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mardi, 27 juin 2017

CEPE 2017: Baisse du taux national de réussite, quelle analyse ?

Par TOURE YOUSSOUF

Inspecteur de l’Enseignement Préscolaire et Primaire,

IEP ADJAME-1, Abidjan, Côte-d’Ivoire

 

Inscription-ligne-Resultats-CEPE-0006.jpgDepuis le samedi 17 juin 2017, les résultats à l'examen du CEPE session 2017 en Côte d'Ivoire sont connus. L'un des enseignements significatifs à retenir, c'est le bémol enregistré au niveau du pourcentage national de réussite. En effet, en constante progression ces dernières années, ce taux a chuté de 83,33 % l'année dernière à 80,98 %, soit une baisse de 2,35 points. Rapporté aux 473.306 postulants de la présente session, cela représente autour de 11.120 candidats qui manquent à l'appel de la réussite cette année, si le taux de réussite avait atteint la valeur de l'année dernière.

Banal incident de parcours ? Reculade pour notre système du primaire ? Les acteurs du terrain sont-ils en cause ? Bref, quelle analyse peut-on faire de cette situation ?

L’un des aspects évoqués, c’est l’augmentation du nombre de candidats qui se chiffrait à 447.419 à la session 2016 contre 473.306 cette année, soit une hausse de 25.887. Certes, plus il y a de candidats, plus il y a d’efforts d’encadrement à fournir. Cependant, ne serait-il pas réducteur d’expliquer la baisse du taux par ce facteur qui, bien entendu, peut tout aussi faire pencher la balance de l’autre côté, c’est-à-dire constituer un facteur de relèvement du taux de réussite ? Cherchons donc d’autres raisons objectives ailleurs…

Dans cette recherche, il est difficile de ne pas penser aux différentes crises traversées par l’école cette année, à savoir "la crise des cours du Mercredi" dès le mois de septembre 2016 et la grève des fonctionnaires durant le mois de janvier 2017 qui ont fortement affecté le fonctionnement des structures scolaires. Sans nier l’impact de ces différentes perturbations, il est cependant à noter qu’au sortir de ces crises, les enseignants, surtout les tenants de CM2, ont chaque fois redoublé d’effort afin de rattraper le temps perdu. En tant qu’acteur du terrain au niveau du primaire, je suis bien placé pour affirmer que le plus malheureux en cas de mauvais résultats au CEPE, c’est bien le "maître de CM2" qui est souvent plus affecté que les candidats malheureux eux-mêmes ou leurs parents. Par ailleurs, avec le réaménagement du calendrier scolaire par Madame le Ministre, les retards accusés ont été compensés dans une certaine mesure. De ce point de vue donc, même si l’impact des différentes crises n’est pas à écarter, il reste à mon sens très marginal. Encore une fois donc, il faut s’orienter ailleurs pour trouver (s’il en existe), les vrais raisons de cette situation, en dehors des difficultés habituelles liées aux infrastructures et à l’environnement.

Dans cette veine, et si l’on scrutait du côté de la… Direction des Examens et Concours (DECO) elle-même ? Et oui, et si certaines mesures prises par la DECO depuis l’année dernière commençaient à porter leurs fruits ?

En effet, depuis la session 2016, le traitement en ligne des notes du contrôle continu laisse moins de marges de manœuvres pour certaines manipulations auxquelles l’on assistait bien malheureusement en fin d’année autour des Moyennes Générales Annuelles (MGA). Mieux, la DECO est allée plus loin cette année en demandant non plus la saisie des moyennes des évaluations, mais des notes obtenues dans chaque discipline, le calcul se faisant alors de façon systématique par l’applicatif, ce qui a eu l’avantage de limiter de façon drastique les moyennes erronées qui n’avaient souvent aucun rapport avec les notes obtenues. Lors des délibérations cette année, certes ils n’ont pas encore totalement disparu, ces candidats incapables d’avoir 25 ou 30 points sur 170 possibles à l’écrit de l’examen, mais qui sont toujours sauvés in extremis par ces "fameux MGA" exorbitants de 18 ou 19 ou même 20/20 obtenus en classes. Des "petits magiciens" que nos coups de pouces irresponsables envoient inconsciemment à l'abattoir de l'exclusion dès la classe de sixième (6e). Toutefois, leur nombre a considérablement baissé, et nul doute que cela est dû à ces mesures prises par la DECO. Pour ma part, l'une des véritables raisons se situe à ce niveau (même si bien-sûr il peut en exister d'autres).

