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mardi, 27 juin 2017

CEPE 2017: Baisse du taux national de réussite, quelle analyse ?

Par TOURE YOUSSOUF

Inspecteur de l’Enseignement Préscolaire et Primaire,

IEP ADJAME-1, Abidjan, Côte-d’Ivoire

 

Inscription-ligne-Resultats-CEPE-0006.jpgDepuis le samedi 17 juin 2017, les résultats à l'examen du CEPE session 2017 en Côte d'Ivoire sont connus. L'un des enseignements significatifs à retenir, c'est le bémol enregistré au niveau du pourcentage national de réussite. En effet, en constante progression ces dernières années, ce taux a chuté de 83,33 % l'année dernière à 80,98 %, soit une baisse de 2,35 points. Rapporté aux 473.306 postulants de la présente session, cela représente autour de 11.120 candidats qui manquent à l'appel de la réussite cette année, si le taux de réussite avait atteint la valeur de l'année dernière.

Banal incident de parcours ? Reculade pour notre système du primaire ? Les acteurs du terrain sont-ils en cause ? Bref, quelle analyse peut-on faire de cette situation ?

L’un des aspects évoqués, c’est l’augmentation du nombre de candidats qui se chiffrait à 447.419 à la session 2016 contre 473.306 cette année, soit une hausse de 25.887. Certes, plus il y a de candidats, plus il y a d’efforts d’encadrement à fournir. Cependant, ne serait-il pas réducteur d’expliquer la baisse du taux par ce facteur qui, bien entendu, peut tout aussi faire pencher la balance de l’autre côté, c’est-à-dire constituer un facteur de relèvement du taux de réussite ? Cherchons donc d’autres raisons objectives ailleurs…

Dans cette recherche, il est difficile de ne pas penser aux différentes crises traversées par l’école cette année, à savoir "la crise des cours du Mercredi" dès le mois de septembre 2016 et la grève des fonctionnaires durant le mois de janvier 2017 qui ont fortement affecté le fonctionnement des structures scolaires. Sans nier l’impact de ces différentes perturbations, il est cependant à noter qu’au sortir de ces crises, les enseignants, surtout les tenants de CM2, ont chaque fois redoublé d’effort afin de rattraper le temps perdu. En tant qu’acteur du terrain au niveau du primaire, je suis bien placé pour affirmer que le plus malheureux en cas de mauvais résultats au CEPE, c’est bien le "maître de CM2" qui est souvent plus affecté que les candidats malheureux eux-mêmes ou leurs parents. Par ailleurs, avec le réaménagement du calendrier scolaire par Madame le Ministre, les retards accusés ont été compensés dans une certaine mesure. De ce point de vue donc, même si l’impact des différentes crises n’est pas à écarter, il reste à mon sens très marginal. Encore une fois donc, il faut s’orienter ailleurs pour trouver (s’il en existe), les vrais raisons de cette situation, en dehors des difficultés habituelles liées aux infrastructures et à l’environnement.

Dans cette veine, et si l’on scrutait du côté de la… Direction des Examens et Concours (DECO) elle-même ? Et oui, et si certaines mesures prises par la DECO depuis l’année dernière commençaient à porter leurs fruits ?

En effet, depuis la session 2016, le traitement en ligne des notes du contrôle continu laisse moins de marges de manœuvres pour certaines manipulations auxquelles l’on assistait bien malheureusement en fin d’année autour des Moyennes Générales Annuelles (MGA). Mieux, la DECO est allée plus loin cette année en demandant non plus la saisie des moyennes des évaluations, mais des notes obtenues dans chaque discipline, le calcul se faisant alors de façon systématique par l’applicatif, ce qui a eu l’avantage de limiter de façon drastique les moyennes erronées qui n’avaient souvent aucun rapport avec les notes obtenues. Lors des délibérations cette année, certes ils n’ont pas encore totalement disparu, ces candidats incapables d’avoir 25 ou 30 points sur 170 possibles à l’écrit de l’examen, mais qui sont toujours sauvés in extremis par ces "fameux MGA" exorbitants de 18 ou 19 ou même 20/20 obtenus en classes. Des "petits magiciens" que nos coups de pouces irresponsables envoient inconsciemment à l'abattoir de l'exclusion dès la classe de sixième (6e). Toutefois, leur nombre a considérablement baissé, et nul doute que cela est dû à ces mesures prises par la DECO. Pour ma part, l'une des véritables raisons se situe à ce niveau (même si bien-sûr il peut en exister d'autres).

