectés prématurément du circuit scolaire au CM2 comme pendant les décennies antérieures, faute de structures d’accueil dans le secondaire.

TOURE YOUSSOUF
Inspecteur de l'Enseignement Préscolaire et Primaire
IEP Adjamé-1, Abidjan, Côte d'Ivoire
ieptoure@yahoo.fr

17:05 Écrit par TOURE YOUSSOUF | Commentaires (4) |  Facebook | |  Imprimer | |

lundi, 22 août 2011

L'épineuse question des examens pédagogiques dans l'enseignement préscolaire et primaire

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Malgré le contexte très difficile de l’après crise, tous les acteurs de l’école se sont mobilisés pour sauver l’année scolaire dont le dénouement sera l’exécution des examens à grands tirages qui débuteront à partir du mardi 06 septembre 2011 avec le CEPE/Entrée en 6e.
Dans l’enseignement préscolaire et primaire, les indicateurs palpables de cette mobilisation sont nombreux: réouverture de la quasi-totalité des écoles, réalisation des contrôles continus des élèves, exécution des examens pédagogiques de titularisation et d’intégration (CAP et CEAP) pour de nombreux candidats, etc.

Les examens pédagogiques justement, parlons-en ! Que de supputations, de critiques et de suspicion à n’en pas finir à ce sujet ! Au centre de toutes ces récriminations se trouve bien malheureusement l’Inspecteur. Accusé à tort ou à raison ? Les avis divergent d’un individu à un autre selon sa sensibilité.
Quoi qu’il en soit, les médias en ont souvent fait l’écho de façon très retentissante (cf Le Patriote du 10 janvier 2009 ; Notre Voie du 1er juin 2010), avec au menu, des griefs tournant généralement autour du racket et du manque de conscience professionnelle, doublés d’un état d’avilissement inacceptable pour cette fonction pourtant si noble dans un passé encore très récent. Y croire ou ne pas y croire ? Difficile d’y répondre, car en effet :

• Faut-il croire qu’un examen puisse être expédié en moins d'une heure et demi (prestation et critiques y compris) alors que normalement, il ne devrait pas durer moins de 4 heures pour une titularisation et 7 heures pour une intégration ?

• Est-il crédible d'entendre dire que certains examens sont validés par l’Inspecteur (admission ou échec) alors qu’il n'a suivi aucune des prestations en classe, ne serait-ce qu'au moins une discipline ?

• Faut-il croire qu'un Inspecteur puisse en arriver à harceler les candidats et imposer des montants à payer avant de leur "offrir" l'examen ?

• Est-il possible que l’examen devienne un acte tarifé où l'IEP ne joue qu'un rôle "d'encaisseur de fonds" pour laisser ensuite les Conseillers pédagogiques exécuter "des mascarades d'examens" ?

• Peut-on croire qu'un IEP puisse en arrive à réclamer "son dû" aux candidats, souvent même par message (sms) avant de venir les voir ?

• Est-ce possible qu’un IEP fasse signer une reconnaissance de dette à un candidat qui n’est pas en mesure de "payer son examen" au moment du passage de la commission ?

• Peut-on imaginer que les stagiaires, dès leur arrivée déjà en début d’année scolaire, soient "vendus" -et souvent à prix d’or- à des villages déshérités qui en ont le plus grand besoin ?

Bref, que d’interrogations troublantes !

Pour ma part, mon instinct d'Inspecteur m'invite à rejeter catégoriquement ces "allégations" car j’imagine difficilement qu'un IEP, eu égard à la noblesse du métier qui est le sien, puisse en arriver à vendre son âme au diable à ce point.
Seulement voilà: mon assurance est souvent trahie par la conviction qui se dégage des propos de certains candidats victimes de telles pratiques ou des personnels des CAFOP (Directeur, éducateurs, professeurs) avec lesquelles ils sont en contact permanent, au point que l'on est bien tenté de croire que dans certaines inspections, bon nombre de ces récriminations semblent fondées, malheureusement.

Dans un tel contexte, que faire ?