Faut-il donc se plaindre de la situation ? A priori, une baisse de rendement n’est jamais une bonne chose. Mais vue sous l’angle de la résultante d’un début d’assainissement de l’environnement de l’examen du CEPE, ce n’est finalement pas tant mauvais que cela. D'ailleurs, la DECO est à encourager et devra poursuivre dans le sens de la fiabilisation des résultats de l'examen du CEPE, surtout que le concours d'entrée en 6e n'existe plus. Dans cette veine, il serait souhaitable, entre autres :

-qu'au niveau de l'Applicatif de Gestion de la Carrière au Primaire (AGCP), les structures ne gardent pas la main pour la remontée en ligne des notes des compositions et examens blancs jusqu’en fin d’année, comme cela a pu être observé cette année.

-que le déroulement des deux examens blancs soit balisé et encadré, afin que toutes les circonscriptions d'enseignement préscolaires et primaire l’organisent conformément à l’esprit de l’examen de fin d’année. L’implication des Directeurs Régionaux serait alors sollicitée, le cas échéant.

Bien d’autres chantiers existent et la DECO ne devrait ménager aucun effort, même si cela doit concourir à faire baisser encore le taux de réussite. Tout en s’engageant à consolider les mesures concourant à crédibiliser davantage l’examen, si nous réussissons à faire remonter la courbe du taux de réussite, l'on pourra alors être rassuré à l’idée que ces élèves, appréciés à leur juste valeur ne seront pas des coquilles vides en classe de 6e et éjectés prématurément du circuit scolaire.

Et tous les acteurs devraient s’engager à accompagner la DECO dans cette démarche qualité relativement à l’examen du CEPE/ENTREE EN 6E.

Bon début de vacances scolaires à tous.

 

TOURE YOUSSOUF

Inspecteur de l'Enseignement Préscolaire et Primaire,

IEP Adjamé-1, Abidjan, Côte-d'Ivoire

ieptoure@yahoo.fr

06:38 Écrit par TOURE YOUSSOUF | Commentaires (18) |  Facebook | |  Imprimer | |

dimanche, 18 janvier 2015

LE MOUTON EN PEDAGOGIE

 

Par TOURE YOUSSOUF

Inspecteur de l'Enseignement Préscolaire et Primaire

IEP Adjamé-1, Abidjan, Côte-d'Ivoire

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Il est de notoriété publique que le mouton est un animal domestique docile à souhait et très naïf, au point d’inspirer certaines injures courantes : « bête comme un mouton », entend-t-on dire par moment dans le langage familier.

En pédagogie, il intervient souvent comme élément d’illustration dans les manuels scolaires, ou comme matériel de concrétisation lors d’une séquence d’enseignement/apprentissage en classe. Tant qu’il reste dans l’un de ces rôles, le mouton demeure le bienvenu dans "les affaires de l’école".

Là où sa présence devient problématique, c’est lorsqu’il s’invite dans l’arène des examens pédagogiques, volant la vedette à tous les acteurs de cette activité avec le qualificatif très révélateur de "mouton pédagogique". Que cherche-t-il ce mouton -si ce n’est un cabri dans certaines zones-, dodu et cornu, attaché dans la cour de l’école justement le jour de l’examen de titularisation (ou d’intégration), dans une position telle qu’il soit bien visible par l’Inspecteur dès son entrée dans l’enceinte de l’établissement ? Certainement pas le fruit du hasard ! 

Allant même au-delà de sa simple présence physique, le "mouton pédagogique" semble de plus en plus désigner toutes les pratiques mafieuses autour de ces examens, au su ou à l'insu de l'Inspecteur, Chef de la circonscription et président du jury. Ainsi donc, si vous entendez parler de 60, 80 ou 100.000 francs comme prix du mouton pédagogique, il ne s'agit ni plus ni moins que de la somme d'argent supposée exigée de chaque candidat en contre-partie de son admission à l'examen de titularisation ou d'intégration.

 
-Bonne vieille pratique que l’on cherche à perpétuer ?
-Exigence de l’Inspecteur de l’Enseignement Primaire, président du jury ?
-Pratiques de certains collaborateurs indélicats dans le dos de l’Inspecteur ?
-Initiatives propres des candidats pour s’attirer les faveurs du Président du jury ?
  