Faut-il donc se plaindre de la situation ? A priori, une baisse de rendement n’est jamais une bonne chose. Mais vue sous l’angle de la résultante d’un début d’assainissement de l’environnement de l’examen du CEPE, ce n’est finalement pas tant mauvais que cela. D'ailleurs, la DECO est à encourager et devra poursuivre dans le sens de la fiabilisation des résultats de l'examen du CEPE, surtout que le concours d'entrée en 6e n'existe plus. Dans cette veine, il serait souhaitable, entre autres :

-qu'au niveau de l'Applicatif de Gestion de la Carrière au Primaire (AGCP), les structures ne gardent pas la main pour la remontée en ligne des notes des compositions et examens blancs jusqu’en fin d’année, comme cela a pu être observé cette année.

-que le déroulement des deux examens blancs soit balisé et encadré, afin que toutes les circonscriptions d'enseignement préscolaires et primaire l’organisent conformément à l’esprit de l’examen de fin d’année. L’implication des Directeurs Régionaux serait alors sollicitée, le cas échéant.

Bien d’autres chantiers existent et la DECO ne devrait ménager aucun effort, même si cela doit concourir à faire baisser encore le taux de réussite. Tout en s’engageant à consolider les mesures concourant à crédibiliser davantage l’examen, si nous réussissons à faire remonter la courbe du taux de réussite, l'on pourra alors être rassuré à l’idée que ces élèves, appréciés à leur juste valeur ne seront pas des coquilles vides en classe de 6e et éjectés prématurément du circuit scolaire.

Et tous les acteurs devraient s’engager à accompagner la DECO dans cette démarche qualité relativement à l’examen du CEPE/ENTREE EN 6E.

Bon début de vacances scolaires à tous.

 

TOURE YOUSSOUF

Inspecteur de l'Enseignement Préscolaire et Primaire,

IEP Adjamé-1, Abidjan, Côte-d'Ivoire

ieptoure@yahoo.fr

06:38 Écrit par TOURE YOUSSOUF | Commentaires (18) |  Facebook | |  Imprimer | |

jeudi, 14 août 2014

Suppression confirmée du Concours d'Entrée en 6e : SANS TAMBOUR NI TROMPETTE !

Par TOURE YOUSSOUF Inspecteur de l'Enseignement Préscolaire et Primaire IEP Adjamé-1, Abidjan, Côte d'Ivoire • • • Le lundi 11 août 2014, les résultats de l'Affectation en Sixième (6e) en Côte d'Ivoire ont été mis à la disposition des Chefs de Circonscription et publiés le lendemain dans toutes les Inspections d'Enseignement Préscolaire et Primaire du pays.

