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mercredi, 19 septembre 2012

Education Nationale: De la FPC à l’APC, un virage à bien négocier

Par
TOURE YOUSSOUF
Inspecteur de l’Enseignement Préscolaire et Primaire
IEP Adjamé-1, Abidjan, Côte d'Ivoire
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Lorsqu’en 2002 le Ministère de l’Education Nationale décidait de passer de la Pédagogie par Objectifs (PPO) à la Formation par Compétences (FPC), les espoirs étaient grands de voir l’école ivoirienne effectuer un bond qualitatif, non seulement pour s’adapter à certaines exigences internationales, mais aussi et surtout pour améliorer les indicateurs de performance de notre système éducatif, notamment le taux de réussite scolaire.

Dix (10) ans plus tard, le bilan reste relativement mitigé car il apparaît très clairement que les objectifs de départ sont loin d’être atteints. Sans nier les avancées significatives constatées dans l'élaboration des curricula, la réalité est que les résultats scolaires ne se sont pas améliorés significativement.
L’appropriation du concept par les acteurs sur le terrain n’a pas été du tout aisée, au point même que certaines activités d’évaluation dites "Situations Problèmes" ont été mises en veilleuse depuis quelques années, parce que mal maîtrisées. Pis, dix (10) ans après l’avènement de la FPC, l’on continue d’évaluer encore en…PPO.

Sans avoir la prétention de faire le procès de la Formation par Compétence dont les avantages sont incontestables, il s’agit surtout à travers la présente contribution d’attirer l’attention de chacun sur un fait qui est indéniable : si la FPC a "pataugé" par moment, c’est parce que l’avancée du concept au fil des années scolaires avait une nette "longueur d’avance" sur la formation des acteurs du terrain. Cela a fortement contribué à augmenter les appréhensions -légitimes- de nombreux enseignants et encadreurs, renforçant ainsi des résistances au changement.
En clair, le récent recadrage de la FPC s'imposait et c’est tout naturellement que son annonce a été bien accueillie dans la communauté éducative. Cette opération a permis de faire évoluer notre système de la Formation par Compétences (FPC) vers l’Approche par Compétences (APC).

Seulement voilà : depuis environ un an que cette nouvelle terminologie est apparue, les acteurs du terrain ne savent toujours pas exactement de quoi il s’agit.
En quoi consiste l'APC ? Qu’est-ce qui change fondamentalement par rapport à la FPC ? Autant de questions auxquelles très peu de Chefs d’établissement, d’Inspecteurs d’Enseignement Primaire ou de Conseillers pédagogiques pourront répondre avec exactitude.
Pourtant, de juillet à septembre 2012 dans les Cafop, 2500 instituteurs ordinaires recrutés dans le cadre du Programme Présidentiel d'Urgence (PPU) ont été formés selon cette nouvelle approche pédagogique. Ils seront mis en responsabilité sur le terrain dès cette rentrée scolaire 2012-2013, pour être encadrés par des Inspecteurs, des Conseillers Pédagogiques et des Directeurs d’école qui eux-même ne savent pas encore en quoi consiste l’Approche par Compétence !

Peut-être que de la FPC à l’APC, pas grand-chose ne change. Peut-être !
Toutefois, même si le changement ne porte que sur une "petite virgule" dans les programmes ou les méthodologies, il est primordial que les acteurs du terrain en soient suffisamment informés afin d’être mieux armés dans l’implantation des innovations pédagogiques.

Des séminaires de formation continue et de perfectionnement professionnel sont donc à prévoir en urgence, afin que tous les acteurs du terrain (Directeurs de Cafop, Inspecteurs de l'Enseignement Primaire, Chefs d'établissements, Conseillers pédagogiques, Enseignants) soient au même niveau d'information et de formation que les autres maillons de la chaîne (Direction de la pédagogie et Antennes pédagogiques).
A ce prix là, l'on évitera que les mêmes causes produisent les mêmes effets.

BONNE RENTREE SCOLAIRE A TOUS !

ieptoure@yahoo.fr

20:09 Écrit par TOURE Youssouf | Commentaires (31) |  Facebook | |  Imprimer |

jeudi, 06 septembre 2012

Entrée en 6e: Vers la fin d'un système trop élitiste

Il y a environ deux ans (précisément le vendredi 17 septembre 2010), le FORUM DE IEP TOURE publiait un article intitulé: Barre d'admission en 6e: A quand la fin de ce système si élitiste ?
Si en son temps la question pouvait apparaître comme un vague vœu pieux, depuis l'année 2011, elle a commencé à trouver un début de réponse avec la baisse de la barre d'admission à 100 points.
Cette initiative louable de Madame le Ministre de l'Education Nationale (photo ci-dessous) sur la voie de la suppression progressive du concours d'Entrée en 6e est à saluer et à encourager. C'est pourquoi, à quelques jours de l'annonce de la barre fatidique pour cette année, il paraît opportun de remettre cet article au goût du jour.