Répondre de façon tranchée à ces interrogations induirait indubitablement des erreurs d’appréciation, étant entendu que la situation peut varier d’une inspection à une autre. Si ce n’est pas le Directeur d’école qui prend les devants, c’est le Conseiller d'Inspection ou de Secteur qui s’en charge, quelque fois dans le dos de l’Inspecteur mais bien malheureusement, souvent sur instruction de celui-ci.

Si l’entendement populaire s’accommodait dans un passé bien lointain à l’idée que le "mouton pédagogique" fasse partie de l’environnement des examens comme symbole de l’hospitalité de l’école d’accueil (ou même du village entier), le contexte est bien différent aujourd'hui avec un scénario qui s’apparente beaucoup plus à de la concussion et du racket. C’est pourquoi, il paraît plutôt opportun de faire des propositions afin que cette pratique tant controversée disparaisse assez rapidement avec l’implication de tous.

· L’Inspecteur : la clé du changement

Dans la perspective du changement souhaité, l’Inspecteur de l'Enseignement Primaire constitue véritablement le personnage clé. En effet, autant il est le plus ciblé par les accusations et critiques, autant il devra prendre les devants pour se mettre totalement au-dessus de tout soupçon. Ainsi donc, si les preuves sont effectivement établies de certaines pratiques indélicates de notre part -et cela semble être effectivement le cas bien malheureusement-, nous devons nous ressaisir immédiatement et les corriger en posant des actes concrets, entre autres :

-Arrêter d’exiger des compensations aux villageois avant de mettre les stagiaires à la disposition de leurs écoles qui en ont pourtant le plus grand besoin ;

-Tenir la réunion de prise de contact avec les stagiaires en présence de leurs Directeurs, du Conseiller d’Inspection, des Conseillers de secteurs et des chargés d’examen de l’IEP ;

-A cette occasion, mettre publiquement en garde les collaborateurs qui s’adonneraient à du racket à l’endroit des candidats d’une part, et les candidats qui tenteraient "d’acheter" leur examen par des pratiques de corruption en proposant des choses qu’on ne leur aurait pas demandé, d’autre part ;

-Présider effectivement les jurys des examens et proclamer les résultats séance tenante en toute objectivité ;

 Si l’Inspecteur adopte une telle attitude de rigueur et de fermeté sans prêter le flanc à autre chose, il serait surprenant qu’un quelconque collaborateur prenne le risque de ramer à contre-courant.

· Les candidats : victimes en général, mais...

En ce qui concerne les candidats, s’ils sont en général victimes de la situation, il est important néanmoins de leur rappeler qu'il faut :

-Se mettre au travail pour bien préparer l’examen et mériter l’admission ;

-Eviter le raccourci de la facilité par des tentatives de corruption, au risque de se voir recalé si cela est découvert par le Président du jury ;

-Arrêter de profiter de la situation car aussi surprenant que cela puisse paraître, certains parmi eux, sous le prétexte qu’on leur exige une somme d’argent, profiteraient pour demander le même montant à trois ou quatre parents différents et si tous s’exécutent, empocheraient eux-mêmes la différence. "Qui est fou" pour ne pas profiter de la situation ? 

· Le Ministère : miser sur l'anticipation

Comme le FORUM DE IEP TOURE le recommandait déjà depuis août 2011 à travers un article intitulé "L'EPINEUSE QUESTION DES EXAMENS PEDAGOGIQUES DANS L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE", il est primordial pour la hiérarchie du Ministère de l'Education Nationale et de l'Enseignement Technique de s’attaquer au problème en amont, en misant sur l'anticipation. Pour ce faire, certaines actions sont à mener, entre autres :

-Au niveau de la DELC : pendant la formation des stagiaires dans les Cafop, il serait souhaitable que la Direction des Ecoles, Lycées et Collèges initie des tournées pour aborder ouvertement la question avec eux afin de les rassurer et les préparer au mieux à affronter les pressions sur le terrain.

-Au niveau de l'Inspection Générale : dès l'affectation des stagiaires dans les Directions Régionales, l’Inspection Générale devrait diligenter des missions dans toutes les DREN pour tenir un langage de fermeté en présence de tous les acteurs, allant du Directeur Régional aux candidats en passant par l’IEP et tous ses collaborateurs impliqués dans la chaîne d’encadrement des stagiaires.