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Alors qu'ils étaient attendus le 16 août selon le calendrier officiel initialement publié par le Ministère de l'Education Nationale et de l'Enseignement Technique, ces résultats sont arrivés avec une longueur d'avance, surprenant plus d'un, même parmi les Chefs de structures concernés. A ce niveau donc, les pendules sont à l'heure (et même en avance ! ) , ce qui constitue un bond qualitatif à apprécier à sa juste valeur et à mettre à l'actif de Madame La Ministre et de l'ensemble de ses collaborateurs en charge de ce dossier. Cette année au moins, les élèves de sixième n'accuseront pas de retard dans le démarrage des cours prévu dans un mois, le 15 septembre 2014. Au-delà de la célérité dans le traitement des données, l'autre aspect passé inaperçu et qui mérite pourtant d'être mis en évidence, c'est la confirmation de la suppression du concours d'Entrée en 6e qui sacrifiait chaque années de nombreux élèves pourtant méritants, avec une barre d'admission qui atteignait par moment jusqu'à 115 points, soit 13,5 / 20 de moyenne. Ce processus, bien que déjà engagé depuis l'année dernière, laissait beaucoup de parents dubitatifs, se demandant s'il s'agissait de "poudre aux yeux" (selon l'expression populaire ) ou d'une action qui s'inscrirait dans la durée. "Trop beau pour être vrai, attendons l'année prochaine pour voir " se disaient les uns, " Aura-t-elle de la place pour tous ces enfants chaque année ? ", se demandaient les autres. images (5).jpgDepuis le lundi 11 août, Madame La Ministre a mis fin à toutes les interrogations et avec la manière, "sans tambour ni trompette": pas de battage médiatique particulier sur la barre è 85 points (soit 10 / 20 de myenne) retenu encore cette année, donnant accès systématique au collège à tous les admis au CEPE comme l'année dernière. L'événementiel que cette proclamation constituait par le passé est devenu presque l'ordre normal des choses cette année, comme pour signifier au niveau de la tutelle du Ministère que la question n'est plus d'actualité et qu'il faut passer à autre chose.

La suite ! La suite justement, elle se conjugue en un ensemble de chantiers déjà entamés pour certains et à initier pour d'autres. A titre indicatif, l'on peut citer :

-La poursuite du vaste chantier de construction de nouvelles infrastructures scolaires et de réhabilitation de l'existant, avec une proportion accrue de collèges de proximité. A ce niveau d'ailleurs, les collectivités locales devraient s'activer davantage aux cotés de l'Etat qui est déjà sur une bonne lancée.

-La poursuite également de l'assainissement de l'environnement des examens scolaires par une lutte davantage accentuée contre la fraude à tous les niveaux, avec des caractéristiques multiformes:

• Un combat acharné contre la tricherie pendant les examens proprement dits, mais également pendant les phases préparatoires en amont puisque le contrôle continu en classe compte pour une certaine proportion à l'examen final.

• Une lutte sans merci contre les pratiques malsaines d'élèves tricheurs durant les épreuves, mais aussi et surtout contre les adultes (enseignants, encadreurs ou parents) qui mettent leurs neurones et leurs énergies à contribution pour asseoir des réseaux de fraude, de véritables "mafias des examens".

• Un combat avec certes à la tête Madame La Ministre, l'Inspection Générale et la DECO, mais dont les vrais combattants devront être les hommes du terrain, depuis les Chefs de structure jusqu'aux enseignants en passant par le personnel administratif et d'encadrement. En somme, des acteurs engagés et au dessus de tout soupçon dans "l'intérêt supérieur" des élèves.

Bref, tout le monde doit se sentir concerné et accompagner la construction de cet idéal, celui d'une école ivoirienne crédible où les vertus cardinales de mérite, d'excellence, de goût de l'effort, etc. redeviendront définitivement les seules valeurs qui régissent son fonctionnement. A cette condition seulement, l'action de Madame la Ministre (barre d'admission à 85 points) prendra tout son sens. Et l'on assistera à moins d'incohérences comme par le passé, où des enfants pourtant admis avec des notes impressionnantes (130 points et plus, donc supposés très brillants) sont incapables de franchir la classe de sixième (6e) ou de cinquième (5e), éjectés ainsi prématurément du système pour avoir été surévalués frauduleusement au CM2.