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Pour mémoire, chaque année et cela pendant des décennies, c’était toujours le même scénario, le même spectacle de désolation après la publication des résultats de l'affectation en sixième : de nombreux enfants, pourtant méritants, inconsolables car laissés sur la touche et pour cause: il fallait avoir 110 points (et même souvent plus) sur 170 points possibles pour être admis en 6e, soit une moyenne d'environ 13 sur 20. Ainsi donc, alors que la chance devrait être accordée à tout élève d'un niveau moyen de poursuivre sa scolarité sans entrave au moins jusqu'en classe de troisième (3e), cette barre d'admission est toujours apparue comme un goulot d'étranglement dans le continuum, rendant le système subitement élitiste en classe de CM2.

A y voir de près, la seule chose qui motivait encore le maintien de cette pratique qui ne se justifie plus, c'est le manque de structures d'accueil au niveau de l’enseignement secondaire. Fallait-il pour autant continuer chaque année à sacrifier de jeunes enfants innocents dont le seul tort est de ne pas réussir à se "hisser" parmi l'élite pour aller en sixième ?
L’alibi classique pour justifier cette situation a toujours été le même: "il n'y a pas de moyens pour construire de nouvelles écoles ou salles de classe".
Sans balayer du revers de la main cette réalité liée au contexte économique et financier difficile du pays depuis quelques décennies, il faut reconnaitre cependant que plus qu’une question de moyens, il s’agit davantage d’une volonté de vouloir en faire un axe prioritaire .
Oui, faire de la question une priorité, voilà le véritable élément moteur. Jugez-en vous-même :

-Avions-nous prévu de gérer une guerre et ses effets collatéraux sur près d’une décennie ? Que non ! Pourtant, l’Etat a bel et bien mobilisé des moyens depuis 2002 pour la gérer, parce que cette crise s’est imposée à nous comme une réalité implacable, donc comme une priorité.

-La vague des cinquantenaires en Afrique il y a quelques années était-elle prévue et budgétisée à l’avance ? Bien-sûr que non ! Mais quand elle s’est imposée à l’Afrique comme une réalité doublée d’un phénomène de mode et devenant ainsi donc "une priorité des Africains", les moyens -des milliards !- ont bien été mobilisés par les pays concernés.

Les exemples de ce genre sont légion. C’est pourquoi, l’alibi du manque de moyens ne saurait prévaloir quand il s’agit d’une question aussi importante que celle relative à l’avenir de la nation, des milliers d’enfants (pourtant valables) jetés chaque année à la rue à partir du CM2, tout simplement parce que n’ayant pas pu obtenir 13 de moyenne pour aller en 6e, faute de places dans le secondaire.

Les nouvelles autorités de l'Education Nationale l’ont si bien compris qu’en peu de temps, un pas de géant a été franchi dans ce sens, occasionnant la baisse de la barre d’admission à 100 points l’année dernière.

Pour cette année 2012, en plus des sérieux efforts déjà consentis,
-si les nombreuses réhabilitations entamées dans les structures scolaires déjà existantes se poursuivent,
-si les nouveaux collèges annoncés par Madame le ministre sont livrés dans les délais -et nul doute qu'il en sera ainsi-,
-si tous ces efforts au niveau des structures publiques sont judicieusement conjugués avec les capacités d’accueil des établissements privés crédibles,
il ne fait l’ombre d’aucun doute qu’un palier supplémentaire sera encore franchi cette année sur la voie de la disparition de cet obstacle qui brise malheureusement -et bien inutilement- le rêve de nombreux enfants méritants.
Cette suppression du concours d’entrée en 6e n’est d’ailleurs qu’une suite toute logique de la politique éducative dont la Côte d’Ivoire s’est délibérément dotée, la Formation Par Compétences (FPC) dont l'objectif principal est de mener le maximum d'apprenants vers la réussite.

Pourra-t-on arriver cette année à la suppression totale en admettant en sixième, tous les enfants admis au CEPE, soit 85 points ? Ce serait l'idéal, tout simplement.
Mais à défaut, une barre entre 90 et 95 points serait déjà un énorme soulagement, en attendant la suppression totale dans un délai que tous les parents d'élève souhaitent le plus bref possible afin que leurs progénitures, de nombreux enfants pourtant valeureux, ne continuent plus d’être éjectés prématurément du circuit scolaire au CM2 comme pendant les décennies antérieures, faute de structures d’accueil dans le secondaire.