Il est important que chacun, à quelque niveau qu’il se situe dans la chaîne, fasse son examen de conscience afin d’adopter le comportement juste qui contribuera à améliorer la situation. Ainsi donc :

Au niveau des Inspecteurs de l’Enseignement Préscolaire et Primaire

-Les Chefs de Circonscription: Si d’aventure certains IEP se reconnaissent dans ce qui nous est reproché (car je continue d’avoir du mal à y croire), il est grand temps qu’ils arrêtent de déshonorer à ce point notre corporation. Il est impératif que nous ne perdions pas de vue notre rôle de formateur avant d’être évaluateur. C’est pourquoi, nous devons plutôt initier pour ces novices des séances de formation continue, d’une part pour harmoniser leurs acquis des différents CAFOP d’origine, et d’autre part pour compléter leur formation initiale théorique reçue dans ces centres de formation.

-Les Directeurs de CAFOP: Les Directeurs de Cafop doivent s’impliquer davantage dans la sensibilisation des stagiaires au cours de leur formation en les invitant à ne pas céder au laxisme, à la paresse, à la légèreté, à la facilité et aux intimidations de quelque nature que ce soit une fois sur le terrain. Il est indispensable de leur signifier déjà à la base que ne réussiront sur le terrain que ceux qui travailleront dans les normes.

-Le Syndicat des IEP: Le bureau exécutif du Syndicat des IEP (le Synaieppci) devrait prendre le devant de la bataille relativement à cette question car elle écorche sérieusement l’honorabilité et la crédibilité de l’ensemble des Inspecteurs de Côte-d’Ivoire. Ce combat est d’autant plus justifié que le code de déontologie dont nous nous sommes librement doté en 2007 a pour objectif de contribuer à la moralisation de notre corporation et de ce fait, condamne très fermement de telles pratiques déshonorantes pour elle. Le cas échéant, le Synaieppci devra collaborer étroitement avec la tutelle (Le Ministère de l’Education Nationale) afin de contribuer à assainir l’environnement des examens pédagogiques et faire en sorte que certaines valeurs nobles recommencent à signifier quelque chose dans nos rangs.

Au niveau des collaborateurs des IEP

Même si l’Inspecteur a "le dos large" et endosse toutes les responsabilités, il est bon de savoir que celui-ci est souvent victime de certains collaborateurs indélicats qui sont les vecteurs de ces pratiques honteuses. Il est donc impératif que certains agents du bureau, les Conseillers Pédagogiques et les Directeurs d'écoles (pas tous, heureusement) arrêtent de racketter les candidats dans le dos de l'Inspecteur, sous le prétexte que c'est à sa demande qu’ils agissent.

Au niveau des candidats

Quant aux candidats eux-mêmes, il est primordial qu’ils se mettent sérieusement au travail et arrêtent de harceler les IEP par des sommes d'argent ou "autres" qui ne leur sont pas toujours exigées.
Un remerciement ou une reconnaissance peut se manifester après l’examen en toute liberté, mais pas avant.

Au niveau de l’autorité de tutelle (Ministère de l’Education Nationale)
Le Ministère de l’Education Nationale devra inévitablement prendre des mesures coercitives adéquates et des sanctions exemplaires dans des cas de flagrance avérée.

Toutefois, afin d’avoir les coudées franches pour le faire, il est impératif que certaines actions soient menées dans le sens d’améliorer les conditions d’exécution de ces examens par les IEP. Il s’agit entre autres :

Au niveau de la DAAF
-Le carburant: il serait salutaire d’allouer des lignes objectives de carburant aux IEP du fait du caractère très itinérant de leur fonction (environ 70% de temps à passer sur le terrain et 30% au bureau). En effet, aussi surprenant que cela puisse paraître, l’amer constat fait pendant les conférences budgétaires en région révèle que les Inspections ont des lignes de carburant nettement inférieures à celles d’autres structures pourtant sédentaires, dont les champs d’action ne se limitent notoirement qu’à des espaces très réduits. Quand de surcroit le peu de carburant alloué n'est pas payé par le trésor pendant des années, cela n'équivaut-il pas à inviter les chefs de structure à "se débrouiller" comme ils le peuvent ?

-L’entretien et la réparation des véhicules: en jetant un coup d'œil sur cette ligne au niveau des budgets des inspections, l'on se rend compte que les dotations qui y sont inscrites suffisent à peine pour faire deux vidanges du véhicule 4x4 à la CFAO ou pour acheter quatre (04) pneus. Il est extrêmement impératif de prêter une bienveillante attention à cet aspect pour permettre aux IEP de courir moins de risques sur les pistes dont l’état de dégradation n’est plus à démontrer.