Après deux années consécutives de barre d'admission à 85 points, peut-on croire en une suppression définitive du Concours d'Entrée en sixième ? Oui certainement, tant que la Ministre KANDIA sera aux affaires, car les parents comprendraient difficilement un retour en arrière avec la ré-instauration du goulet d'étranglement que constitue une barre d'admission supérieure à 85 points. De ce point de vue donc, les candidats et leurs parents peuvent dormir tranquille, jusqu'à l'émergence de l'école ivoirienne en 2020, au moins !

TOURE YOUSSOUF

Inspecteur de l'Enseignement Préscolaire et Primaire

IEP Adjamé-1, Abidjan, Côte-d'Ivoire ieptoure@yahoo.fr

09:47 Écrit par TOURE YOUSSOUF | Commentaires (5) |  Facebook | |  Imprimer | |

vendredi, 18 juillet 2014

CEPE, BEPC, BAC : Quand les "pourcentages" nous hantent !

Par TOURE YOUSSOUF Inspecteur de l'Enseignement Préscolaire et Primaire IEP Adjamé-1, Abidjan, Côte d'Ivoire • • •

Ce vendredi 18 juillet 2014 ont été proclamés les résultats du Baccalauréat 2014 en Côte d'Ivoire. Tout comme pour les autres examens à grand tirage (Cepe, Bepc), cela marquait la fin d’interminables jours d’attente où l’anxiété et l’angoisse sont les sentiments dominants chez les candidats et leurs parents, mais aussi et surtout chez les responsables des structures scolaires qui sont également au même niveau de pression, voire même plus que les élèves.

Être soucieux pour ses résultats de fin d'année, quoi de plus normal pour un Chef de service consciencieux, ayant à cœur d'améliorer chaque année les performances de sa structure. Mais bien souvent, "la peur et la hantise" prennent malheureusement le pas sur ce "souci légitime" d'amélioration évoqué ci-dessus.

La raison ? Les incontournables questions après les résultats, auxquelles il faut pouvoir répondre "la tête haute":

-Quel est votre pourcentage ? Quel est votre rang au niveau de la Direction Régionale ?

-Quel est le pourcentage global de votre Direction Régionale ? Quel est son rang au plan national ? etc.

Ainsi donc, le pourcentage et le rang "volent la vedette" à tout le travail abattu, même quand il y a des progrès significatifs. Votre taux de réussite s'est nettement amélioré par rapport à l'année précédente ? Peu importe, vous êtes "le dernier de la classe", c'est ce que l'on retient tout simplement. Convocations, interpellations verbales ou écrites sont autant de facteurs qui rendent ces examens fortement anxiogènes, une période de l’année où l’hypertension fait rage parmi les Proviseurs, Inspecteurs de l’Enseignement Primaire et Directeurs de Cafop (à un degré moindre).

Alors, question : un pourcentage en dessous des attentes consacre-il systématiquement l'échec total de la gestion du Chef de structure ? Chacun peut avoir son opinion sur la question. Ce qui est à craindre dans ce schéma à forte pression, c’est le possible relâchement au niveau de la vigilance et de la rigueur dans la gestion des examens (calcul des MGA, surveillance, etc.). Un "raccourci" que pourraient emprunter certains responsables acculés chaque année, s'ils pensent que cela peut leur permettre d'avoir une longueur d'avance dans la course aux pourcentages, les mettant ainsi à l'abri des réprimandes et des commentaires désobligeants.

Bien évidemment, cela constituerait une grande reculade pour la qualité de notre système qui se satisferait alors de taux de réussite "très honorables", basés malheureusement sur des résultats peu crédibles. Heureusement que tout cela n’est encore qu’au conditionnel. Mais à force de tirer sur la corde !… D'ailleurs, l’actualité brûlante de faux pourcentages et de résultats annulés au Bepc dans plusieurs localités la semaine dernière n'est-il pas un indicateur à prendre au sérieux ? (cliquer sur ce lien pour en savoir plus sur les résultats annulés au Bepc).

C'est pourquoi, il est primordial que la pression se situe plutôt en amont, comme c’est déjà le cas avec les fréquentes visites inopinées de l’Inspection Générale sur le terrain.