-Au niveau de la DECO : il est impératif de revoir significativement à la hausse, l'indemnité allouée aux examens pédagogiques. Sachant que l'on consacre au moins quatre (4) heures à une titularisation et au moins sept (7) heures à une intégration, la prime de 1000 F (mille franc) par candidat en vigueur actuellement semble totalement dérisoire, surtout que les stagiaires sont très souvent dans des écoles très éloignées du chef-lieu d'Inspection, avec tout ce que cela comporte comme dommages et risques pour l'intégrité physique de l'IEP. En plus, quand celui-ci en a plus d'une cinquantaine à titulariser... 

-Au niveau de la Direction des Affaires Financières (DAF) : il serait souhaitable qu'en accord avec la DECO, la DAF puisse accorder des rallonges au niveau du carburant aux circonscriptions disposant d'un très grand nombre de candidats aux examens pédagogiques.

Nul doute qu'avec la conjugaison de tous ces efforts, l'on assistera à la fin progressive de cette pratique qui jette le discrédit sur toute la corporation des Inspecteurs de l'Enseignement Préscolaire et Primaire. Ainsi donc, chacun à son niveau contribuera à assainir l’environnement des titularisations des stagiaires, garantissant des examens pédagogiques propres et crédibles avec des acteurs au dessus de tout soupçon conformément à la vision de Madame le Ministre de l'Education Nationale et de l'Enseignement Technique. 

 

TOURE YOUSSOUF
Inspecteur de l'Enseignement Préscolaire et Primaire,
IEP Adjamé-1, Abidjan, Côte-d'Ivoire
ieptoure@yahoo.fr

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vendredi, 18 juillet 2014

CEPE, BEPC, BAC : Quand les "pourcentages" nous hantent !

Par TOURE YOUSSOUF Inspecteur de l'Enseignement Préscolaire et Primaire IEP Adjamé-1, Abidjan, Côte d'Ivoire • • •

Ce vendredi 18 juillet 2014 ont été proclamés les résultats du Baccalauréat 2014 en Côte d'Ivoire. Tout comme pour les autres examens à grand tirage (Cepe, Bepc), cela marquait la fin d’interminables jours d’attente où l’anxiété et l’angoisse sont les sentiments dominants chez les candidats et leurs parents, mais aussi et surtout chez les responsables des structures scolaires qui sont également au même niveau de pression, voire même plus que les élèves.

Être soucieux pour ses résultats de fin d'année, quoi de plus normal pour un Chef de service consciencieux, ayant à cœur d'améliorer chaque année les performances de sa structure. Mais bien souvent, "la peur et la hantise" prennent malheureusement le pas sur ce "souci légitime" d'amélioration évoqué ci-dessus.

La raison ? Les incontournables questions après les résultats, auxquelles il faut pouvoir répondre "la tête haute":

-Quel est votre pourcentage ? Quel est votre rang au niveau de la Direction Régionale ?

-Quel est le pourcentage global de votre Direction Régionale ? Quel est son rang au plan national ? etc.

Ainsi donc, le pourcentage et le rang "volent la vedette" à tout le travail abattu, même quand il y a des progrès significatifs. Votre taux de réussite s'est nettement amélioré par rapport à l'année précédente ? Peu importe, vous êtes "le dernier de la classe", c'est ce que l'on retient tout simplement. Convocations, interpellations verbales ou écrites sont autant de facteurs qui rendent ces examens fortement anxiogènes, une période de l’année où l’hypertension fait rage parmi les Proviseurs, Inspecteurs de l’Enseignement Primaire et Directeurs de Cafop (à un degré moindre).

Alors, question : un pourcentage en dessous des attentes consacre-il systématiquement l'échec total de la gestion du Chef de structure ? Chacun peut avoir son opinion sur la question. Ce qui est à craindre dans ce schéma à forte pression, c’est le possible relâchement au niveau de la vigilance et de la rigueur dans la gestion des examens (calcul des MGA, surveillance, etc.). Un "raccourci" que pourraient emprunter certains responsables acculés chaque année, s'ils pensent que cela peut leur permettre d'avoir une longueur d'avance dans la course aux pourcentages, les mettant ainsi à l'abri des réprimandes et des commentaires désobligeants.

Bien évidemment, cela constituerait une grande reculade pour la qualité de notre système qui se satisferait alors de taux de réussite "très honorables", basés malheureusement sur des résultats peu crédibles. Heureusement que tout cela n’est encore qu’au conditionnel. Mais à force de tirer sur la corde !… D'ailleurs, l’actualité brûlante de faux pourcentages et de résultats annulés au Bepc dans plusieurs localités la semaine dernière n'est-il pas un indicateur à prendre au sérieux ? (cliquer sur ce lien pour en savoir plus sur les résultats annulés au Bepc).