Au niveau de la DECO
-Le profil de recrutement: vivement que la DECO "sécurise" davantage le concours d’entrée dans les CAFOP afin d’éviter que l’on retrouve dans nos écoles, des stagiaires de 40 ans (et même plus !), avec des BEPC douteux et qui n’ont d’autre alternative que d’harceler les IEP avec de fortes sommes d’argent pour "acheter" leur admission.

-La question des indemnités d’examen: Il est souhaitable que des indemnités correctes et motivantes soient octroyées pour ces examens de CAP et de CEAP dont les conditions d’exécution sont des plus difficiles, des plus contraignantes et des plus risquées.
Imaginez un Inspecteur qui quitte son domicile à 5h du matin pour pouvoir arriver avant 8h dans une école après un parcourt de 40 à 50 km sur une piste très dégradée, passe environ 4h d’examen (pour une titularisation) ou 7 h (pour une intégration), passe souvent la nuit dans le village (dans les cas d’intégration qui ne s’achèvent pas tôt), pour une indemnité de…1.000F par candidat ! Quelle motivation faut-il attendre de cet IEP, alors que les indemnités pour les examens dans d’autres ordres d’enseignement (où les conditions sont pourtant moins contraignantes) sont établies à plus de 2.000 F et cela par heure et non par candidat ?
L’on n'irait pas jusqu'à suggérer des primes de risque pour ces examens bien que cela pourrait se justifier pleinement, mais que des indemnités conséquentes soient au moins allouées.

Au niveau de la DELC
Une tournée de sensibilisation et de mise en garde effectuée par la DELC dans tous les CAFOP en présence de tous les Inspecteurs de la zone concernée serait de nature à refroidir d’éventuelles velléités malsaines d’une part, et permettrait aux stagiaires de mieux préparer le terrain d’autre part.

En somme, depuis le sommet de la hiérarchie éducative jusqu’au candidat dans sa classe en passant par les différents niveaux de hiérarchisation, chaque acteur devra jouer correctement sa partition afin de contribuer à solutionner cette épineuse question des examens pratiques de titularisation et d’intégration.

Sans avoir la prétention d’avoir abordé le sujet de façon exhaustive et dans toute sa complexité, j’espère réussir (très modestement) à ébaucher les axes d’une réflexion qui, après enrichissements par d’autres intelligences, aboutira à assainir totalement l’environnement très controversé des examens pédagogiques du CAP et du CEAP dans l’enseignement primaire.

Si un tel pari était réussi, cela constituerait à n’en pas douter, un important pas franchi pour sauver l’image de l’Inspecteur. Ou du moins ce qui en reste encore !


TOURE YOUSSOUF
Inspecteur de l'Enseignement Préscolaire et Primaire
Chef de la Circonscription de Daloa-3

Tél: 32-78-20-33 / 02-67-02-76
e-mail: ieptoure@yahoo.fr

04:21 Écrit par TOURE YOUSSOUF | Commentaires (6) |  Facebook | |  Imprimer | |

mardi, 07 juin 2011

Plaidoyer pour une autonomisation de l'enseignement préscolaire et primaire

L’actualité brûlante, c’est la publication depuis quelques jours de la nouvelle équipe gouvernementale issue des élections présidentielles du 28 novembre 2011, avec 36 portefeuilles ministériels.

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Si la crise économique persistante a induit des équipes réduites depuis plusieurs années, la dernière mouture avec 36 postes sonne le retour des gouvernements plus étoffés. Cela ne signifie pas pour autant la fin de la récession budgétaire, loin s’en faut. Cette équipe "élargie" -malgré le contexte de crise- ne peut s’expliquer que par la volonté du nouveau pouvoir de définir pour les ministères, des contenus moins pléthoriques et plus précis, afin de mieux rapprocher l’administration des administrés et « toucher les problèmes de plus près », dans un souci d’efficacité.
Dans cette optique, les acteurs de l’enseignement préscolaire et primaire ne peuvent que lorgner sur l’une des choses qui leur tient le plus à cœur : l’autonomisation du secteur de l’éducation de base. Un ministère de l’Enseignement Préscolaire et Primaire ? Ce serait tant mieux. Mais à défaut, une Direction Centrale, pourquoi pas !