Au niveau des Autorités Hiérarchiques, si les différentes missions de contrôle et de suivi durant toute l’année scolaire permettent de s’assurer :

-que chaque structure s’est dotée effectivement d’une matrice d’actions avec un contenu pertinent prenant en compte les différents leviers définis par la tutelle pour la réussite du maximum d'élèves,

-que la mise en œuvre de cette matrice a été effective selon le chronogramme d'exécution établi,

-que l'encadrement pédagogique quotidien et le perfectionnement professionnel des enseignants ont été correctement assurés par le Chef de structure et l'ensemble du personnel d'encadrement,

-que les évaluations périodiques, aussi bien celles programmées par la DELC que celles initiées en interne ont été correctement effectuées selon les formats en vigueur,

-qu’un contrôle strict a été effectué au niveau des agents dans l’exécution des programmes d’enseignement,

en somme, si le responsable de structure a mis en œuvre des stratégies adéquates pour faire appliquer toutes les instructions officielles, les résultats ne seraient alors tributaires que d’autres facteurs d’ordre structurel, environnemental ou liés à la capacité des élèves à restituer ce qui leur a été enseigné. Frustrant dans ces conditions de se voir pointer du doigt malgré tous les efforts consentis !

A l’endroit Chefs de structures, le discours est simple et au style direct (car j’en fais partie):

« Ayons le triomphe modeste vis-à-vis des autres collègues dont le taux de réussite est inférieur au nôtre. Sans remettre en cause le bien-fondé de la saine émulation, ne perdons pas de vue cependant qu’ils ne bénéficient peut-être pas de certaines conditions favorables dont nous avons la chance de bénéficier, par le simple hasard des mutations :

-Alors que nous n’avons que 40 ou 50 élèves correctement assis dans nos classes, eux doivent peut-être faire des miracles avec 90 ou 100 élèves assis à 3 ou 4 par table-banc ;

-Alors que nous n’avons aucun déficit d’enseignants titulaires, eux doivent peut-être composer avec des bénévoles non qualifiés, à la charge des Coges et même souvent irrégulièrement rémunérés ;

-Alors que nous avons l’avantage d’avoir nos écoles dans un environnement favorable, eux doivent peut-être mener un combat contre d’énormes nuisances environnementales de toutes sortes ;

-Alors que nos élèves n’ont pas de difficultés d’accès à leurs écoles respectives, les leurs doivent accuser chaque jour des retards après avoir parcouru des kilomètres en provenance des villages et campements environnants, et rentrer très tard la nuit après le même parcours ;

-Alors que nos établissements sont facilement accessibles pour l’encadrement quotidien des enseignants, eux doivent peut-être parcourir des zones très vastes pour accéder à leurs écoles très éloignées et effectuer leur travail d’encadrement (dans le primaire);

-Alors que nous avons la chance de disposer d'un véhicule de fonction confortable et climatisé, eux doivent peut-être effectuer des gymnastiques très risquées chaque jour à bord de véhicules de transport en commun ou à moto pour accéder certaines zones difficiles;

-Alors que notre zone d'exercice nous offre des parents d’élèves intellectuels qui prennent toutes les dispositions pour assurer l’encadrement des enfants en dehors de l’école, peut-être que leurs élèves sont "des laissés pour comptes" une fois partis de l’école…

Bref, les exemples existent à profusion et au bout du compte, atteindre 50 ou 60 % dans certaines conditions peut même nécessiter plus d’effort de la part des encadreurs que 80 % dans d’autres conditions nettement plus favorables. Ayons donc le triomphe modeste… »

Au personnel enseignant et d’encadrement N’attendons pas la fin de l’année pour nous soucier des pourcentages. Construisons-les plutôt progressivement tout le long de l’année :

-en étant corrects et rigoureux dans le travail, -en respectant le quantum horaire avec une bonne assiduité et ponctualité,