C'est pourquoi, il est primordial que la pression se situe plutôt en amont, comme c’est déjà le cas avec les fréquentes visites inopinées de l’Inspection Générale sur le terrain.

Au niveau des Autorités Hiérarchiques, si les différentes missions de contrôle et de suivi durant toute l’année scolaire permettent de s’assurer :

-que chaque structure s’est dotée effectivement d’une matrice d’actions avec un contenu pertinent prenant en compte les différents leviers définis par la tutelle pour la réussite du maximum d'élèves,

-que la mise en œuvre de cette matrice a été effective selon le chronogramme d'exécution établi,

-que l'encadrement pédagogique quotidien et le perfectionnement professionnel des enseignants ont été correctement assurés par le Chef de structure et l'ensemble du personnel d'encadrement,

-que les évaluations périodiques, aussi bien celles programmées par la DELC que celles initiées en interne ont été correctement effectuées selon les formats en vigueur,

-qu’un contrôle strict a été effectué au niveau des agents dans l’exécution des programmes d’enseignement,

en somme, si le responsable de structure a mis en œuvre des stratégies adéquates pour faire appliquer toutes les instructions officielles, les résultats ne seraient alors tributaires que d’autres facteurs d’ordre structurel, environnemental ou liés à la capacité des élèves à restituer ce qui leur a été enseigné. Frustrant dans ces conditions de se voir pointer du doigt malgré tous les efforts consentis !

A l’endroit Chefs de structures, le discours est simple et au style direct (car j’en fais partie):

« Ayons le triomphe modeste vis-à-vis des autres collègues dont le taux de réussite est inférieur au nôtre. Sans remettre en cause le bien-fondé de la saine émulation, ne perdons pas de vue cependant qu’ils ne bénéficient peut-être pas de certaines conditions favorables dont nous avons la chance de bénéficier, par le simple hasard des mutations :

-Alors que nous n’avons que 40 ou 50 élèves correctement assis dans nos classes, eux doivent peut-être faire des miracles avec 90 ou 100 élèves assis à 3 ou 4 par table-banc ;

-Alors que nous n’avons aucun déficit d’enseignants titulaires, eux doivent peut-être composer avec des bénévoles non qualifiés, à la charge des Coges et même souvent irrégulièrement rémunérés ;

-Alors que nous avons l’avantage d’avoir nos écoles dans un environnement favorable, eux doivent peut-être mener un combat contre d’énormes nuisances environnementales de toutes sortes ;

-Alors que nos élèves n’ont pas de difficultés d’accès à leurs écoles respectives, les leurs doivent accuser chaque jour des retards après avoir parcouru des kilomètres en provenance des villages et campements environnants, et rentrer très tard la nuit après le même parcours ;

-Alors que nos établissements sont facilement accessibles pour l’encadrement quotidien des enseignants, eux doivent peut-être parcourir des zones très vastes pour accéder à leurs écoles très éloignées et effectuer leur travail d’encadrement (dans le primaire);

-Alors que nous avons la chance de disposer d'un véhicule de fonction confortable et climatisé, eux doivent peut-être effectuer des gymnastiques très risquées chaque jour à bord de véhicules de transport en commun ou à moto pour accéder certaines zones difficiles;

-Alors que notre zone d'exercice nous offre des parents d’élèves intellectuels qui prennent toutes les dispositions pour assurer l’encadrement des enfants en dehors de l’école, peut-être que leurs élèves sont "des laissés pour comptes" une fois partis de l’école…

Bref, les exemples existent à profusion et au bout du compte, atteindre 50 ou 60 % dans certaines conditions peut même nécessiter plus d’effort de la part des encadreurs que 80 % dans d’autres conditions nettement plus favorables. Ayons donc le triomphe modeste… »

Au personnel enseignant et d’encadrement N’attendons pas la fin de l’année pour nous soucier des pourcentages. Construisons-les plutôt progressivement tout le long de l’année :

-en étant corrects et rigoureux dans le travail, -en respectant le quantum horaire avec une bonne assiduité et ponctualité,

-en étant ouverts aux innovations pédagogiques, -en évaluant rigoureusement et très fréquemment les élèves,

-en faisant en sorte que leur réussite ne passe pas nécessairement par l’inscription aux cours de renforcement…

En définitive, s'il était possible d'établir des statistiques ressortant la traçabilité de la scolarité des élèves par entités, l'on se surprendrait souvent à constater qu'un 60% au CEPE dont tous les admis en 6e atteignent la classe de 3e est un bien meilleur résultat qu'un 90% dont la moitié est rejetée du système avant la fin du premier cycle secondaire. Un 60% qui ne serait apprécié à sa juste valeur que seulement quatre ans après !