2138689-2979342.jpg?v=1289617726 Encore un ministère de plus ! », penseront certains. Certainement. Mais un ministère de trop, pas du tout !
En réalité, il faut appartenir au milieu de l’éducation de base (ou l’approcher) pour mieux appréhender la complexité de son fonctionnement. Sans avoir la prétention de le décrypter exhaustivement, il convient tout de même de donner un petit aperçu de la réalité qui sous-tend le vaste univers du préscolaire et du primaire.

• Le premier élément à retenir, c’est la taille de cette frange du système éducatif ivoirien qui fonctionne avec :
-environ 10.000 écoles (préscolaires et primaires confondues)
-plus de 50.000 enseignants
-186 Circonscriptions d'enseignement préscolaire et primaires
-près de 2.000.000 d’élèves
-des dizaines de milliers d’infrastructures (classes, logements, cantines, bureaux,...)
-etc.
Toutes ces données qui constituent des indicateurs objectifs de la représentativité de l’éducation de base dans notre système éducatif justifient aisément les nombreux et importants financements dont ce secteur fait l’objet de la part des bailleurs de fonds et organismes internationaux.

• Un autre élément important milite également en faveur de cette autonomisation: il s’agit de la complexité de la gestion et du fonctionnement de cet ordre d’enseignement.
En effet, les circonscriptions d’enseignement préscolaire et primaire (dirigées par des Inspecteurs) se déclinent en plusieurs Secteurs Pédagogiques (dirigés par des Conseillers pédagogiques), eux-mêmes se déclinant en écoles (dirigées par des Directeurs). La gestion des activités -pédagogiques, administratives et extrascolaires- est fortement influencée par ce système à hiérarchisation intermédiaires très prononcée, ce qui lui confère un caractère complexe et délicat, doublé d’une nature spécifique.
Quand en plus l’on sait que chaque Direction Régionale comprend généralement plusieurs Inspections d’une part, et que chaque Inspection renferme en moyenne 50 écoles dont les 2/3 se trouvent dans des villages souvent très éloignés et d’accès difficiles d’autre part, l’on imagine aisément que la gestion du préscolaire et du primaire ne peut être efficace si elle s’effectue dans un moule commun aux autres ordres d’enseignement, notamment le secondaire où les rapports hiérarchiques entre la tutelle -Cabinet, Directions centrales, DREN- et les établissements sont nettement moins alambiqués.

• Enfin, la réussite des grands chantiers du système éducatif ivoirien, dont le plus important reste la scolarisation à 100%, passe nécessairement par un enseignement de base solide et efficace, avec entre autres:
-une véritable politique de formation continue et de perfectionnement professionnel du personnel d’encadrement (IEP, Conseillers pédagogiques, Enseignants)
-l'instauration d'un mécanisme devant permettre de mieux crédibiliser les examens pédagogiques (CAP et CEAP)
-la nécessaire vulgarisation des écoles maternelles
-l'octroi d'une cantine à chaque école
-l’instauration d’une vraie politique d’autosuffisance en vivres au niveau des cantines scolaires
-l’assainissement réel de l’environnement scolaire
-une redynamisation adéquate et coordonnée des activités extrascolaires et socioéducatives
-la réussite pour tous les élèves (ou presque) pour coller à la réalité de la Formation par Compétences.
-etc.
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Je voudrais m’en tenir à ces quelques motivations parmi les nombreuses autres qu’on ne saurait évoquer de façon exhaustive dans un tel forum, au risque de lasser les lecteurs par la longueur des éléments justificatifs.

Ce qu’il est important de retenir, c’est que tous ces objectifs, aussi primordiaux les uns que les autres, ne peuvent être atteints si la gestion du secteur de l’enseignement préscolaire et primaire reste confinée dans sa configuration actuelle. C’est pourquoi, cette autonomisation souhaitée n'est en réalité qu'un nécessaire -pour ne pas dire indispensable- palier à franchir.