TOURE YOUSSOUF
Inspecteur de l'Enseignement Préscolaire et Primaire
IEP Adjamé-1, Abidjan, Côte d'Ivoire
ieptoure@yahoo.fr

17:05 Écrit par TOURE Youssouf | Commentaires (4) |  Facebook | |  Imprimer |

mercredi, 25 juillet 2012

Billet: Et si on devenait tous Ghanéens ?

Lorsqu’après plus de vingt années (1979-2000) le président Jerry Rawlings perdait le pouvoir au profit de John Kufuor, personne ne voulait croire en une transition pacifique. C’était trop beau pour être vrai dans l’Afrique de l'instabilité, des guerres, des conflits et des maux de toute nature.

En fin 2009, les mêmes sentiments ont prévalu chez certains sceptiques lorsqu'à son tour, John Kufuor devait passer démocratiquement le témoin à John Atta-Mills, au terme d'une élection très serrée où l'écart de point entre les deux protagonistes n'était que de ... 1%. Là encore, le Ghana a su donner la leçon, continuant de consolider son renouveau démocratique dans une sous-région où attentats et coups d'état se disputaient le haut du pavé.

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Hier mardi 24 juillet 2012, contre toute attente, John Atta-Mills (photo ci-dessus), président en exercice est mort brutalement des suites d'une courte (?!?) maladie. Et là encore, même dans la douleur, le Ghana est resté digne, se positionnant plus que jamais comme l'une des nations qui montrent le chemin à suivre aux autres en matière de démocratie. En effet, force a été immédiatement donnée à la loi et en quelques heures, la continuité de l'Etat a pu être garantie par la prestation de serment de l’intérimaire, John Dramani Mahama.

Le Président est mort, vive le nouveau président sans bruit de bottes, ni coups de Kalach, ni mutinerie, mais plûtot dans l'honneur et la dignité, privilégiant ainsi l'intérêt supérieur de la nation. Pas sûr qu'au "Gondwana" voisin, pays du Président fondateur (d'après Mamane sur RFI), les choses se seraient passées avec autant de douceur. Sacrés Ghanéens !

Au regard de ce modèle du voisin où la stabilité est devenue une réalité grâce à « une vie politique démilitarisée d’une part, et une armée dépolitisée d’autre part », l'on ne peut qu'être envieux de cet oasis de stabilité depuis environ trois décennies dans une Afrique de l'Ouest plus que jamais tourmentée.

Dans ces conditions, pas bête cette petite réflexion à notre endroit, nous Ivoiriens: et si on devenait tous Ghanéens ? Certainement, on trouverait la formule pour taire définitivement nos querelles, accélérer notre réconciliation et surtout mettre en avant, l'intérêt supérieur de la Nation.

Bien-sûr, cela ne déplairait pas à certains amis à moi pour qui ce serait presqu'un retour aux...sources ! TANOH J.C.C, Y.K (Awol), et bien d'autres encore.
Mais non chers amis, c'est une situation irréaliste, un raccourci qu'on n'oserait d'ailleurs pas prendre car ce n'est pas toujours qu'on en a gardé de bons souvenirs : "les Raccourcis" de Marcoussis sont encore présents dans nos esprits !

Et puis, la Côte-d'Ivoire, c'est quand-même la fièrté de la sous-region, même si cela se conjugue un peu au passé. Trop de bonnes choses chez nous ici au pays ! N'allez pas demander au vieux SENOUFO de laisser tomber son "Tchapalo", au bon vieux GOURO d'abandonner son cure-dents ...

Bref, trêve de plaisanteries ! A défaut de devenir Ghanéens "physiquement", ayons au moins l'humilité de l'être "dans l'esprit", afin de nous inspirer de leur modèle démocratique.

A ce prix, notre pays reprendra pour de bon son statut de leader naturel de la sous-région ouest-Africaine avec en ligne de mire, une ambition chère au Président de la République: faire de la Côte-d'Ivoire, un pays émergeant à l'horizon 2020.


TOURE YOUSSOUF
Inspecteur de l'Enseignement Préscolaire et Primaire
IEP Adjamé-1 (Abidjan, Côte-d'Ivoire)
ieptoure@yahoo.fr

23:40 Écrit par TOURE Youssouf | Commentaires (5) |  Facebook | |  Imprimer |