Comme l'a souligné l'Inspecteur Général Coordonnateur (Ibrahima KOUROUMA) dans une interview relative aux récentes fraudes au BEPC, « la Ministre KANDIA Camara veut des bons résultats mais pas à n’importe quel prix ». C'est pourquoi, dans l’intérêt de notre système éducatif, tout en félicitant les plus méritants, il serait souhaitable d’éviter de mettre systématiquement « les autres » dos au mur, surtout quand ils ont accompli tous les efforts nécessaires. Cela ne ferait qu’augmenter les velléités de tricherie, non pas par vocation pour certains, mais juste pour "sauver la tête et la face".

En d’autres termes, si le souci légitime doit animer constamment tous les Responsables de structure d’œuvrer à améliorer ses résultats, "la course aux pourcentages et aux rangs honorables" ne doit pas prendre le dessus sur la motivation de chacun à garder le cap de la rigueur, de l'excellence et de l'assainissement de l'environnement des examens, gages de résultats crédibles avec des acteurs au dessus de tout soupçon, conformément au souhait de Madame La Ministre. Et cela passe par l'encouragement et la mise en confiance des uns et des autres, même quand le pourcentage est jugé "peu honorable".

Bonne fin d’année scolaire à tous.

TOURE YOUSSOUF Inspecteur de l'Enseignement Préscolaire et Primaire IEP Adjamé-1, Abidjan, Côte-d'Ivoire ieptoure@yahoo.fr

04:24 Écrit par TOURE YOUSSOUF | Commentaires (20) |  Facebook | |  Imprimer | |

lundi, 22 août 2011

L'épineuse question des examens pédagogiques dans l'enseignement préscolaire et primaire

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Malgré le contexte très difficile de l’après crise, tous les acteurs de l’école se sont mobilisés pour sauver l’année scolaire dont le dénouement sera l’exécution des examens à grands tirages qui débuteront à partir du mardi 06 septembre 2011 avec le CEPE/Entrée en 6e.
Dans l’enseignement préscolaire et primaire, les indicateurs palpables de cette mobilisation sont nombreux: réouverture de la quasi-totalité des écoles, réalisation des contrôles continus des élèves, exécution des examens pédagogiques de titularisation et d’intégration (CAP et CEAP) pour de nombreux candidats, etc.

Les examens pédagogiques justement, parlons-en ! Que de supputations, de critiques et de suspicion à n’en pas finir à ce sujet ! Au centre de toutes ces récriminations se trouve bien malheureusement l’Inspecteur. Accusé à tort ou à raison ? Les avis divergent d’un individu à un autre selon sa sensibilité.
Quoi qu’il en soit, les médias en ont souvent fait l’écho de façon très retentissante (cf Le Patriote du 10 janvier 2009 ; Notre Voie du 1er juin 2010), avec au menu, des griefs tournant généralement autour du racket et du manque de conscience professionnelle, doublés d’un état d’avilissement inacceptable pour cette fonction pourtant si noble dans un passé encore très récent. Y croire ou ne pas y croire ? Difficile d’y répondre, car en effet :

• Faut-il croire qu’un examen puisse être expédié en moins d'une heure et demi (prestation et critiques y compris) alors que normalement, il ne devrait pas durer moins de 4 heures pour une titularisation et 7 heures pour une intégration ?

• Est-il crédible d'entendre dire que certains examens sont validés par l’Inspecteur (admission ou échec) alors qu’il n'a suivi aucune des prestations en classe, ne serait-ce qu'au moins une discipline ?

• Faut-il croire qu'un Inspecteur puisse en arriver à harceler les candidats et imposer des montants à payer avant de leur "offrir" l'examen ?

• Est-il possible que l’examen devienne un acte tarifé où l'IEP ne joue qu'un rôle "d'encaisseur de fonds" pour laisser ensuite les Conseillers pédagogiques exécuter "des mascarades d'examens" ?