Evidemment, l’octroi d’un département ministériel (ministère plein ou ministère délégué) serait l’idéal. Mais à défaut et en attendant des lendemains meilleurs, cet ordre d’enseignement pourrait bien se contenter d’une Direction Centrale: la Direction de l’Enseignement Préscolaire et Primaire.

Raisonnablement, ce n’est pas trop demander car seulement à ce prix, l’on pourra espérer un enseignement de base performant et efficace, gage d’un système éducatif de qualité en Côte-d'Ivoire.


TOURE Youssouf
IEP Daloa-3
ieptoure@yahoo.fr

12:50 Écrit par TOURE YOUSSOUF | Commentaires (3) |  Facebook | |  Imprimer | |

vendredi, 17 septembre 2010

Barre d'admission en 6e, ce système si élitiste !


Depuis le jeudi 9 septembre 2010, les résultats des affectations en classe de 6e sont disponibles dans toutes les Inspections d'Enseignement Primaire et les Etablissements secondaires de Côte-d'Ivoire. Comme chaque année, beaucoup d'élèves ont (encore!) été laissés sur la touche et pour cause: il fallait avoir 110 points pour être admis en 6e sur 170 points possibles, soit une moyenne de 12,94 (environ 13) sur 20. Ainsi donc, alors que la chance devait être donnée à tous les élèves moyens de poursuivre leur scolarité sans embuches jusqu'en classe de 3e au moins, cette barre d'admission apparaît comme un goulot d'étranglement dans le continuum, rendant le système subitement élitiste en classe de CM2. Jusqu'à quand encore ?

En attendant une hypothétique réponse à cette interrogation, les Inspecteurs de l'Enseignement Préscolaire et Primaire (IEP) à travers leur syndicat ont fait connaître leur avis qui milite en faveur de la suppression pure et simple du concours d'entrée en 6e.

Bien-sûr, cette position peut paraître surprenante pour certaines personnes et susciter des interrogations à leur niveau. Mais je tiens à rassurer ces sceptiques car à y voir de près, la seule chose qui motive encore le maintien de cette pratique qui ne se justifie plus, c'est le manque de structures d'accueil au niveau de l’enseignement secondaire. Faut-il pour autant continuer chaque année de sacrifier de jeunes enfants innocents dont le seul tort est de ne pas réussir à se "hisser" parmi l'élite pour aller en 6e ?
Il faut donc songer à créer de nouvelles structures, tout simplement ! Mais où trouver les moyens pour construire autant de lycées et collèges ? A ceux qui se posent ces questions, l'on pourraient répondre également par ... des questions !

-Avions-nous prévu de gérer une guerre et ses effets collatéraux sur près d’une décennie ? Que non ! Pourtant, l’Etat mobilise bien des moyens depuis 2002 pour la gérer, parce que cette crise s’est imposée à nous comme une réalité implacable, donc comme une priorité.

-La récente vague des cinquantenaires en Afrique était-elle prévue et budgétisée des années à l’avance ? Bien-sûr que non ! Mais quand elle s’est imposée à l’Afrique comme une réalité doublée d’un phénomène de mode (devenant ainsi donc "une priorité"), les moyens - des milliards ! - ont bien été mobilisés par les pays concernés.

Les exemples de ce genre sont légion. Pourquoi donc évoque-t-on chaque fois l’alibi du manque de moyens quand il s’agit d’une question aussi importante que celle relative à l’avenir de notre nation, des milliers d’enfants (pourtant valables) jetés chaque année à la rue à partir du CM2, tout simplement parce que n’ayant pas pu obtenir 13 de moyenne pour aller en 6e, faute de places dans le secondaire ?

Ce que je tente de montrer, c’est que la question du manque de structures d’accueil, bien qu’étant une réalité ne constitue pas un blocage insurmontable. Il suffit tout juste d’en faire une priorité, et les moyens suivront. Tout est une question de planification. D’ailleurs, qui nous dit que l’Etat, pour une telle question d’intérêt hautement national et patriotique, ne trouvera pas un écho favorable auprès des bonnes volontés (Conseils Généraux, Mairies, Bailleurs internationaux, ONG, individus charitables, etc. ) ? En la matière, l’exemple du CONASFOR - Comité National de Soutien aux Forces de Réunification - est bien patent. Cette structure informelle, partie pourtant de rien n'a-t-elle pas réussi à mobiliser des fonds colossaux pour soutenir le processus de sortie de crise ?