-en étant ouverts aux innovations pédagogiques, -en évaluant rigoureusement et très fréquemment les élèves,

-en faisant en sorte que leur réussite ne passe pas nécessairement par l’inscription aux cours de renforcement…

En définitive, s'il était possible d'établir des statistiques ressortant la traçabilité de la scolarité des élèves par entités, l'on se surprendrait souvent à constater qu'un 60% au CEPE dont tous les admis en 6e atteignent la classe de 3e est un bien meilleur résultat qu'un 90% dont la moitié est rejetée du système avant la fin du premier cycle secondaire. Un 60% qui ne serait apprécié à sa juste valeur que seulement quatre ans après !

Comme l'a souligné l'Inspecteur Général Coordonnateur (Ibrahima KOUROUMA) dans une interview relative aux récentes fraudes au BEPC, « la Ministre KANDIA Camara veut des bons résultats mais pas à n’importe quel prix ». C'est pourquoi, dans l’intérêt de notre système éducatif, tout en félicitant les plus méritants, il serait souhaitable d’éviter de mettre systématiquement « les autres » dos au mur, surtout quand ils ont accompli tous les efforts nécessaires. Cela ne ferait qu’augmenter les velléités de tricherie, non pas par vocation pour certains, mais juste pour "sauver la tête et la face".

En d’autres termes, si le souci légitime doit animer constamment tous les Responsables de structure d’œuvrer à améliorer ses résultats, "la course aux pourcentages et aux rangs honorables" ne doit pas prendre le dessus sur la motivation de chacun à garder le cap de la rigueur, de l'excellence et de l'assainissement de l'environnement des examens, gages de résultats crédibles avec des acteurs au dessus de tout soupçon, conformément au souhait de Madame La Ministre. Et cela passe par l'encouragement et la mise en confiance des uns et des autres, même quand le pourcentage est jugé "peu honorable".

Bonne fin d’année scolaire à tous.

TOURE YOUSSOUF Inspecteur de l'Enseignement Préscolaire et Primaire IEP Adjamé-1, Abidjan, Côte-d'Ivoire ieptoure@yahoo.fr

04:24 Écrit par TOURE YOUSSOUF | Commentaires (20) |  Facebook | |  Imprimer | |

jeudi, 06 septembre 2012

Entrée en 6e: Vers la fin d'un système trop élitiste

Il y a environ deux ans (précisément le vendredi 17 septembre 2010), le FORUM DE IEP TOURE publiait un article intitulé: Barre d'admission en 6e: A quand la fin de ce système si élitiste ?
Si en son temps la question pouvait apparaître comme un vague vœu pieux, depuis l'année 2011, elle a commencé à trouver un début de réponse avec la baisse de la barre d'admission à 100 points.
Cette initiative louable de Madame le Ministre de l'Education Nationale (photo ci-dessous) sur la voie de la suppression progressive du concours d'Entrée en 6e est à saluer et à encourager. C'est pourquoi, à quelques jours de l'annonce de la barre fatidique pour cette année, il paraît opportun de remettre cet article au goût du jour.

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Pour mémoire, chaque année et cela pendant des décennies, c’était toujours le même scénario, le même spectacle de désolation après la publication des résultats de l'affectation en sixième : de nombreux enfants, pourtant méritants, inconsolables car laissés sur la touche et pour cause: il fallait avoir 110 points (et même souvent plus) sur 170 points possibles pour être admis en 6e, soit une moyenne d'environ 13 sur 20. Ainsi donc, alors que la chance devrait être accordée à tout élève d'un niveau moyen de poursuivre sa scolarité sans entrave au moins jusqu'en classe de troisième (3e), cette barre d'admission est toujours apparue comme un goulot d'étranglement dans le continuum, rendant le système subitement élitiste en classe de CM2.