• Peut-on croire qu'un IEP puisse en arrive à réclamer "son dû" aux candidats, souvent même par message (sms) avant de venir les voir ?

• Est-ce possible qu’un IEP fasse signer une reconnaissance de dette à un candidat qui n’est pas en mesure de "payer son examen" au moment du passage de la commission ?

• Peut-on imaginer que les stagiaires, dès leur arrivée déjà en début d’année scolaire, soient "vendus" -et souvent à prix d’or- à des villages déshérités qui en ont le plus grand besoin ?

Bref, que d’interrogations troublantes !

Pour ma part, mon instinct d'Inspecteur m'invite à rejeter catégoriquement ces "allégations" car j’imagine difficilement qu'un IEP, eu égard à la noblesse du métier qui est le sien, puisse en arriver à vendre son âme au diable à ce point.
Seulement voilà: mon assurance est souvent trahie par la conviction qui se dégage des propos de certains candidats victimes de telles pratiques ou des personnels des CAFOP (Directeur, éducateurs, professeurs) avec lesquelles ils sont en contact permanent, au point que l'on est bien tenté de croire que dans certaines inspections, bon nombre de ces récriminations semblent fondées, malheureusement.

Dans un tel contexte, que faire ?

Il est important que chacun, à quelque niveau qu’il se situe dans la chaîne, fasse son examen de conscience afin d’adopter le comportement juste qui contribuera à améliorer la situation. Ainsi donc :

Au niveau des Inspecteurs de l’Enseignement Préscolaire et Primaire

-Les Chefs de Circonscription: Si d’aventure certains IEP se reconnaissent dans ce qui nous est reproché (car je continue d’avoir du mal à y croire), il est grand temps qu’ils arrêtent de déshonorer à ce point notre corporation. Il est impératif que nous ne perdions pas de vue notre rôle de formateur avant d’être évaluateur. C’est pourquoi, nous devons plutôt initier pour ces novices des séances de formation continue, d’une part pour harmoniser leurs acquis des différents CAFOP d’origine, et d’autre part pour compléter leur formation initiale théorique reçue dans ces centres de formation.

-Les Directeurs de CAFOP: Les Directeurs de Cafop doivent s’impliquer davantage dans la sensibilisation des stagiaires au cours de leur formation en les invitant à ne pas céder au laxisme, à la paresse, à la légèreté, à la facilité et aux intimidations de quelque nature que ce soit une fois sur le terrain. Il est indispensable de leur signifier déjà à la base que ne réussiront sur le terrain que ceux qui travailleront dans les normes.

-Le Syndicat des IEP: Le bureau exécutif du Syndicat des IEP (le Synaieppci) devrait prendre le devant de la bataille relativement à cette question car elle écorche sérieusement l’honorabilité et la crédibilité de l’ensemble des Inspecteurs de Côte-d’Ivoire. Ce combat est d’autant plus justifié que le code de déontologie dont nous nous sommes librement doté en 2007 a pour objectif de contribuer à la moralisation de notre corporation et de ce fait, condamne très fermement de telles pratiques déshonorantes pour elle. Le cas échéant, le Synaieppci devra collaborer étroitement avec la tutelle (Le Ministère de l’Education Nationale) afin de contribuer à assainir l’environnement des examens pédagogiques et faire en sorte que certaines valeurs nobles recommencent à signifier quelque chose dans nos rangs.

Au niveau des collaborateurs des IEP

Même si l’Inspecteur a "le dos large" et endosse toutes les responsabilités, il est bon de savoir que celui-ci est souvent victime de certains collaborateurs indélicats qui sont les vecteurs de ces pratiques honteuses. Il est donc impératif que certains agents du bureau, les Conseillers Pédagogiques et les Directeurs d'écoles (pas tous, heureusement) arrêtent de racketter les candidats dans le dos de l'Inspecteur, sous le prétexte que c'est à sa demande qu’ils agissent.

Au niveau des candidats

Quant aux candidats eux-mêmes, il est primordial qu’ils se mettent sérieusement au travail et arrêtent de harceler les IEP par des sommes d'argent ou "autres" qui ne leur sont pas toujours exigées.
Un remerciement ou une reconnaissance peut se manifester après l’examen en toute liberté, mais pas avant.

Au niveau de l’autorité de tutelle (Ministère de l’Education Nationale)
Le Ministère de l’Education Nationale devra inévitablement prendre des mesures coercitives adéquates et des sanctions exemplaires dans des cas de flagrance avérée.