Enfin, je voudrais demander un peu d'indulgence à tous ceux qui, depuis cette prise de position courageuse des Inspecteurs, émettent certaines réflexions souvent désobligeantes à leur endroit. Je signale à toutes fins utiles que les IEP n’ont émis qu’un avis de technicien bien justifié, qui ne lie pas cependant le décideur, l’Etat de Côte-d’Ivoire.

C'est une position d'autant plus justifiée qu'elle n'est que la suite logique de la politique éducative dans laquelle notre pays a elle-même délibérement choisi de s'inscrire, la Formation Par Compétences (FPC) dont l'objectif principal est de mener le maximum d'apprenants vers la réussite. Au lieu de pourfendre cet avis, il est donc plutôt impératif de chercher à le comprendre et à le soutenir afin que nos progénitures, de nombreux enfants pourtant méritants, ne continuent plus d’être éjectés prématurément du circuit scolaire au CM2, faute de structures d’accueil dans le secondaire.

TOURE Youssouf, IEP

06:13 Écrit par TOURE YOUSSOUF | Commentaires (9) |  Facebook | |  Imprimer | |

samedi, 11 septembre 2010

L'uniforme scolaire en question

Le quotidien Nord-Sud, dans sa parution du mercredi 8 septembre 2010 a donné la parole à deux spécialistes de l'éducation sur la question du retour au port obligatoire de l’uniforme scolaire. Il s'agit de messieurs Germain Zamblé Bi, SG du Syndicat National des Inspecteurs de l’Enseignement Préscolaire et Primaire de Côte d'Ivoire et Adama Wattara, psychopédagogue, formateur de formateurs à l’Institut pédagogique national de l'enseignement technique et professionnel (Ipnetp). Les deux spécialistes donnent leurs avis sur la question.


Germain Zamblé Bi, SG du Syndicat national des inspecteurs de l`enseignement préscolaire et primaire de Côte d`Ivoire relativise: “Au collège, l’uniforme peut éviter des excès”

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Etes-vous pour ou contre le retour au port obligatoire de la tenue scolaire ?

Nous pensons qu’il faut relativiser les choses. En ville, la tenue scolaire permet de distinguer les élèves des badauds. Dans les campagnes, il est bon de libéraliser. A Bondoukou ou à Odienné, des parents n’ont même pas un sou pour offrir des tenues scolaires à leurs enfants. Avec le port obligatoire, on renvoyait les enfants qui venaient en classe en tenue civile. Or, l’objectif est d’atteindre la scolarisation à 100%. Il faut démocratiser l’école et pour le faire, il faut annihiler tous les obstacles.

Au lieu de relativiser, pourquoi ne pas recadrer la politique de la libéralisation de la tenue en la subventionnant?

Si vous constatez, à Abidjan, la majorité des enfants est en tenue. Ceux qui peuvent la porter, le font. Mais il ne faut pas causer d’entraves à ceux qui ne le peuvent pas. C’est cela la philosophie qui sous-tend cette politique.

Quelle attitude avoir avec les élèves qui viennent en tenue civile indécente et qui brandissent la libéralisation comme alibi ?

Peut-être qu’au collège, on devrait exiger la tenue pour éviter les excès. On pourrait, par exemple, libéraliser au primaire et imposer la tenue au collège. Dans tous les cas, il faut relativiser. Et il faut aussi des balises.

Entretien réalisé par Nesmon De Laure
sources:quotidien Nord-Sud du 8 septembre 2010
illustration: www.synaieppci.org



Adama Wattara (Psychopédagogue) : “L’uniforme scolaire obéit à une quête de discipline”

Quels sont les objectifs de la tenue scolaire ?

Ce sont certainement les contraintes de la tenue scolaire qui amènent à opter pour la libéralisation. Le système scolaire n’est pas seulement un système de formation. Il est aussi un système d’éducation et, l’éducation a ses contraintes. A la banque, par exemple, le professionnel a une tenue de haute classe. Dans l’armée également, il y a des tenues. Quand il n’y a pas d’uniforme dans certains secteurs, il y a des insignes qui distinguent le personnel. Il y a une responsabilité qui est liée à la tenue. Dans d’autres sphères de la société, les gens n’en ont pas conscience, parce qu’on ne le leur a pas inculqué depuis l’enfance. Voilà pourquoi, il faut habituer les gens, depuis le bas âge, au port de l’uniforme. Et, l’école est un endroit par excellence pour le faire. Dans la tenue, il y a de la distinction. Elle a également un rôle de différenciation.