A y voir de près, la seule chose qui motivait encore le maintien de cette pratique qui ne se justifie plus, c'est le manque de structures d'accueil au niveau de l’enseignement secondaire. Fallait-il pour autant continuer chaque année à sacrifier de jeunes enfants innocents dont le seul tort est de ne pas réussir à se "hisser" parmi l'élite pour aller en sixième ?
L’alibi classique pour justifier cette situation a toujours été le même: "il n'y a pas de moyens pour construire de nouvelles écoles ou salles de classe".
Sans balayer du revers de la main cette réalité liée au contexte économique et financier difficile du pays depuis quelques décennies, il faut reconnaitre cependant que plus qu’une question de moyens, il s’agit davantage d’une volonté de vouloir en faire un axe prioritaire .
Oui, faire de la question une priorité, voilà le véritable élément moteur. Jugez-en vous-même :

-Avions-nous prévu de gérer une guerre et ses effets collatéraux sur près d’une décennie ? Que non ! Pourtant, l’Etat a bel et bien mobilisé des moyens depuis 2002 pour la gérer, parce que cette crise s’est imposée à nous comme une réalité implacable, donc comme une priorité.

-La vague des cinquantenaires en Afrique il y a quelques années était-elle prévue et budgétisée à l’avance ? Bien-sûr que non ! Mais quand elle s’est imposée à l’Afrique comme une réalité doublée d’un phénomène de mode et devenant ainsi donc "une priorité des Africains", les moyens -des milliards !- ont bien été mobilisés par les pays concernés.

Les exemples de ce genre sont légion. C’est pourquoi, l’alibi du manque de moyens ne saurait prévaloir quand il s’agit d’une question aussi importante que celle relative à l’avenir de la nation, des milliers d’enfants (pourtant valables) jetés chaque année à la rue à partir du CM2, tout simplement parce que n’ayant pas pu obtenir 13 de moyenne pour aller en 6e, faute de places dans le secondaire.

Les nouvelles autorités de l'Education Nationale l’ont si bien compris qu’en peu de temps, un pas de géant a été franchi dans ce sens, occasionnant la baisse de la barre d’admission à 100 points l’année dernière.

Pour cette année 2012, en plus des sérieux efforts déjà consentis,
-si les nombreuses réhabilitations entamées dans les structures scolaires déjà existantes se poursuivent,
-si les nouveaux collèges annoncés par Madame le ministre sont livrés dans les délais -et nul doute qu'il en sera ainsi-,
-si tous ces efforts au niveau des structures publiques sont judicieusement conjugués avec les capacités d’accueil des établissements privés crédibles,
il ne fait l’ombre d’aucun doute qu’un palier supplémentaire sera encore franchi cette année sur la voie de la disparition de cet obstacle qui brise malheureusement -et bien inutilement- le rêve de nombreux enfants méritants.
Cette suppression du concours d’entrée en 6e n’est d’ailleurs qu’une suite toute logique de la politique éducative dont la Côte d’Ivoire s’est délibérément dotée, la Formation Par Compétences (FPC) dont l'objectif principal est de mener le maximum d'apprenants vers la réussite.

Pourra-t-on arriver cette année à la suppression totale en admettant en sixième, tous les enfants admis au CEPE, soit 85 points ? Ce serait l'idéal, tout simplement.
Mais à défaut, une barre entre 90 et 95 points serait déjà un énorme soulagement, en attendant la suppression totale dans un délai que tous les parents d'élève souhaitent le plus bref possible afin que leurs progénitures, de nombreux enfants pourtant valeureux, ne continuent plus d’être éjectés prématurément du circuit scolaire au CM2 comme pendant les décennies antérieures, faute de structures d’accueil dans le secondaire.

TOURE YOUSSOUF
Inspecteur de l'Enseignement Préscolaire et Primaire
IEP Adjamé-1, Abidjan, Côte d'Ivoire
ieptoure@yahoo.fr

17:05 Écrit par TOURE YOUSSOUF | Commentaires (4) |  Facebook | |  Imprimer | |