Toutefois, afin d’avoir les coudées franches pour le faire, il est impératif que certaines actions soient menées dans le sens d’améliorer les conditions d’exécution de ces examens par les IEP. Il s’agit entre autres :

Au niveau de la DAAF
-Le carburant: il serait salutaire d’allouer des lignes objectives de carburant aux IEP du fait du caractère très itinérant de leur fonction (environ 70% de temps à passer sur le terrain et 30% au bureau). En effet, aussi surprenant que cela puisse paraître, l’amer constat fait pendant les conférences budgétaires en région révèle que les Inspections ont des lignes de carburant nettement inférieures à celles d’autres structures pourtant sédentaires, dont les champs d’action ne se limitent notoirement qu’à des espaces très réduits. Quand de surcroit le peu de carburant alloué n'est pas payé par le trésor pendant des années, cela n'équivaut-il pas à inviter les chefs de structure à "se débrouiller" comme ils le peuvent ?

-L’entretien et la réparation des véhicules: en jetant un coup d'œil sur cette ligne au niveau des budgets des inspections, l'on se rend compte que les dotations qui y sont inscrites suffisent à peine pour faire deux vidanges du véhicule 4x4 à la CFAO ou pour acheter quatre (04) pneus. Il est extrêmement impératif de prêter une bienveillante attention à cet aspect pour permettre aux IEP de courir moins de risques sur les pistes dont l’état de dégradation n’est plus à démontrer.

Au niveau de la DECO
-Le profil de recrutement: vivement que la DECO "sécurise" davantage le concours d’entrée dans les CAFOP afin d’éviter que l’on retrouve dans nos écoles, des stagiaires de 40 ans (et même plus !), avec des BEPC douteux et qui n’ont d’autre alternative que d’harceler les IEP avec de fortes sommes d’argent pour "acheter" leur admission.

-La question des indemnités d’examen: Il est souhaitable que des indemnités correctes et motivantes soient octroyées pour ces examens de CAP et de CEAP dont les conditions d’exécution sont des plus difficiles, des plus contraignantes et des plus risquées.
Imaginez un Inspecteur qui quitte son domicile à 5h du matin pour pouvoir arriver avant 8h dans une école après un parcourt de 40 à 50 km sur une piste très dégradée, passe environ 4h d’examen (pour une titularisation) ou 7 h (pour une intégration), passe souvent la nuit dans le village (dans les cas d’intégration qui ne s’achèvent pas tôt), pour une indemnité de…1.000F par candidat ! Quelle motivation faut-il attendre de cet IEP, alors que les indemnités pour les examens dans d’autres ordres d’enseignement (où les conditions sont pourtant moins contraignantes) sont établies à plus de 2.000 F et cela par heure et non par candidat ?
L’on n'irait pas jusqu'à suggérer des primes de risque pour ces examens bien que cela pourrait se justifier pleinement, mais que des indemnités conséquentes soient au moins allouées.

Au niveau de la DELC
Une tournée de sensibilisation et de mise en garde effectuée par la DELC dans tous les CAFOP en présence de tous les Inspecteurs de la zone concernée serait de nature à refroidir d’éventuelles velléités malsaines d’une part, et permettrait aux stagiaires de mieux préparer le terrain d’autre part.

En somme, depuis le sommet de la hiérarchie éducative jusqu’au candidat dans sa classe en passant par les différents niveaux de hiérarchisation, chaque acteur devra jouer correctement sa partition afin de contribuer à solutionner cette épineuse question des examens pratiques de titularisation et d’intégration.

Sans avoir la prétention d’avoir abordé le sujet de façon exhaustive et dans toute sa complexité, j’espère réussir (très modestement) à ébaucher les axes d’une réflexion qui, après enrichissements par d’autres intelligences, aboutira à assainir totalement l’environnement très controversé des examens pédagogiques du CAP et du CEAP dans l’enseignement primaire.

Si un tel pari était réussi, cela constituerait à n’en pas douter, un important pas franchi pour sauver l’image de l’Inspecteur. Ou du moins ce qui en reste encore !


TOURE YOUSSOUF
Inspecteur de l'Enseignement Préscolaire et Primaire
Chef de la Circonscription de Daloa-3

Tél: 32-78-20-33 / 02-67-02-76
e-mail: ieptoure@yahoo.fr

04:21 Écrit par TOURE YOUSSOUF | Commentaires (6) |  Facebook | |  Imprimer | |