Peut-on donc affirmer que l’uniforme obéit a une quête de discipline ?

Justement. Celui qui porte l’uniforme ne peut se permettre n’importe quoi. Parce qu’il sait qu’on peut facilement le reconnaître en cas de bavure. Au Gabon, par exemple, des dispositions sont prises pour empêcher tout quidam d’entrer dans les services publics avec n’importe quelle tenue. Chez nous, les jeunes s’habillent de plus en plus mal. On crie au scandale parce qu’on a dépassé les limites. Il faut donc revenir au juste milieu. Des élèves portent des pantalons qui laissent voir les slips. Si, depuis le primaire, on leur enseigne que la tenue confère une responsabilité, ils ne peuvent pas se permettre de tels excès. La tenue oblige l’élève à la correction. Et, cela n’est possible que, si au niveau de l’Etat, on comprend que l’école n’est pas seulement un lieu d’acquisition de connaissance.

A Abidjan, comme dans certaines villes du pays, la libéralisation de l’uniforme scolaire a du mal à s’imposer. N’est-il pas temps de revenir carrément au port obligatoire de l’uniforme ?

Certains responsables d’établissements exigent la tenue. Et, de l’autre côté, il y a des dispositions légales de l’Etat qui autorisent la libéralisation. Vous constatez qu’il n’y a pas de cohérence. Cela dénote du désordre qui règne. Il faut partir du constat des acteurs de l’école pour faire des propositions à l’Etat afin que nos enfants puissent bien s’habiller. La majorité des Ivoiriens est soit musulmane ou chrétienne. Et, à l’église comme à la mosquée, il y a une tenue vestimentaire recommandée. Quand de jeunes élèves sont dans des tenues indécentes, il y aura de la tentation chez les profs. Et, c’est de là que découle le harcèlement sexuel. Il y a des tenues qui ont des risques et des inconvénients.

Est-ce à dire que la tenue vestimentaire de l’élève influence son rendement scolaire ?

Tout à fait. Voilà pourquoi il est important d’harmoniser les points de vue à partir du constat des chefs d’établissements. S’il doit y avoir différentes tenues d’une ville à une autre ou d’un établissement à un autre, cela devient une foire. Il faut uniformiser la tenue de sorte que les contraintes soient moindres surtout au niveau du coût.

Un parent d’élève propose la réduction du coût du tissu kaki. Est-ce dans ce sens que vous abondez ?

Avec notre politique salutaire de l’école gratuite, on pourrait y inscrire la gratuité de la tenue scolaire. A défaut, la tenue peut être subventionnée. Cela est important car il ne faut pas permettre aux enfants de porter n’importe quoi dans une même classe. D’ailleurs, on pourrait distinguer l’enfant du riche commerçant du quartier et celui du plus misérable. Une fois que les différences sociales se sentent dans la classe, c’est un danger. Le complexe, chez l’élève, peut influencer négativement son rendement et son évolution. La libéralisation a un objectif noble mais elle n’est pas toujours positive. Quand il y a des rafles, par exemple, les corps habillés sont beaucoup plus tolérants envers les élèves. Mieux, ils les protègent et les conduisent à la maison, en situation de crise. Dans les écoles confessionnelles, islamiques, on a commencé à instaurer l’uniforme. De même, l’enseignant doit être correct et présentable.

Est-ce à dire qu’il faut un uniforme aux enseignants ?

Certains enseignants ont du mal à porter une cravate. Or, il leur appartient d’être des modèles. D’autres s’habillent souvent en des chemises pagnes aux motifs agressifs. Ce n’est pas normal. L’Etat devrait aider les parents et les enseignants à avoir des tenues correctes. Il y a un objectif noble derrière le port de la tenue.

Nesmon De Laure
sources: quotidien Nord-Sud du 8 septembre 2010

20:02 Écrit par TOURE YOUSSOUF | Commentaires (4) |  Facebook | |  Imprimer | |